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12/09/2018 17h:47 CET | Actualisé 12/09/2018 17h:47 CET

Les routes du désespoir

"Le trafic de migrants est devenu une activité prospère au Maroc."

FADEL SENNA via Getty Images

SOCIÉTÉ - Alors que les regards de la communauté internationale sont tournés vers le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, le Maroc vit sous la pression constante d’une migration illégale. En 2018, ces flux de migrants ont connu une nette croissance. Le Maroc est devenu un point de passage privilégié pour les réseaux de trafic d’êtres humains.

Depuis les plages de Nador et de Tanger, des milliers de personnes ont réussi la traversée vers l’Espagne vers la Méditerranée. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 33.000 migrants sont arrivés sur la péninsule ibérique via la mer depuis le début de l’année et 329 personnes y ont trouvé la mort.

Il faut ajouter à ces chiffres les centaines de migrants qui ont forcé les frontières terrestres entre le Maroc et l’Espagne, à Ceuta et Melilla durant l’année en cours. C’est un record de traversées réussies, jamais égalé depuis les cinq dernières années.

Le Maroc ne peut les retenir sur son territoire

Bien que la surveillance des frontières soit une priorité pour les autorités marocaines, le gouvernement affirme qu’il ne peut pas être le gendarme de l’Europe et de ce fait, n’accepte pas l’installation de centres d’accueil européens pour migrants sur son territoire.

Le trafic de migrants est devenu une activité prospère au Maroc, dans un pays qui refuse de devenir une plaque tournante pour les réseaux de trafic. La stratégie de lutte contre ces réseaux menée par le royaume est confrontée à un laxisme des partenaires régionaux et internationaux.

Un phénomène qui s’intensifie

Entrer illégalement dans l’Union européenne à partir du Maroc n’est pas une nouvelle en soi. Mais ce phénomène s’est nettement intensifié au cours des derniers mois, avec l’aide de réseaux de passeurs organisés qui acheminent les candidats marocains, subsahariens et asiatiques du Maroc vers l’Europe.

Plusieurs individus ont été victimes de l’arnaque des “Tchiamos”, ces trafiquants qui vendent l’eldorado européen à prix variables selon le mode du voyage, la nationalité du candidat, son âge et le point de départ. En règle générale, les migrants s’organisent en convois plus ou moins homogènes. Le prix d’une traversée varie de 6.000 à 60.000 dirhams.

De nos jours, la majorité des migrants ne peuvent réussir l’entrée et la sortie du territoire ou assurer le séjour illégal sans avoir recours aux moyens de transport ou aux lieux d’hébergement offerts par les trafiquants.

Les réseaux du trafic des migrants se sont développés sur les routes commerciales déjà bien établies et dans les espaces frontaliers, impliquant des acteurs et fonctionnaires qui organisent la circulation des personnes entre le Maroc et les pays limitrophes.

Des réseaux sophistiqués

Le trafic de migrants peut prendre de nombreuses formes organisationnelles. Les coalitions sont gérées par des accords contractuels et des interactions répétées. Les organisations s’adaptent aux restrictions imposées par les gouvernements. Au Maroc, les frontières abritent une variété de réseaux de trafic allant des cartels internationaux du crime organisé aux simples pêcheurs traditionnels.

Les groupes qui transportent un grand nombre de personnes ont une organisation complexe. Cela semble être le cas de la plupart des réseaux marocains dans les villes d’Oujda, Tanger, Nador, Al Hoceima, Asilah, Moulay Bousselham, Rabat, Salé et Casablanca. À ceux-là, on rajoute la filière des contrats de travail en Europe.

Les réseaux qui facilitent la migration illégale vers, depuis et à travers le Maroc semblent être extrêmement complexes mais flexibles. Différentes formes d’organisation et de modes opératoires existent.

Par ailleurs, les réseaux du passage illégal opérant par voie de terre, vers Ceuta et Melilla, ne sont pas hiérarchisés, et les tâches sont encore moins définies que ceux qui œuvrent dans le trafic de migrants par la mer et par voie aérienne.

Les personnes qui désirent atteindre l’Europe prennent le risque du naufrage en Méditerranée et d’emprisonnement à cause du monopole des trafiquants des routes migratoires et de l’absence des voies légales de la migration.

Des mesures concrètes doivent être mises en place pour sortir de cette impasse qui ne profite finalement qu’aux réseaux de trafic.