MAROC
05/04/2019 16h:08 CET | Actualisé 05/04/2019 16h:42 CET

Les produits laitiers protègeraient du cancer colorectal selon une étude marocaine

Lben, jben, raib...

Kent MacElwee/Flickr/Creative Commons
Une femme boit du lait frais vendu dans la médina d'Essaouira, mai 2015.

SANTÉ - La consommation de produits laitiers diminuerait le risque de cancer colorectal. C’est le résultat d’une étude dirigée par Karima El Rhazi, professeur d’enseignement supérieur à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Fès et publiée le 30 mars dans la revue scientifique European Journal of Nutrition.

L’objectif principal de cette étude est de montrer le lien entre la consommation de produits laitiers industriels comme le lait, le fromage et les yaourts, ou traditionnels marocains tels que le raib, le jben, le lben ou le saykok, et le risque de cancer colorectal (qui touche le côlon et le rectum) dans la population marocaine adulte.

L’étude a été menée dans cinq centres hospitaliers marocains à Casablanca, Rabat, Marrakech, Oujda et Fès auprès de 2906 personnes (1453 cas de cancer et 1453 témoins sains), entre 2009 et 2017. Elle visait, à travers un questionnaire détaillé, à obtenir des informations sur de possibles changements d’habitudes alimentaires avant la période de diagnostic du cancer et des premiers symptômes. Il s’agissait, pour les chercheurs, d’évaluer objectivement la fréquence de consommation de produits laitiers, par mois, semaine et jour.

Selon les résultats obtenus, l’étude “corrobore les données internationales précédentes et suggère que les personnes qui consomment beaucoup de produits laitiers modernes ou traditionnels présentent un risque moins élevé de CCR (cancer colorectal, ndlr)”, indiquent les auteurs, soulignant que “ces résultats devraient être davantage confirmés par des données longitudinales”, c’est-à-dire résultant du suivi d’une population dans le temps.

“D’après cette étude cas-témoins, on peut dire que les bactéries lactiques qui existent déjà dans ces produits, l’apport en calcium et les méthodes de fermentation sont des facteurs protecteurs”, explique l’auteure principale de l’étude, Khaoula El Kinany, chercheuse au laboratoire d’épidémiologie, recherche clinique et santé communautaire à la faculté de médecine de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès au HuffPost Maroc.

Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquemment diagnostiqué dans le monde et la deuxième cause de décès liés au cancer, avec près de 1,85 million de nouveaux cas et 880.792 décès en 2018. Il existe cependant une importante différence géographique. En effet, la plus forte incidence de cancer colorectal était en Europe et la plus faible a été détectée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Au Maroc, selon le registre du Grand Casablanca, le taux d’incidence du CCR était de 10,6% chez les hommes et 8,8% chez les femmes entre 2008 et 2012. C’est le quatrième cas de cancer diagnostiqué chez les femmes et le troisième chez les hommes.

Les habitudes alimentaires peuvent expliquer les différences d’incidence du cancer colorectal. La consommation de viande rouge, de viande transformée ou d’éthanol issu de boissons alcoolisées sont par exemple des facteurs de risque confirmés pour le cancer colorectal.

L’étude rappelle également que le régime alimentaire marocain, qui était autrefois caractérisé par une forte consommation de céréales, de fruits et de légumes et une faible consommation de produits laitiers et de viande, a changé ces dernières décennies. La consommation de produits laitiers (beurre et crème exclus) a ainsi augmenté, passant de 84 grammes par personne et par jour en 1985-1987 à 91 grammes en 1995-1997 et 104 grammes en 2005-2007, selon un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).