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25/06/2019 17h:27 CET | Actualisé 25/06/2019 17h:27 CET

Les larmes de ma mère appartiennent à l’histoire

Carine Bonnot

La guerre dAlgérie dans la Diaspora na pas fait lobjet dun récit ou si peu. Qui a raconté en France 1954, 1962, 1973 avec un FLN puissant, y compris dans ses pressions, ses chantages, ses tortures du coté des Algériens en France, et dautre part la drapeau national, les livres écrits en arabe quon cachait sous les matelas, le racisme poisseux, Charonne, sans parler des paroles humiliantes entendues à l’école de la République française.

Les larmes de ma mère ne mappartiennent pas, elles appartiennent à lhistoire. Cest un trajet intime, individuel traversé par lhistoire et la géographie, un récit manquant au roman national ici et là bas. Une double absence aurait dit le sociologue Abdelmalek Sayad. 

Le français appris sur le tas grâce au travail en usine pour élever ta fille au lendemain de ton jeune veuvage, ton travail caché à mon père hospitalisé trois mois avant sa mort . 

Puis ton retour à ta terre, ton bébé sous le bras , jeune veuve vers le pays , qui devenu libre, aurait pu, aurait du te permettre d’élever ta fille . Pour la famille paternelle, issue de petite bourgeoise citadine, lettrée en arabe, tu restais la pièce rapportée, mais c’était sans compter sur ton orgueil et ton besoin dindépendance. 

Femme forte tu étais, fière et responsable de ton destin. Féministe sans le savoir, Simone de Beauvoir avait volé ton visage, tu lui ressemblais trait pour trait mais ta voix était plus belle. Oh bien sur, tu étais sévère, puritaine, soucieuse de donner une bonne éducation à ton enfant, mais si bienveillante.  

De retour en France, six mois plus tard parce que tu navais pas trouvé du travail dans cette nouvelle Algérie, tu voulais élevais ta fille sans rien devoir à personne, ni subir les contraintes familiales et patriarcales. 

Depuis, jusqu’à ta mort, tu es restée en France , ta fille avait grandi. Ses universités ont fait ta fierté, tes petits enfants ont réparé les blessures de ton exil et tu es morte sereine , tu avais fait ton travail avec honnêteté, la mère courage.

Cest un trajet de larmes, aux déchirements intimes , dont le récit est manquant jusqu’à aujourdhui dans lhistoire collective et les larmes de ma mère lui appartiennent . Ta génération ne se racontait pas.

Alors,  après avoir lu un certain nombre de commentaires sur les réseaux sociaux sur la Diaspora, celle qui ”aurait trahi” en partant en France , je dis stop ! La facture est élevée, sans parler du sentiment de dette, justifié ou pas dailleurs.

Nous nous sommes échappés, avons vaincus notre destin et cependant nous restons attachés à notre terre . Alors permettez-nous la fraternité et la fierté retrouvée ; la peinture des nuits sans sommeil est encore fraiche.

Nous assumons, bon gré mal gré, la géographie et lhistoire qui nous ont ballotés. entre deux rives, parfois écartelés, souvent désespérés mais nous avons garder lespérance en des jours libres pour notre patrie. 

Février a fouillé nos mélancolies, libérer nos larmes et nos rêves vont bientôt accostés  pour étancher la soif de cette terre.