MAROC
27/11/2018 14h:49 CET

Les pharmaciens en colère observeront un sit-in lundi 3 décembre à Rabat

“Nous voulons dénoncer le laxisme du ministère envers nos doléances."

Elijah Nouvelage / Reuters

CONFLIT SOCIAL - “Nous avons des revendications légitimes qui ne coûteront rien à l’Etat puisqu’elles ne concernent que la prise de décisions”. Le président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM), Mohamed Lahbabi, justifie la décision d’observer un sit-in lundi prochain, le 3 décembre à 11h, devant le ministère de la Santé à Rabat. “Nous voulons dénoncer le laxisme du ministère envers nos doléances. Nous avons demandé 5 à 6 fois des audiences avec le ministre Anass Doukkali, mais nous n’avons obtenu que des promesses sans suite du Directeur du médicament”, déclare-t-il au HuffPost Maroc.

L’attente s’est longtemps prolongée pour ces pharmaciens décidés désormais à se faire entendre. “Nous voulons simplement exercer notre travail dans la dignité”, assure Lahbabi en décrivant des conditions “intolérables” pour les pharmaciens. En premier sur la liste des revendications: la lutte contre l’exercice illégal de la profession. “Vous trouverez des médicaments et des vaccins en vente, par exemple, chez les médecins et les vétérinaires, or, c’est illégal! Seul le pharmacien a légalement le droit de vendre le médicament qu’il soit destiné à l’humain ou à l’animal conformément à la loi 17-04 portant code du médicament et de la pharmacie”, rappelle-t-il. 

CSPM

Exclusivement reconnue aux pharmaciens, la vente des produits pharmaceutiques ailleurs représente, pour eux, une concurrence déloyale dont la conséquence directe se traduit par un impact financier mais aussi par une remise en question d’un droit légal. Le CSPM appelle donc le département de tutelle à veiller au respect de la loi et à ouvrir le dialogue sur d’autres revendications, notamment la publication de l’arrêté sur la pharmacopée des produits stériles. “Il ne manque plus que la signature du ministre qui tarde encore. Pourtant, cette liste de pharmacopée de référence vise avant tout la préservation de la santé du citoyen”, tient à préciser le président du CSPM. Que les dispositifs médicaux stériles soient uniquement en vente dans les pharmacies permettra, estime ce responsable, de prévenir des risques quand ces produits ne sont pas conservés comme il se doit. 

Et ce n’est pas tout, ces pharmaciens comptent aussi parmi leurs revendications la révision du décret de fixation des prix et “une fiscalité équitable”. “Nous nous demandons toujours pourquoi le médicament est taxé par une TVA de 7%”, s’interroge Lahbabi, estimant que “la défiscalisation des tranches 3 et 4 des médicaments (de plus de 1.500 dirhams) serait plus appropriée pour un meilleur accès aux médicaments”. Et de constater que le décret sur la baisse des prix de plus de 2.500 médicaments par le gouvernement en 2014 n’a pas permis un meilleur accès du citoyen aux médicaments comme prévu. “Le panier du citoyen est resté le même depuis: 400 dirhams par an”, soutient-il.

Autre revendication sur la liste de la CSPM: la révision de la loi qui régit les substances vénéneuses qui remonte à 1922. Son contenu ne répond plus aux besoins actuels et elle n’est pas en conformité avec la réglementation internationale sur ce genre de substances. Sur ce volet, Lahbabi estime urgent une mise à niveau présentée comme indispensable à la reconnaissance même de l’exercice de cette profession. Et pour cause, il explique qu’il arrive à des pharmaciens de recevoir des prescriptions de produits psychotropes et, qu’à maintes reprises, ils se retrouvent face à la justice. “Nous avons eu des cas de condamnations à des peines de prison de 6 mois”, s’indigne le président du CSPM. 

En colère, les pharmaciens le sont au quotidien. Lahbabi nous confie que le sentiment d’amertume ne les quitte pas: “Figurez-vous que les pharmaciens passent leur journée à remplir les papiers des mutuelles aux patients alors qu’ils n’ont aucune couverture médicale! N’est-ce pas une aberration?”, s’interroge-t-il, invitant sur sa page Facebook les manifestants à se présenter lundi prochain au rendez-vous avec leur blouse blanche pour un sit-in de “la dignité”.