TUNISIE
21/08/2019 11h:56 CET | Actualisé 21/08/2019 11h:59 CET

Les mouvements dans le corps diplomatique bloqués, les diplomates craignent des nominations partisanes

"La Tunisie a retrouvé la lumière sur la scène internationale grâce aux hommes du sérail" affirme un diplomate de carrière au HuffPost Tunisie.

Facebook/ministère des Affaires étrangères

Les diplomates de métier se sentent menacés. Le retard pris dans l’annonce des mouvements dans le corps diplomatique inquiète au sein du ministère.

Dans les couloirs certains attendaient leur heure, mais craignent désormais que les élections ne viennent perturber et politiser les nominations de nouveaux ambassadeurs et consuls.

“9 postes d’ambassadeurs et 3 postes de consuls auraient dû être attribués mais officiellement cela a été retardé à cause du décès de Béji Caid Essebsi. Officieusement, il y a des tractations politiques” indique au HuffPost Tunisie une source diplomatique.

Parmi ces postes, un poste très convoité: Celui de représentant permanent à l’ONU, alors que la Tunisie siègera en 2020 au Conseil de sécurité.

“A un moment donné Kamel Morjane devait être candidat de Tahya Tounes à l’élection présidentielle et Youssef Chahed était destiné à garder la Kasbah. Mais la volte-face au sein du parti a courroucé Kamel Morjane. Ils lui ont alors proposé le poste de représentant permanent à l’ONU, qu’il a accepté” poursuit ce diplomate de métier, ayant occupé plusieurs postes importants par le passé.

Mais ce n’est pas le seul poste convoité. Selon le magazine Leaders, la Kasbah viserait 5 postes. “Je ne peux pas le confirmer mais c’est clair que Moscou ou Riyadh sont de belles vitrines pour récompenser certains hommes politiques de leurs services rendus” peste, amer, ce diplomate. “Mais il ne faut pas se leurrer, les noms de politiciens proposés viennent de partout et pas seulement de la Kasbah”.

Selon lui, cela explique le retard dans les nominations: “Connaissant Khemaies Jhinaoui, il a surement dû demander que ces nominations soient faites conformément à ses convictions, mais la décision ne lui appartient pas totalement. C’est le président de la République qui nomme après consultation du chef du gouvernement. C’est à ce niveau que ça bloque” affirme-t-il.

 

Ces craintes ont aussi été exprimées par le syndicat du ministère des Affaires étrangères. Celui-ci craignant des nominations extérieures au ministère observent une journée de colère mercredi, en portant un brassard rouge en signe de protestation contre des nominations “partisanes” ravivant la crainte des années “noires” vécue par le ministère après la révolution, lorsque de nombreuses nominations extérieures émanant de la Troïka avaient fait chanceler le travail opéré depuis plusieurs années par la diplomatie tunisienne.

“La diplomatie tunisienne a connu des heures difficiles entre 2011 et 2013. Le ministère ne nous appartenait plus, il appartenait aux partis politiques au pouvoir qui y faisaient ce qu’ils voulaient malgré notre résistance. Nous avons été écartés, ‘placardisés’ et on a vu le résultat. Avec l’arrivée de Béji Caid Essebsi, et grâce à son passé de diplomate, la Tunisie a retrouvé la lumière sur la scène internationale grâce aux hommes du sérail et grâce aussi à l’un de ses principaux conseillers Ahmed Ounaies. L’arrivée de Khemaies Jhinaoui à la tête du département a fini par redonner un nouveau dynamisme aux diplomates de carrière” analyse-t-il.

La balle est maintenant dans le camp de Mohamed Ennaceur qui devra trancher: “On ne peut pas laisser des postes aussi importants que ceux de nos représentations à Alger, Doha, Riyadh ou Moscou sans ambassadeurs jusqu’aux élections. J’espère que Mohamed Ennaceur écoutera la voix de la raison” conclut-il.

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