15/05/2018 16h:10 CET | Actualisé 15/05/2018 16h:10 CET

L'OCDE livre au Maroc ses recommandations pour accélérer son émergence

Emploi, formation, compétitivité... les défis ne manquent pas.

Bloomberg via Getty Images
Jose Angel Gurria, secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

ÉCONOMIE - L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a présenté, lundi 14 mai, devant le chef du Gouvernement, le second rapport de l’examen multidimensionnel du Maroc qui met en exergue les failles qui entravent le royaume dans son développement économique. Un diagnostic accompagné toutefois de recommandations pour permettre au royaume de rejoindre le club convoité des pays émergents, une volonté exprimée par le roi Mohammed VI dans un discours, en août 2014, et qui annonçait en substance que le pari n’était “pas impossible”.   

Dans son analyse, l’OCDE souligne la progression du Maroc dans son développement depuis les années 90 et salue les réformes effectuées aux niveaux politique, économique et social “qui ont transformé l’économie marocaine”. Stabilité politique, nouvelle constitution, valorisation des secteurs potentiels, rythme de l’investissement accéléré, projets d’infrastructures d’envergures, processus de territorialisation et de régionalisation avancée... Des gages de “bonnes performances” donc, même si des failles persistent. Et si le Maroc espère se hisser parmi les pays émergents, il doit en priorité lancer les travaux d’un grand chantier: celui de l’emploi.

“Alors que la population en âge de travailler croît de 230.000 personnes par an, l’économie marocaine a créé en moyenne 129.000 postes d’emploi par an depuis l’année 2000”, d’après les chiffres de l’OCDE. Des efforts insuffisants pour l’organisation qui estime que “la création massive d’emplois de qualité” est “un défi majeur” pour le pays, un levier d’accélération de son développement économique, “une condition nécessaire pour que la croissance économique se traduise en amélioration du niveau de vie et du bien-être des populations et pour que celles-ci participent et profitent pleinement du développement”, préconise ainsi l’organisation.

Une création d’emploi qui doit cependant s’accompagner d’un relèvement du niveau de formation de la population, “faible au Maroc par rapport à des pays de niveau de développement similaire” analyse le rapport. Les offres de formation universitaire, mais également technique et professionnelle, ne répondent pas suffisamment aux besoins du marché du travail. Pour cela, réformes de l’éducation nationale et formations plus approfondies des enseignants sont nécessaires afin de renforcer le système éducatif et résoudre l’inadéquation entre la formation et l’emploi. 

Un autre problème subsiste: le manque de compétitivité industrielle. L’offre est faible et il existe peu d’entreprises au Maroc qui se situent à la frontière de la compétitivité mondiale. Pour la renforcer et pérenniser la croissance, l’OCDE recommande la mise en place d’un écosystème propice au développement de l’innovation avec un cadre fiscal plus attractif et favorable à la recherche et au développement (R&D), deux entités dans lesquelles le Maroc investit peu (des montants qui s’élèvent à 0,79% du PIB depuis 2010). 

Enfin, l’OCDE encourage le Maroc à renforcer “la cohérence des politiques publiques à travers les stratégies sectorielles pour augmenter la cohérence et l’efficacité de l’action de l’État”. Selon l’organisation “les grandes orientations stratégiques du roi ne sont pas toujours suffisamment détaillées pour élaborer les stratégies sectorielles”. En somme, si les directives sont données, “l’implication des parties prenantes n’est pas systématique” freinant ainsi la mise en oeuvre des stratégies. “Le suivi et le système d’évaluation des stratégies sectorielles ne sont pas suffisamment développés”, affirme l’OCDE qui recommande pour ce fait, que la vision du développement du Maroc “soit déclinée en objectifs prioritaires clairs et partagés” afin d’améliorer l’élaboration des stratégies sectorielles et renforcer la coordination des politiques publiques. 

A l’issue de la présentation, Saad-Eddine El Othmani a salué le contenu du rapport des experts de l’OCDE et relevé au passage, que “cet examen est une opportunité pour identifier les lacunes qui doivent être traitées, particulièrement celles liées au développement humain et à la réduction des inégalités sociales et spatiales”.