MAROC
29/03/2019 18h:20 CET

Les médecins dentistes menacent de reprendre leur "marche de la colère"

Ils dénoncent des "charlatans" qui usurpent leur profession.

AIC Press

SANTE - Après “leur marche de la colère” du 11 février à Rabat, les médecins dentistes reviennent à la charge. “Nous avions choisi la négociation, le dialogue avec le ministère de tutelle et les partis politiques auxquels nous avons présenté nos arguments, mais n’accepterons jamais que la situation reste ainsi”, déclare au HuffPost Maroc le président du conseil national de l’Ordre national des médecins dentistes (ONMD), Dr. Mohamed Sdira. Pour ce représentant de la profession médicale, les citoyens vivent un réel danger tant que des prothésistes sans diplômes qu’il qualifie de “charlatans” se “permettent de faire des soins dentaires”. “L’exercice d’un prothésiste se limite à un travail de laboratoire, il ne peut ouvrir de cabinet dentaire, ni dispenser des soins. Pourtant, certains, qui n’ont même pas d’autorisation d’exercer au laboratoire, se substituent au médecin dentiste”, tient-il à préciser.

Si les médecins dentistes montent au créneau de nouveau, c’est parce qu’ils craignent le pire. Alors que le projet de loi n° 25-14 relative à l’exercice des professions de préparateur et de manipulateur des produits de santé est soumis actuellement aux députés, ces médecins mènent un plaidoyer. “Il a fait l’objet, hier, d’une réunion de commission au sein de la deuxième Chambre mais son vote a été reporté”, annonce Dr. Sdira. Un report qui, explique ce dernier, devra permettre à une commission technique composée de différents représentants des partis politiques, mais aussi du ministère de la Santé et du Secrétariat général du gouvernement (SGG), d’approfondir l’examen du texte pendant un mois avant de passer au vote.

Un délai pendant lequel ces médecins veulent frapper fort pour se faire entendre. “Ce projet de loi a été adopté par la première Chambre du Parlement en 2016. Sa version, à l’époque, pour nous, était tout à fait correcte”, insiste-t-il. Et par “correcte” s’entend le fait que ce projet de loi a délimité les missions de chaque profession précisant clairement que les soins dentaires relèvent uniquement du médecin dentiste. “La mission du prothésiste au sein du laboratoire est de réaliser des prothèses sur la base des empreintes prises par le médecin dentiste”, souligne Dr. Sdira.

Le problème se trouve dans le retard qu’accuse ce projet de loi auprès des conseillers. “Il est à la Chambre des conseillers depuis trois ans. Il a été modifié par des amendements et des interventions politiques. Des partis politiques, à travers trois syndicats, ont pris la défense de ces charlatans en en faisant leur cause. Cela a malheureusement créé une situation très complexe”, regrette ce responsable. Et d’espérer que cette commission technique puisse régler la situation en donnant à chaque partie le droit de s’exprimer. “Aujourd’hui, nous n’avons pas confiance en l’aboutissement de ce projet de loi”, reconnait-il.

Pour éviter de mauvaises surprises, ces médecins dentistes ont voulu faire pression par la sensibilisation. “Nous avons rencontré des députés de la deuxième Chambre et rencontré le ministre de la Santé récemment. Mais ce qui nous désole, c’est de voir ces charlatans utiliser les médias pour se faire de la promotion”, déplore le président du conseil national de l’ONMD.

Cet ordre estime, dans un communiqué, que les faux médecins dentistes dépassent les 3300. ”Par leurs pratiques moyenâgeuses, ils entraînent des maladies infectieuses et contagieuses pouvant causer des handicaps et, dans certains cas, la mort”.