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25/08/2018 12h:54 CET | Actualisé 25/08/2018 12h:54 CET

Les “Refuzniks” marocains de la conscription... Un chagrin d’amour?

"Le patriotisme, comme la plupart des sentiments, a aussi ses lois. Et à ce stade, la jeunesse traverse un véritable chagrin d'amour."

AFP via Getty Images

Refuzniks: Mot apparu pendant la Guerre froide. Désigne ceux qui refusent de participer aux activités obligatoires comme le service militaire.

Le retour de la conscription au Maroc entraîne un débat enflammé sur les réseaux sociaux. 12 ans après sa suppression, ce projet de loi se présentant comme antidote à la désintégration socio-économique des jeunes vise à rétablir un service militaire obligatoire d’un an pour tous les hommes et les femmes âgés de 19 à 25 ans.

Pour le moment, ce projet affole la toile et divise l’opinion. Les jeunes qui sont défavorables à cette mesure sont accusés d’êtres incapables de servir leur État, voire même d’être des “traîtres à la patrie”.

Il ne s’agit pas vraiment d’un manque d’amour envers le sol ou une perte du sentiment national; la défense du drapeau est une affaire non négociable. Ce sont les déceptions multiples qui ont brisé le lien magique qui unit cette jeunesse à la terre qui l’a enfantée.

Une jeunesse qui caresse de plus en plus le rêve de partir. Une qualité de vie en chute libre, un trou d’air en terme de droits fondamentaux, aujourd’hui et plus que jamais, la délinquance juvénile bat son plein sans qu’un véritable effort de redressement, et de réinsertion sociale, ne soit concrètement observé. Les inégalités sociales ne se résorbent pas mais s’accroissent. Les nombreuses réformes sociales et culturelles mal ficelées y sont aussi pour quelque chose.

Considérée par plusieurs comme un non-sens politique et économique, la volonté d’inculquer des valeurs civiques et de redonner un sentiment d’appartenance à la nation aux jeunes, n’est rien de plus qu’une recognition infâme de la défaillance du système éducatif marocain, qui est supposé transmettre ces valeurs.

Aimer son pays s’apprend, et il ne faut pas croire qu’une leçon d’éducation civique suffit pour conditionner cet amour. Le patriotisme, comme la plupart des sentiments, a aussi ses lois. Et à ce stade, la jeunesse traverse un véritable chagrin d’amour. Une forme plus pernicieuse de chagrin qui immobilise tout engagement envers la patrie.

Longtemps exclue et délaissée, difficile pour cette jeunesse de renouer des liens altérées par trop d’abandon.