ALGÉRIE
08/03/2019 20h:22 CET

Les manifestants maintiennent la pression contre le 5ème mandat

- via Getty Images

Il est un peu plus de midi et la place du 1er mai est déjà pleine de monde. Les manifestants ont investi la place Mohand Tayeb Ferkoun et d’autres se sont installés autour du jet d’eau du quartier.

Entre les deux groupes, une battle de slogans contre le régime et le président est lancée, sous le regard inquiet des forces de l’ordre. Le quartier a connu de très graves échauffourées lors de la manifestation du 1 mars, entre des manifestants et les forces anti-émeute.

Des accrochages qui ont duré tard dans la nuit et qui a traumatisé les habitants du 1er mai. « C’était l’enfer », résume une dame du quartier qui regarde inquiète l’arrivée continue de la foule et qui préfère rentrer chez elle.  

Les forces de l’ordre peu nombreux vont se retirer et abandonner la rue aux manifestants. Le gros des troupes est stationné le long de la Rue du Col Ali Mellah, loin des regards de la foule. Mohamed 28 ans, lunette de soleil, porte un bandana aux couleurs nationales est arrivé à vélo depuis la cité La Montagne à El Harrach.

Il a installé un écriteau sur lequel on peut lire  "Pas d’élection avant la chute de la mafia", sur le devant de son vélo. "On ne veut plus de cette bande de voleurs. Ils nous ont pillés, mon frère", affirme-t-il.  Même si Mohamed n’est pas à plaindre, puisqu’il travaille dans la petite entreprise familiale, il ne veut pas entendre parler du 18 avril et de la candidature de Bouteflika. "Je te jure que quand j’entends prononcer son nom, j’ai des bourdonnements". Pour lui, la présidentielle doit être reporté pour éviter "l’explosion". "S’ils organisent la présidentielle, ça va mal se terminer", affirme Mohamed.

Un premier groupe de manifestants décide de rejoindre la grande Poste, "on laisse la place pour ceux qui vont venir après la prière du vendredi", ironise l’un d’entre eux. Rapidement la place du 1er mai se vide et les manifestants empruntent le Boulevard Hassiba Ben Bouali pour rejoindre le centre-ville.

"Cela fait plaisir. Jamais je n’aurai pensé vivre cela", avoue Rachid la trentaine. Ingénieur informatique dans le privé, Rachid se dit apolitique "tous les partis se valent. Ils sont tous des pourris" et reconnaît avoir jusque-là soutenu le président Bouteflika, à qui il trouve beaucoup de qualités. "Je trouve qu’il a fait de bonnes choses jusqu’à son AVC. On ne peut pas dire le contraire". Mais quand la candidature pour un 5ème mandat a été annoncée, il s’est senti humilié. "Je ne peux pas accepter qu’une bande de voleurs, prennent le peuple pour des idiots et des imbéciles".

Arrivé à la Grande Poste, il est impossible d’avancer. Les manifestants sont bloqués en bas de la rue Hassiba.  Certains tentent de rejoindre la place en empruntant des rues adjacentes pour se joindre à la foule  s’est installé sur les marches de la Grande Poste.  "Ce peuple ne veut pas de Bouteflika et de Saïd", crie la foule. "Pas de 5ème mandat", hurle en échos Rachid un grand sourire aux lèvres.