MAROC
02/06/2019 17h:29 CET

Les ophtalmologues privés observent un sit-in lundi 3 juin

Ils menacent d'entreprendre une série de grève après Aïd El Fitr.

Vasyl Dolmatov via Getty Images

CONFLIT SOCIAL - Ils avaient prévenu que la trêve n’était, pour eux, que provisoire. A présent, les ophtalmologues du secteur privé reviennent à la charge en annonçant un sit-in demain, lundi 3 juin, devant le ministère de la Santé. Dans un communiqué du Syndicat national des ophtalmologues libéraux du Maroc (SNOLM), ils brandissent la menace d’observer également “une série de grèves après Aïd El Fitr”. 

A l’origine de leur colère se trouve le même motif: le projet de loi 45-13 portant sur l’exercice des professions de rééducation, de réadaptation et de réhabilitation fonctionnelle. Ce texte soumis actuellement à la Chambre des conseillers contient, pour ces ophtalmologues, un article qui “porte atteinte à la santé du citoyen”. Il s’agit de l’article 6 qui stipule que “l’opticien lunetier délivre au public des articles d’optiques destinés à corriger ou à protéger la vue”. Il prévoit également que l’opticien “réalise l’adaptation et l’ajustage desdits articles au moyen d’instruments de contrôle nécessaire”. Toutefois, cet article n’autorise pas l’opticien lunetier à délivrer un dispositif médical d’optique sans prescription médicale dans 4 cas: pour les sujets de moins de 16 ans, lorsque l’acuité visuelle est inférieure ou égale à 6/10 après correction ou encore en cas d’amétropies fortes et de presbyties en discordance avec l’âge.

Cet article, qui a suscité le conflit entre ophtalmologues et opticiens depuis des mois, a amené la commission sociale de la 2ème Chambre du Parlement à constituer une commission technique alliant ministère de la Santé et Secrétariat général du gouvernement, selon le SNOLM. “Les conclusions de cette commission technique étaient d’enlever toutes les exceptions de l’article 6 pour se référer à l’article 4 qui impose l’ordonnance médicale à  l’exécution de lunettes optiques par les opticiens-lunetiers”, précise le syndicat. Et d’exprimer sa surprise qu’“une proposition d’amendement de dernière minute et non étudiée au préalable a été glissée au niveau des textes validés initialement par la commission technique nommée”.

D’après ces ophtalmologues, “ces textes rajoutés autoriseraient les opticiens à faire la mesure de la réfraction ainsi que l’adaptation des lentilles de contact”. Ce qui, fustige ce syndicat ,“va constituer une institutionnalisation d’exercice illégal de la médecine”. Et de souligner que “l’adaptation de lentilles de contact est réservé non seulement aux médecins ophtalmologues dans les pays développés, mais ayant également en plus un diplôme de ‘contactologie’”. Estimant que cet acte est “purement médical et complexe”, les ophtalmologues disent craindre “les complications possibles tel l’abcès de cornée et cécité”.

Ils veulent ainsi crier haut et fort leur refus de confier cette “dangereuse tâche pour la fonction visuelle”  à “des opticiens, commerçants, sans aucune attribution ni  formation médicale professionnelle”. 

Le Syndicat professionnel national des opticiens du Maroc (SPNOM) avait maintes fois réagi à cette critique relative à la formation. “Nous exerçons notre travail sur la base de cursus de formation supérieure qui délivrent des diplômes d’opticiens-optométristes”, avait alors rappelé Nouâmane Cherkaoui, membre du SPNOM. Contestant l’appellation de “lunetiers” dans le dahir de 54 (qui régit la profession), ces opticiens se défendent en précisant disposer d’un standard et d’un référentiel établi grâce à des experts nationaux et internationaux au diapason de l’évolution que connait le secteur. 

“La formation de l’opticien-optométriste est homologuée au Maroc. L’Université cadi Ayyad délivre d’ailleurs des licences de 3 ans de formation d’optique et d’optométrie”, avait déclaré à l’occasion au HuffPost Maroc, Mounir Ghissassi, également vice-président du SPNOM. Pour ce dernier, l’opticien est bien conscient de son rôle et ne peut empiéter sur celui de l’ophtalmologue. “Entre la pathologie et la fonction, c’est dans celle-ci que se trouve notre champ d’action (...) Mais, nous avons le sentiment d’être asphyxiés par les ophtalmologues”, nous avait-il confié.