MAROC
13/09/2018 17h:33 CET | Actualisé 13/09/2018 17h:43 CET

Les plages marocaines comptent en moyenne 35 déchets par mètre carré

Bouchons, pinces à linge et cotons-tiges...

ZERO ZBEL

POLLUTION - Les chiffres risquent de vous faire passer l’envie de mettre vos pieds dans le sable. À l’occasion de la journée mondiale pour le nettoyage des plages, célébrée chaque année le 15 septembre, l’association de défense de l’environnement Zero Zbel (“zéro déchet”) a publié les résultats d’une analyse des déchets solides présents sur les plages marocaines.

De mars à août 2018, 40 volontaires et 6 associations partenaires ont été mobilisés pour mener des audits des déchets trouvés sur 26 plages du littoral atlantique et méditerranéen, de Boujdour au sud à Saïdia au nord. Et les résultats font froid dans le dos.

Plus de 36.000 déchets collectés

Sur chaque plage, les volontaires ont délimité une zone de 400 mètres carrés, représentative de l’état moyen de la plage, sur laquelle ils ont collecté les déchets de plus de 5 millimètres, triés en une vingtaine de catégories. Une estimation du nombre de micro-déchets (d’une taille inférieure à 5 millimètres) a également été réalisée par comptage à l’oeil nu sur une série d’échantillons d’un mètre carré de plage. Les résultats ont été compilés dans une base de données afin de comptabiliser et analyser les déchets.

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En tout, plus de 36.000 déchets ont été collectés soit en moyenne 35 déchets et plus de 180 micro-déchets par mètre carré de plage. 85% des déchets ramassés sont des déchets plastiques, 5% des déchets organiques, 4% des déchets en papier ou carton, 2% des déchets en métal, 1% des déchets en verre et 1% des déchets textiles. 2% sont des déchets d’autres catégories.

Les bouchons et bouteilles en plastique, qui représentent 18% des déchets collectés, sont les principaux types de produits identifiés sur les plages. Ils sont suivis des cordes et filets de pêche (13%), des bâtonnets de sucettes et cotons-tiges (10%), des sacs plastiques (9%), des emballages en plastique (6%), des mégots de cigarettes (3%) et des pinces à linge (2%).

9% des déchets sont des débris divers non identifiés. Des dizaines d’autres produits, représentant chacun moins de 2% des déchets collectés, ont également été répertoriés.

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“Parmi les micro-déchets, nous avons trouvés d’innombrables granulés de matière première plastique (utilisés par les usines de plasturgie)”, indiquent les auteurs de l’étude.

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Des déchets surtout issus de produits de 3 grandes entreprises

Autre donnée significative: l’essentiel de ces déchets est issu de produits commercialisés par une poignée de grandes entreprises industrielles. Ainsi, 48% des déchets sur lesquels un logo a pu être identifié sont issus de marques commerciales appartenant à trois grandes entreprises. “Ces entreprises sont des acteurs majeurs des secteurs de la boisson gazeuse, de l’eau en bouteille et des produits laitiers”, souligne Zero Zbel.

Si cette étude a été menée, c’est surtout pour mieux cerner le problème de la pollution des plages et trouver des solutions. “Nettoyer les plages c’est bien, mais c’est encore mieux de faire une analyse des déchets qu’on trouve, pour comprendre d’où ils viennent et dans quelle matière ils sont faits, afin de connaître un peu mieux le problème pour arriver à le traiter en amont”, explique au HuffPost Maroc Mamoun Ghallab, président de l’association Zero Zbel. “Dans les prochains mois, nous allons mener un travail de réflexion pour éliminer à la source les déchets qui sont les plus problématiques”.

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Ateliers de réflexion et recueil de recommandations

Pour le militant associatif, le Maroc pourrait ainsi prendre exemple sur l’Union européenne et des pays comme l’Angleterre, qui mènent actuellement des discussions ou adoptent des lois interdisant l’utilisation de certains produits comme les bâtonnets en plastique, remplacés par des bâtonnets en carton biodégradables.

“C’est ce genre de solution qu’on pourrait promouvoir”, indique Mamoun Ghallab. “Il est urgent d’engager des discussions à la fois sur les matières, les règlementations, les pratiques des entreprises qui produisent les produits que l’on trouve sous forme de déchets sur les plages, mais aussi sur les habitudes des consommateurs”, ajoute-t-il.

ZERO ZBEL

Il cite notamment le cas de citoyens jetant leurs cotons-tiges dans leur lavabo, leurs toilettes ou le dégagement d’eau du hammam. ”Ça passe, sans être filtré, vers la mer. Sur ce produit-là en particulier, il y a donc un problème à la fois de matière, de mauvaises habitudes et de filtration des eaux usées par manque d’infrastructures”.

L’association veut ainsi organiser une série d’ateliers de réflexion, avec des élus locaux, des associations citoyennes, des grandes entreprises mais aussi des designers pour imaginer des solutions alternatives à certains produits polluants et régler la question de la pollution des plages. “Les contacts ne manquent pas, maintenant nous attendons un retour positif de leur part”, explique le militant.

D’ici au printemps 2019, Zero Zbel compte également publier un recueil de recommandations pratiques et concrètes qui permettront d’orienter les différents acteurs concernés vers la mise en place de solutions.