TUNISIE
17/01/2019 18h:10 CET

Les raisons de l' "échec" de l'IVD selon le Washington Post

Pour le journal, la mission de l'VD était depuis le début vouée à l'échec.

Facebook / IVD

Pourquoi de nombreux Tunisiens, citoyens, acteurs politiques, mais également victimes de violence sous les régimes de Ben Ali et Bourguiba, ont-ils vu un échec dans la mission de l’Instance Vérité et Dignité? Qu’est ce qui n’a pas marché? C’est à ces questions que le journal américain The Washington Post a essayé de répondre dans un article publié sur son site web.

La chercheuse Laryssa Chomiak, auteure de cet article et membre associé au MENA Programme, de la Chatham House à Londres, souligne en premier lieu les contraintes et les conditions de travail de l’Instance. Elle estime, comme l’a d’ailleurs plusieurs fois dénoncé la présidente de l’IVD, qu’une obstruction du gouvernement et un manque de collaboration volontaire auraient nui à la mission de l’Instance.

Selon le Washington Post, le parti d’Ennadha avait apporté son soutien à l’Instance au début de sa mission, pour ensuite se désengager petit-à-petit suite à sa coalition avec Nidaa Tounes en 2014.

Le gouvernement actuel et le président Béji Caid Essebsi ont aussi négligé l’Instance selon le Washington Post, en affirmant que le peuple tunisien a besoin de “tourner la page” au lieu d’encourager la “culture de la vengeance”.

Mais ce qui selon le journal pourrait être la raison de cet ”échec”, serait l’incapacité de l’IVD à faire toute la lumière sur les mécanismes de répression des anciens régimes, une tâche qui serait tout simplement complexe, mais aussi litigieuse pour une commission.

En effet, des recherches menées dans ce cadre ont établi qu’il y a deux espèces de violences dans ce type de régimes, à savoir la violence individuelle et la violence structurelle.

Les violences individuelles consistent en celles perpétrées contre des citoyens et des opposants politiques et idéologiques, et représentant une violation flagrante des droits de l’homme.

Les violences structurelles sont celles provoquées par les structures et institutions de l’État qui exercent des formes de politiques de punition collectives contre des groupes de personnes ou des régions entières.

Ainsi, selon le journal américain, la disproportion et l’inadéquation entre la mission et les moyens/temps accordés à l’Instance font que la mission de celle-ci était depuis le début vouée à l’échec.

Sur la violence structurelle, la justice transitionnelle tunisienne se distingue des autres, affirme le journal. Selon lui, la dissection “courageuse” des rouages du système par l’IVD a permis de mettre à nu les différents mécanismes de la répression, notamment grâce aux témoignages des victimes. Mais cela resterait insuffisant car comme mentionné plus haut, la tâche serait trop ardue et litigieuse pour une commission.

Le Washington post considère que bien que la mission de l’IVD soit officiellement achevée et que celle-ci soit jugée comme un ”échec”, la justice transitionnelle, dans une forme moins officielle, se perpétue à travers de nombreuses initiatives citoyennes, notamment les programmes d’enseignement, les commémorations, et les projets artistiques (films, expositions, etc..).

Ce devoir de mémoire sera selon le journal en mesure de faire comprendre et sensibiliser les Tunisiens à leur passé, en plus de “donner un sens aux formes de violence survenues dans l’histoire moderne de la Tunisie.”

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