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11/06/2018 13h:42 CET | Actualisé 11/06/2018 13h:43 CET

«La nuit du destin» durant le mois de Ramadan: des pratiques différentes au sein des communautés musulmanes

"La nuit du destin pardonne les péchés antérieurs des fidèles. Les prières quotidiennes considérées comme obligatoires et qui n’ont pas été accomplies peuvent également se rattraper durant cette nuit, puisque chaque acte cultuel est multiplié par mille."

mustafagull via Getty Images

La nuit du destin est une nuit qui se passe durant le mois de Ramadan et qui est un moment particulier pour la majorité des personnes de confession musulmane.

Cette nuit est évoquée dans le Coran selon les traditions musulmanes et contient plusieurs bienfaits pour les croyants.

Cependant, s’il est question d’une seule nuit durant ce mois, les personnes de confession musulmane ne savent pas exactement quand est-ce qu’elle ce situe. Plusieurs traditions évoquent tel ou tel jour, mais en réalité, il n’y a aucune certitude.

Nous avons décidé d’éclaircir le sujet et d’observer les différentes pratiques au sein des communautés musulmanes à Bruxelles.

Notons que ces observations sont similaires en dehors de la capitale bruxelloise et de la Belgique.

La nuit du destin dans le Coran

La  sourate 97 du Coran intitulée « al-Qadr », ce qui est souvent traduit par « Le destin » ou « La destinée » ferait allusion à cette nuit importante pour les musulmans.

Les versets décrivent selon les traditions islamiques une nuit qui équivaut à mille mois, où les anges et l’Esprit descendent, elle est une nuit de paix et de salut jusqu’à l’aube.

Il est à noter qu’il existe une étude de l’orientaliste français Guillaume Dye à ce sujet et où ce dernier analyse cette sourate autrement : il s’agirait en réalité de la naissance de Jésus. Voici les versets en question en français :

« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. 

1. Nous l’avons certes, fait descendre (le Coran) pendant la nuit d’Al-Qadr.

2. Et qui te dira ce qu’est la nuit d’Al-Qadr?

3. La nuit d’Al-Qadr est meilleure que mille mois.

4. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit (l’Ange Gabriel), par permission de leur Seigneur pour tout ordre.

5. Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube ».

Aussi, plusieurs traditions sont unanimes sur le sujet : la nuit du destin pardonne les péchés antérieurs des fidèles. Les prières quotidiennes considérées comme obligatoires et qui n’ont pas été accomplies peuvent également se rattraper durant cette nuit, puisque chaque acte cultuel est multiplié par mille.

Il y a d’autres bienfaits durant cette nuit, comme les prières de demande des fidèles exaucées par Dieu.

Les dix derniers jours du mois de Ramadan

Pour la majorité des musulmans, c’est une certitude : la nuit de destin se situe dans les dix derniers jours du mois de Ramadan. Plusieurs traditions islamiques tant sunnites que chiites s’accordent sur cela et plus particulièrement pour dire que c’est durant les nuits impaires des dix derniers jours du mois de Ramadan.

«La nuit du destin survient au cours d’une des nuits impaires des dix derniers jours du mois de Ramadan. Le Prophète (psl) dit : “Cherchez la nuit du Destin parmi les nuits impaires de la dernière décade du mois de Ramadan”. C’est à dire la nuit dont le lendemain correspond au 21, 23, 25, 27 ou 29 de Ramadan ».

Cependant, même s’il est recommandé d’effectuer des prières et de rester éveillé jusqu’à l’aube durant toutes les nuits, l’organisation de « la nuit du destin » se réalise dans les mosquées durant des jours précis et distincts au sein de ces deux communautés de l’islam.

Il s’agira d’effectuer trois aspects particuliers : la prière, la récitation du  Coran et les invocations.

La nuit du destin au sein des communautés musulmanes sunnites

La nuit du destin s’organise au sein des communautés sunnites la nuit du 26e jour du mois de Ramadan jusqu’à l’aube du 27e jour. «Certains savants musulmans affirment que la nuit du Destin se situe plus précisément la nuit du 26 au 27ème jour du mois de Ramadan.»

Plusieurs traditions islamiques confirmeraient cette date comme étant la plus proche de la nuit du destin.

Durant cette nuit, les fidèles se rassemblent dans les mosquées afin de prier, de partager un repas ensemble, mais aussi de lire le Coran. La prière nommée « Tarawih » est également une pratique cultuelle qui se réalise dans les mosquées et ce, durant tout le mois de Ramadan, après la prière qui se fait au couché du soleil et après la rupture du jeûne.

Il s’agit d’une prière surérogatoire qui s’effectue ensemble, où l’imam essaye de réciter le Coran complètement et ce, du début jusqu‘à la fin du mois. Cette prière serait une tradition islamique qui n’est pas pratiquée au sein des communautés chiites.

Les nuits du destin au sein des communautés musulmanes chiites

Les nuits suivantes sont celles où les communautés chiites s’organisent pour veiller afin de réaliser les actes cultuels de la nuit du destin.

