MAROC
05/05/2018 12h:19 CET

L'appel des sages-femme pour accompagner leur profession

Du chemin parcouru, mais des efforts encore à consentir pour soutenir celles dont le rôle ne se limite pas à sauver la vie de la mère et de l’enfant.

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SOCIETE - A l’occasion de la journée mondiale des sages-femmes, l’Association Marocaine des sages-femmes (AMSF) a organisé la veille à Rabat, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), une cérémonie de célébration de la profession au Maroc. Placée sous la thématique “Sages-femmes, ouvrons la voie avec la qualité des soins”, la manifestation rappelle que les sages-femmes sont, au quotidien, des acteurs incontournables à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) du pays. 

Le représentant de l’UNFPA, Abdellah Yaakoub, a souligné, dans un discours, que cette journée “se veut un moment de reconnaissance des multiples fonctions qu’assume la sage-femme en tant que ‘sauveuse’ de vie de la mère et de l’enfant”.

Eliminer la mortalité maternelle et infantile, améliorer la qualité des services de santé reproductive, prodiguer des soins adaptés aux besoins de chaque femme... Les missions des sages-femmes sont bien nombreuses et illustrent une réelle évolution du métier au Maroc ces dernières années mais aussi une nette amélioration des taux de mortalité. En effet, le ratio de la mortalité maternelle s’est réduit à 35% entre 2010 et 2016, passant de 112 à 72,6 pour 100.000 naissances vivantes, tandis que celui de la mortalité infanto-juvénile est passé de 47 à 30,5 nouveau-nés.

Des chiffres rappelés par le ministre de la Santé, Anas Doukkali, devant une assemblée de quelques centaines de personnes oeuvrant dans le domaine de la santé, essentiellement des sages-femmes. Dans son allocution, le ministre a félicité le chemin parcouru afin de “professionnaliser ce noble métier” et a souligné “le rôle important” qu’elles occupent dans notre système de santé. Il a  par ailleurs ajouté que les récentes réformes ont permis au ministère de la Santé de former aujourd’hui entre 500 et 600 et sages-femmes chaque année et plus d’une centaine dans le secteur privé. 

“Ce métier au Maroc a connu une grande évolution à travers sa formation. Au début, on a commencé par des formations de Maoulidates puis d’infirmières avec un programme renforcé en obstétrique. Actuellement, on propose une formation à haut niveau, on a des sages-femmes lauréates avec des licences et des compétences développées reconnues à échelle internationale et qui donnent à la sage-femme la possibilité d’agir dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive”, détaille au HuffPost Maroc, Hanane Masbah, présidente de l’AMSF. 

La sage-femme accompagne mais a besoin d’accompagnement

La profession bénéficie d’un renforcement de sa réglementation depuis la loi 44.13, votée en juillet 2016, qui définit les prérogatives, les lieux de pratique et les conditions d’exercice des sages-femmes. Un progrès vivement salué par tous les professionnels de la santé sexuelle et reproductive. Mais les textes d’application de ladite loi ne suivent toujours pas et la réflexion autour doit plus que jamais être initiée selon l’AMSF. 

“Le rôle de la sage-femme est plus large: elle fait de la planification familiale, de la prévention dans la lutte contre le VIH et le Sida et s’active sur d’autres combats qui sont prioritaires pour le ministère de la Santé. En somme, elle a un rôle très important dans notre pays. Le métier évolue mais elle a besoin d’accompagnement elle aussi”, explique Hanane Masbah. 

Un accompagnement qui doit surtout se faire dans les milieux ruraux et les déserts médicaux où la situation des sages-femmes est plus difficile qu’en milieux urbains. “Le métier de sage-femme en milieu rural est éprouvant et rude car elle doit jouer plusieurs autres rôles et dans des conditions qui sont défavorables. On y trouve un manque de sécurité, un manque d’appui des autres professionnels de la santé qui doivent accompagner l’intervention de la sage femme”, poursuit-elle. “Il y a trop souvent des cas de sage-femme qui font des gardes de nuit seules dans des maisons d’accouchement et dans des zones reculées. Et c’est souvent des sages femmes jeunes nouvellement recrutées, qui ont tout juste 23 ans.” 

Bien que le gouvernement propose des actions de formation continue, des missions de supervision ou de coaching, cela reste aux yeux de la présidente de l’AMSF “insuffisant”. “Nous attendons premièrement que les textes d’application de la loi 44.13 sortent parce que c’est à travers ce texte que la sage femme pourra exercer pleinement ses taches et son rôle. C’est à travers la réglementation qu’elle pourra exercer son métier avec confiance”, défend-elle.

Cette dernière insiste également sur le recrutement, qui doit être accentué. “En plus de la mise en vigueur de cette loi, nous souhaitons qu’il y ait plus de sages-femmes, c’est indispensable”, conclut Hanane Masbah, pleine d’espoir de voir la profession bénéficier d’un appui dans ce sens