ALGÉRIE
24/02/2016 06h:45 CET | Actualisé 24/02/2016 07h:15 CET

Les laboratoires refusent de baisser les prix des vaccins : les Africains sans protection

APS

Depuis 1990, la pneumonie est responsable d'environ 60% de mortalité, en Algérie, tous âges confondus. Chez l'enfant de 1 à 14 ans, les IRA (infections respiratoires aiguës) représentent 43% de morbidité en extrahospitalier et 19% en hospitalier, affirment les spécialistes algériens.

Chez l'adulte, les IRA représentent entre 20 et 36% des motifs de consultation, dont 5 à 10% nécessitant des hospitalisations. Le pneumocoque responsable de l'exacerbation de la broncho-pneumopathie chronique obstructive occupe la 1ère place des germes en cause des pneumonies communautaires (19,3%).

L'existence de souches résistant à la pénicilline pouvant héberger d'autres marqueurs de résistance, rend problématique la prise en charge des infections invasives.

Dans les pays qui l'ont adoptée, la vaccination anti-pneumonie a contribué clairement à une baisse significative des infections. Compte tenu de la dangerosité du pneumocoque, la place de la prévention par la vaccination en Algérie est importante.

L'immunité conférée est de 5ans, la vaccination est renouvelée tous les 5 ans, mais dans certaines situations elle se pratique tous les 3 ans. Ce qui revient excessivement cher à un pays, surtout si l’on sait que l’Algérie fait partie des pays à revenus intermédiaires et ne bénéficie d’aucun accès ou aide à l’achat de ces vaccins.

En mai dernier lors de à l’Assemblée Mondiale de la Santé à Genève, l’Algérie avait dénoncé le coût excessivement élevé des nouveaux vaccins et les difficultés de plus en plus importantes d’y accéder par les pays africains.

L’Algérie s’est prononcée de manière claire en faveur d’une résolution pour un accès en quantité suffisante à des vaccins à un prix abordable et pour plus de transparence en matière de leur tarification.

Le dictât des labos!

Les gouvernements de 23 pays africains, ont souligné l’augmentation des inégalités du fait du poids financiers des nouveaux vaccins qui restent le monopole de deux grands laboratoires pharmaceutiques à savoir Pfizer et GlaxoSmithKline (GSK).

L’Algérie a, notamment, poussé pour des solutions contre le prix élevé des vaccins et a fait partie de ses neuf sponsors.

Cette position devait être naturellement confrontée à l’occasion de l’ouverture de la première conférence ministérielle sur la vaccination en Afrique qui s’ouvre aujourd’hui à Addis-Abeba.

Une conférence qui devait logiquement être dédiée à cette question cruciale. A la surprise générale, ce problème épineux a été évacué de l’agenda d’une conférence clef sur la vaccination en Afrique.

Dans son communiqué parvenu à notre rédaction, Médecin sans frontières (MSF) dénonce le prix élevé des vaccins qui limitent les efforts en matière de vaccination en Afrique et prend à témoin les opinions publiques.

L’ONG se dit aussi "choquée" par le fait que "l’explosion du prix des nouveaux vaccins, ne soit pas à l’ordre du jour des discussions".

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"Si les prix des vaccins continuent à augmenter de manière incontrôlée, les pays en Afrique et dans le monde vont faire face – certains y sont déjà confrontés – à des choix difficiles sur le type de maladie mortelle contre lesquelles ils auront les moyens de protéger leurs enfants ou pas. Les Ministres qui participent à cette conférence n’ont littéralement pas les moyens de manquer cette occasion de dénoncer une fois de plus les prix élevés des vaccins et de pousser au changement", indique le Dr Myriam Henkens, Coordinateur Médical International pour MSF.

"Alors que les Gouvernements ont clairement poussé pour des solutions contre le prix élevé des vaccins, nous nous attendions à ce que ce problème soit au centre des discussions lors de cette conférence", ajoute pour sa part, Kate Elder, spécialiste et conseillère en vaccination à la Campagne d’accès de MSF.

"Au lieu de cela, on nous dit que ce sont les gouvernements -alors qu’ils font déjà face à de nombreux défis, - qui doivent mobiliser plus de ressources pour acheter ces vaccins, tandis que personne ne demande à l’industrie pharmaceutique de réduire ses prix. S’il est important de mobiliser plus de ressources, il est aussi essentiel de réduire les prix."

Aujourd’hui, il parait assez clair que l’effort à faire doit être du côté des laboratoires pharmaceutiques. Ces derniers engrangent suffisamment de bénéfices qu’ils peuvent faire des concessions sur les prix des vaccins notamment celui contre la pneumonie. Ce dernier est celui qui se vend le mieux à travers le monde. Son prix représente la moitié du coût de la vaccination d’un enfant dans les pays africains aux revenus les plus modestes.

A l’heure actuelle, signale MSF, les deux fabricants du vaccin, Pfizer et GlaxoSmithKline (GSK) en ont vendu pour plus de 30 milliard de dollars, mais refusent toujours de baisser son prix dans les pays en développement.

Apres des années de négociations infructueuses avec les compagnies pour réduire le prix du vaccin pour ses projets, MSF en appelle désormais au public "pour accroître la pression" et faire baisser le prix à 5 dollars (pour les trois doses) par enfant dans tous les pays en développement. La pneumonie est la première cause de mortalité infantile et tue près d’un million d’enfant chaque année.

"En tant que médecins nous avons vu trop d’enfants mourir de la pneumonie, et nous n’allons pas reculer tant que tous les pays ne pourront avoir accès à des vaccins à des prix abordables et en quantité suffisante", ajoute le docteur Henkens.

"Aujourd’hui nous voulons que les craintes des gouvernements soient entendues et que des mesures soient prises pour inciter les compagnies pharmaceutiques à réduire le prix du vaccin contre la pneumonie et d’autres maladies mortelles", insiste MSF.

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