ALGÉRIE
01/09/2019 13h:22 CET

Les prêts, "second marché" du business des transferts

Alexander Hassenstein via Getty Images
MUNICH, GERMANY - AUGUST 31: Philippe Coutinho of FC Bayern Muenchen looks on after the Bundesliga match between FC Bayern Muenchen and 1. FSV Mainz 05 at Allianz Arena on August 31, 2019 in Munich, Germany. (Photo by Alexander Hassenstein/Bongarts/Getty Images)

L’Inter Milan et le Bayern Munich viennent d’engager les stars Alexis Sanchez et Philippe Coutinho pour des sommes dérisoires: grâce au système des prêts, dont les clubs désormais usent... et abusent, parfois au détriment des joueurs.

“Ces dernières années, le marché des prêts est devenu un second marché des transferts commerciaux. En 2017 par exemple, plus de 500 millions de dollars ont été investis en prêts, ce qui n’était pas le but lorsque ce système a été mis en place”, explique Jonas Baer-Hoffmann, directeur général du syndicat international de joueurs FIFPro, dans une interview à l’agence allemande SID, filiale de l’AFP.

Jeunes talents à l’essai

A l’origine, le prêt est conçu pour donner du temps de jeu aux jeunes talents, barrés dans les grands clubs, en les faisant jouer quelques mois ou plus avec une formation moins huppée.

Mais certains clubs, comme Chelsea, ont optimisé le système en engageant des dizaines de jeunes professionnels, et en les prêtant systématiquement, pour se constituer un réservoir souple de main d’œuvre bon marché à court terme.

Les espoirs font ― ou non ― leurs preuves et le club propriétaire peut alors choisir ceux qu’il récupère pour sa propre équipe première. Les autres sont vendus. 

 La Fifa, qui régule les échanges de joueurs entre clubs, n’a pour l’instant jamais légiféré sur les prêts. Les règles qui s’appliquent sont édictées par chaque pays séparément.

L’Inter, la Juventus ou Manchester City sont également connus pour avoir fait du prêt un véritable modèle économique.

Méga-stars au rabais

Autre usage du prêt, prisé par les très grosses écuries du continent: se débarrasser provisoirement de vedettes aux salaires énormes mais laissées sur le banc par l’entraîneur, et dont le prix sur le marché rend très difficile un transfert “traditionnel”.

C’est ainsi que le Bayern Munich vient de récupérer pour une saison le croate Ivan Perisic (Inter Milan), et le Brésilien Philippe Coutinho (Barcelone).

 Coutinho, décevant pendant 18 mois au Barça, est le joueur le plus cher de l’histoire du club blaugrana (120 M EUR + 40 M EUR de bonus). Les Catalans sont bien heureux de l’avoir exfiltré vers l’Allemagne, sous la forme d’un prêt d’un an assorti d’une option d’achat de 120 M EUR.

Le club allemand est gagnant lui aussi: la dépense est minimale (Coutinho, 8,5 millions, Perisic, 5 millions) par rapport à l’achat de joueurs de ce calibre, et le risque moindre si la star ne s’adapte pas, comme ce fut le cas du Colombien James, prêté deux saisons par le Real et finalement reparti cet été, sans avoir vraiment convaincu.

Comptes bien lissés

Le prêt est enfin devenu un élément décisif de montages financiers qui permettent de jouer avec les règlements.

En 2017, le PSG avait pris Mbappé pour une saison “en prêt” de Monaco - mais avec achat obligatoire en fin de saison - pour ne pas imputer la dépense (180 millions d’euros) à son budget annuel, et éviter ainsi de tomber sous le coup du fair-play financier, alors qu’il venait d’acquérir Neymar pour 222 millions d’euros. L’UEFA, pas dupe, a ouvert une enquête sur cette opération.

 Autre exemple: cet été, le Betis Séville a acheté au PSG Giovani Lo Celso, puis décidé de le revendre à Tottenham. Mais cette “vente” passe en fait par un prêt d’un an au club anglais. La transaction prévoit 16 millions d’euros pour le prêt, qui seraient déduits du prix de vente en 2020.

Le but est de limiter le prix de la vente, afin de minimiser la part de la plus-value à reverser au Paris-SG, qui en revanche ne touche rien sur le prêt.