ALGÉRIE
11/10/2018 14h:40 CET

Les pères de l’Internet appellent à développer un "Web décentralisé"

L’un des problèmes majeurs du Web est son caractère éphémère, qui n’est que partiellement compensé par la Wayback Machine (la machine à revenir en arrière) de Kahle.

Towfiqu Photography via Getty Images

Tim Berners-Lee, créateur du World Wide Web, Vint Cerf, co-inventeur du protocole IP (Internet Protocol), et d’autres pionniers de l’Internet ont appelé, lors d’un séminaire d’étude dont l’ordre de jour était consacré essentiellement à la modernisation du Web, à réinventer Internet.

Le 26 septembre 2018, dans l’enceinte de l’ancienne église de San Francisco, qui abrite désormais le siège de l’organisation Internet Archive, des voix de plusieurs pionniers de l’Internet et du World Wide Web se sont élevées pour appeler à développer un nouveau type d’Internet : un “Web décentralisé”.

Et dans le public se trouvaient les développeurs, entrepreneurs et penseurs qui tenteront, à l’avenir, de répondre aux appels au changement et à l’action, lancés par les pères de la révolution de l’Internet. Les participants à cette réunion de trois jours, organisée par Brewster Kahle, le fondateur d’Internet Archive, et sponsorisée par la fondation Ford, Google, Mozilla et d’autres entités, ont souligné dans le communiqué final d’aller rapidement vers “un Web ouvert et décentralisé”.

Aujourd’hui, le Web pose de nombreux problèmes, ont affirmé les participants. Les plus immédiats et les plus cruciaux parmi ces problèmes sont le types de surveillance électronique dévoilés l’ancien analyste de la NSA, Edward Snowden, et le blocage électronique de l’accès, tel que le grand Firewall utilisé par la Chine.

Tim Berners-Lee, fondateur du Web et directeur du World Wide Web Consortium, a souligné l’éloignement incessant du Web d’aujourd’hui des rêves initiaux des technologies de l’Internet. “Le nivellement utopique de la société, la réinvention des systèmes des débats publiques et de gouvernance - qu’en est-il advenu de cela?”, s’est-t-il demandé. “Nous espérions que tout le monde créerait son propre site Web, il s’avère que les gens ont peur de le faire”, a-t-il ajouté.

Cependant, même les qualités fondamentales du Web que les utilisateurs souhaitent conquérir sont de plus en plus rares. En effet, cet espace virtuel, au lieu d’être un véritable ensemble de réseaux interconnectés et surtout interopérables, est devenu une sorte de collection d’applications et de commandes exécutées en silos.

La majorité des internautes préfèrent avoir leurs amis sur Facebook, leurs photos sur Flickr et les profils de leurs collègues de travail sur LinkedIn. Tout ce qu’ils souhaitent faire quotidiennement sur la toile, c’est partager leurs photos avec leurs collègues et leurs amis, un service qu’ils ne peuvent pas faire, faute d’interopérabilité entre les réseaux sociaux.

Le caractère éphémère du Web

Berners-Lee et d’autres intervenants ont également indiqué que l’un des problèmes majeurs du Web est son caractère éphémère, qui n’est que partiellement compensé par la Wayback Machine (la machine à revenir en arrière) de Kahle. Un effort qu’il a lui-même qualifié d’insuffisant. Le fait que les pages Web “clignotent en ligne et hors ligne”, lors de la fermeture des entreprises ou du déplacement de sites Web, rompant les liens hypertexte, signifie que le Web n’est pas fiable. Un autre problème majeur est le manque 

de contrôle de la confidentialité, qui empêche les utilisateurs de savoir qui surveille leur activité et leurs données.

“Le code est la loi”, a déclaré Kahle. “Notre façon de coder le Web correspond à notre manière de vivre en ligne”, a-t-il ajouté. Par ailleurs, les intervenants ont admis, sur la base d’études récentes publiées par des laboratoires de recherche, que la plupart des technologies permettant de réparer le Web existent déjà. Elles doivent simplement être identifiées et placées dans un système fonctionnel unifié. Vint Cerf, connu comme étant le père de l’Internet et aujourd’hui cadre dirigeant chez Google, a fourni une liste de suggestions sur les endroits où trouver cette technologie réparatrice. Il a demandé aux développeurs d’étudier la façon dont Google Documents fonctionne et sa capacité à propager, en temps réel, les modifications à plusieurs éditeurs.

Création d’une archive de logiciels

Vint Cerf s’est adressé aux développeurs d’applications pour réfléchir sur une sorte de système de publication/abonnement, dans lequel un créateur de page Web peut régulièrement exécuter une commande de publication rendant possible son archivage, et divers archives du Web peuvent s’abonner pour recevoir des mises à jour.

Mieux, il a également suggéré la création d’un archive de logiciels, qui devra éventuellement inclure des émulations de matériel et systèmes d’exploitation traditionnels pour assurer la compatibilité du Web avec les versions antérieures.

La mise en place d’une solution d’authentification des sites Web, de sorte que seules les versions authentiques soient classées dans l’historique et de renforcer ainsi le processus de sécurisation les transactions financières, le remplacement du concept de l’URL (Uniform Resource Locator) par un autre format de nommage plus universel, doté de fonctionnalités exceptionnelles qui incluent la technologie blockchain, la crypto-monnaie et le cryptage à clé publique (de type PGP) comme composants clés du Web décentralisé, sont parmi d’autres sujets de réflexion proposés par Vint Cerf à la communauté des développeurs et chercheurs dans le domaine des technologies Web.

Pour Tim Berners-Lee, le Web d’aujourd’hui s’est éloigné des rêves originaux du digital connecté. “Un mouvement de décentralisation du Web s’amorcera au bénéfice d’un Internet archivé en permanence”, a-t-il a déclaré lors de son discours de clôture de ce sommet sur le Web.