En effet, il existe au sein des communautés chiites plusieurs actions spécifiques à effectuer durant cette nuit. Elles intègrent aussi la prière, les invocations et la récitation du Coran.

Cependant, comme il est impossible de savoir exactement quelle est cette nuit, cela se fait en trois nuits proches de ce qui serait la bonne nuit selon les traditions islamiques chiites.

Cela correspond également à l’assassina d’un des imams infaillibles toujours selon les communautés chiites, l’imam en question est Ali ibn Abou Taleb, cousin et gendre de Muhammad, prophète de l’islam. Les nuits sont les suivantes : la nuit du 18 jusqu’à l’aube du jour 19, la nuit du 20 jusqu’à l’aube du jour 21 et enfin, la nuit du 22 jusqu’à l’aube du jour 23.

La plus importante de ces nuits serait la nuit du 20 au 21 car c’est cette nuit-là où Ali ibn Abou  Taleb a été assassiné en priant à la mosquée, cet acte a été commis lors de la nuit du destin.

Les différents actes cultuels à réaliser durant la nuit du destin se retrouvent dans un ouvrage intitulé : « Les clés du Paradis » d’un savant musulman chiite nommé Abbas Qummi. Il s’agit principalement d’une compilation d’invocations (de prières de demande) qui remonteraient au prophète et à sa famille.

L’une des prières nommée « Jawshan Kabir », souvent traduit comme « la grande cotte de maille » est une prière très longue qui dure plus d’une heure et qui est une protection pour le fidèle chiite. Il existe plusieurs récitations en vidéo sur les réseaux sociaux, ce qui permet aux fidèles chiites de pouvoir l’effectuer chez soi:

 

Cependant, c’est ce qui est également organisé au sein des mosquées chiites, la lecture se fait en direct. Il est à noter que cette invocation est tellement longue qu’il faut souvent deux lecteurs pour la réciter entièrement. Voici deux extraits de cette prière en français, la lecture de ce texte se fait en arabe et ce, peu importe l’origine des fidèles chiites. Généralement, ces derniers possèdent la traduction du texte en fonction de leur langue maternelle :

« 4) Ô Celui qui détient la Force et la Beauté! Ô Celui qui détient la Puissance et la Perfection! Ô Celui qui détient la Possession et la Majesté! Ô Celui qui est le très Grand, le très Élevé! Ô Celui qui est à l’origine des nuages chargés [d’eau]! Ô Celui qui est incoercible dans Sa Force! Ô celui qui est rapide dans les comptes! Ô Celui qui est sévère dans Son châtiment! Ô Celui chez qui se trou vent les meilleures récompenses! Ô Celui chez qui se trouve la mère du Livre!

Cette phrase est récitée à haute voix par les fidèles chiites généralement à la fin de chaque paragraphe : Gloire à Toi, Ô point de divinité autre que Toi! Au secours! Au secours! Au secours! Sauve-nous du feu, Ô Seigneur! 

5) Mon Dieu, je Te demande par Ton Nom,Ô Tendre! Ô Donateur! Ô Maître de la Religion! Ô Preuve! Ô Autorité! Ô Satisfaction! Ô Pardon! Ô Gloire! Ô Celui dont on implore le secours! Ô Détenteur de la Grâce et du Manifeste! 
Gloire à Toi, Ô point de divinité autre que Toi! Au secours! Au secours! Au secours! Sauve-nous du feu, Ô Seigneur!

Cette prière est constituée de 100 paragraphes où le Dieu monothéiste est loué. Chaque paragraphe est suivi d’une prière qui se récite ensemble. La lecture du Coran est également une pratique recommandée, durant cette nuit, il s’agit plus particulièrement de trois sourates : la sourate « l’araignée », la sourate « les romains » et enfin, la sourate « la fumée ».

D’autres actes cultuels plus spécifiques à ces communautés chiites sont recommandés comme l’accomplissement d’une prière surérogatoire individuelle (il n’y a pas de prière commune lorsqu’il s’agit de prières surérogatoires) et une invocation où le Coran est posé sur la tête du fidèle chiite comme signe de respect et de soumission à ce livre.

Un repas est souvent partagé entre les fidèles chiites lors de la rupture du jeûne, mais aussi avant l’aube comme au sein des mosquées sunnites.

Conclusion

Ce que nous pouvons retenir de cette nuit particulière au sein des communautés musulmanes, c’est qu’elle est considérée comme une nuit très importante, où le croyant se doit de veiller et de prier de la nuit jusqu’à l’aube.

Cette nuit du destin est organisé à différents moments au sein des communautés musulmanes sunnites et chiites. L’idéal dans les deux cas, serait d’accomplir cette veillée religieuse les dix dernières nuits du mois de Ramadan et plus particulièrement durant les nuits impairs.

Cependant, l’organisation de cette nuit se fait au sein des communautés sunnites la nuit du 26 alors qu’au sein des communautés chiites, cela s’organise la nuit du 19, du 20 et du 22.

Il y a également des actes cultuels différents au sein de ces deux courants musulmans, cependant, cela reste relié à trois aspects : la lecture du Coran, la prière et enfin, l’invocation.