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10/01/2019 14h:27 CET | Actualisé 10/01/2019 14h:27 CET

Les murs qui tombent

HuffPost

Il tient à son mur, Donald Trump ! Quoi qu’il en coûte, car avant même que le mur soit construit, il en a fait son image de marque. Mur réellement utile ? On ne sait ; mais symboliquement, les images sont fortes.

Il y a ceux qui construisent des murs et il y a ceux qui en détruisent.

Voir un mur qui tombe ou qu’on détruit peut être la source d’une grande joie. On l’éprouve à voir tomber les murs de la Bastille dans le récent film de Pierre Schoeller, Un peuple et son roi (2018). Ces images inventées réactivent celles du mur de Berlin et les photos inoubliables de sa chute en 1989. On en reparlera.

Pour autant, c’est-à-dire  pour un mur qui tombe, il n’y en a pas moins d’autres qui se construisent : celui de Trump, mais il n’est pas le seul.  Quoi qu’il en soit de notre indignation. Y a-t-il une chance pour que celle-ci soit au moins un peu efficace ? Dans les deux cas auxquels on pense d’emblée, on serait tenté de dire que l’indignation a surtout pour effet de donner bonne conscience aux belles âmes, mais que la volonté qui s’exprime à travers la construction d’un mur est bien plus forte que le désir, ou la velléité, de s’y opposer.

On a compris quels sont les deux exemples dont il s’agit : celui du mur entre Israël et la Palestine et celui du mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Il semble que l’un et l’autre remontent à des intentions et même à des débuts de réalisation assez anciens. Pour autant ils n’en correspondent pas moins à des réalités très actuelles, comme c’est le cas pour ce qu’on appelle pudiquement les tensions entre Israël et ses voisins palestiniens, dont les efforts bien réels pour s’opposer au mur ne semblent pas suivis d’effets. Reportons-nous aux témoignages les plus officiels et les plus objectifs sur la non application des décrets qui vont dans le sens de cette opposition :

 Régulièrement, les Palestiniens déposent des plaintes auprès de la Cour suprême israélienne afin de faire invalider le tracé du mur. Au total, les plaintes et les pétitions n’ont permis de réduire que de 17% à 9% la part de la Cisjordanie confisquée par le tracé du mur de séparation. Le 9 juillet 2004 la Cour internationale de Justice rend son arrêt. Elle considère que la construction du mur est un “fait accompli” qui “entrave gravement l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple palestinien et constitue par conséquent une violation de l’obligation d’Israël à respecter ce droit (…)”.

Revenons maintenant à l’autre mur dont la construction est une promesse (et une menace) du président des Etats-Unis Donald Trump. En visite en France, il a tenu à donner de nouvelles précisions sur cet engagement. Il en ressort qu’avec la construction de prototypes soumis à évaluation, le projet d’ériger une barrière le long des 3.201  km de frontière entre les Etats-Unis et le Mexique se précise.

Ils mesurent 30 pieds (soit 9,1 mètres) de haut, suivant les recommandations de l’appel d’offres lancé le 8 mars par les services de l’US Customs and Border Protection. Huit prototypes ont été construits par six entreprises américaines dans la région de San Diego, le long de la frontière, afin d’être soumis à évaluation. “A big, beautiful wall”, avait promis Donald Trump (“un grand et beau mur”).

Tout cela est évidemment consternant, et rend d’autant plus urgent d’en venir à  ce qui pourrait nous remonter le moral, du moins si l’on en croit la poésie—mais il faut toujours croire les poètes : entre Victor Hugo et Donald Trump, personne n’hésitera ! Le poème de Victor Hugo (1853) où il est question de murs qui tombent fait partie de son recueil intitulé Les Châtiments, dans lequel il exprime la conviction que son grand ennemi Napoléon III  finira bien par s’effondrer lui aussi et que l’obstination de ses adversaires ne manquera pas d’en venir à bout.

Le poète trouve son inspiration dans un épisode de la Bible, la chute de Jéricho. Certes ce n’est pas à la première fois mais à la septième (on connaît la signification magique du chiffre 7) que les murailles de la ville s’effondrent, malgré la morgue insensée des habitants et de leur roi :

Autour du roi joyeux riaient tous les anciens

Qui le soir sont assis au temple, et délibèrent.

À la septième fois, les murailles tombèrent.

Une telle conviction et un tel espoir sont des plus réconfortants pour tous ceux qui travaillent à faire tomber les murailles, murs de la honte comme on dit parfois. Et ce n’est pas seulement en poésie qu’en effet elles tombent, mais aussi dans la réalité.

L’espoir s’accroche à ces  magnifiques et véridiques images déjà évoquées, celles du 9 novembre 1989 lorsque le mur qui séparait les deux Berlins depuis 1961, est finalement tombé. Elles montrent de jeunes Allemands et n’importe qu’ils soient de l’est ou de l’ouest en train de briser le mur avec une joie véritablement explosive, celle de la liberté et de l’union retrouvées, si communicative que l’événement pourtant très local a marqué les esprits dans le monde entier.

Au point que les vestiges du mur s’exposent de l’Australie à la Jamaïque en passant par la Corée du Sud ou le Costa Rica. Et en effet, depuis la chute mythique de Jéricho, qui avait fait mieux que cette enthousiasmante réalité ?