MAROC
01/06/2018 14h:30 CET

Les macaques de Barbarie survivent mieux à l'hiver quand ils se "serrent les coudes"

Plus ils ont sociables, mieux ils résistent au froid et gardent la forme.

Moroccan Primate Conservation/Facebook

SCIENCE - Les singes sauvages qui ont plusieurs “partenaires sociaux” ont de meilleures chances de survivre à l’hiver, selon une nouvelle étude. Autrement dit, plus ils sont sociables et se serrent les coudes et mieux il résistent au froid et gardent la forme.

Des écologistes comportementaux de l’Université de Lincoln, au Royaume-Uni, ont étudié les macaques de Barbarie au Maroc, aussi appelés singes magot, et ont découvert que les singes qui avaient plusieurs “partenaires sociaux” - ceux avec lesquels ils se toilettent, par exemple - formeraient de plus grands groupes la nuit et résisteraient mieux aux conditions météorologiques défavorables.

Cette méthode de maintien au chaud en se blottissant les uns contre les autres, appelée “thermorégulation sociale”, signifie que les macaques ayant de nombreux partenaires maintiennent leur température corporelle plus haute, dépensent moins d’énergie pour garder cette chaleur et seraient moins exposés au stress environnemental, augmentant leur probabilité de survivre à l’hiver.

“Les singes sauvages qui ont plus de partenaires sociaux forment de plus grands groupes par mauvais temps et ont de meilleures chances de survivre à l’hiver, selon une nouvelle étude de l’Université de Lincoln”

L’étude, publiée en avril dans le journal Scientific Reports, édité par la revue Nature, montre ainsi que le lien social peut améliorer la “forme physique” (fitness), le terme utilisé par les scientifiques pour parler de la manière dont les animaux arrivent à affronter les conditions écologiques locales, habituellement mesurée par la capacité de reproduction et de survie, précise l’université dans un communiqué de presse.

Selon Bonaventura Majolo, écologiste comportemental basé à l’École de psychologie de l’Université de Lincoln, qui a réalisé l’étude avec Liz Campbell, directrice de programme à la Primate Conservation Foundation du Maroc, “chez plusieurs espèces, les recherches ont montré que les individus les plus sociables au sein d’un groupe ont tendance à vivre mieux, plus longtemps, et à se reproduire davantage, ainsi que leur progéniture”. Autrement dit, les liens sociaux affectent positivement la survie et la reproduction de l’espèce.

“Les macaques de Barbarie étaient une espèce idéale à examiner en raison des relations sociales variées qu’ils entretiennent avec leurs compagnons de groupe et les conditions météorologiques extrêmes qu’ils subissent, comme les hivers froids et neigeux, et les étés chauds et secs”, explique le spécialiste dans le communiqué. “Nous avons constaté que les singes plus sociables se blottissaient ensemble pendant les nuits d’hiver avec leurs partenaires sociaux, formant ainsi de plus gros groupes quand il pleuvait ou que la température chutait”.

Moroccan Primate Conservation/Facebook

Les chercheurs ont examiné le comportement de toilettage et la hiérarchie de deux groupes sauvages de macaques de Barbarie au cours de la journée, ainsi que leurs lieux de sommeil, et combien de singes se regroupaient à la tombée de la nuit. La température de l’air et s’il avait plu ou neigé étaient également pris en compte, ainsi que le temps passé par les primates à se toiletter, leur rang de dominance, et si la paire de “toiletteurs” était du même sexe ou du sexe opposé.

Les chercheurs ont constaté que les singes qui passaient plus de temps à se toiletter étaient plus susceptibles de se blottir ensemble et de se regrouper à plusieurs lorsqu’il y avait des précipitations et des températures basses.

“La thermorégulation sociale par le biais d’un regroupement, d’une nidification communautaire ou d’un perchoir communautaire est un comportement très répandu parmi un certain nombre d’espèces”, explique Liz Campbell. “Dans les conditions écologiques de notre étude où les macaques de Barbarie connaissent des déficits énergétiques hivernaux sévères, les bénéfices apportés par la thermorégulation sociale peuvent expliquer pourquoi les singes les plus sociables sont plus susceptibles de survivre à l’hiver”, ajoute-t-elle.

À travers cette études, les deux scientifiques ont ainsi cherché “un mécanisme comportemental qui pourrait potentiellement s’appliquer à un large éventail d’espèces afin d’expliquer le bénéfice des liens sociaux pour garder une bonne condition physique.” À bon entendeur...