ALGÉRIE
26/10/2019 18h:31 CET

Les juges en grève: le torchon brûle entre le syndicat des magistrats et le ministre Belkacem Zeghmati

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Algerian judges hold placards as they protest against their ailing president's bid for a fifth term in power, in the northeastern city of Annaba on March 11, 2019. - The lawyers, launching a 48-hour action, are demanding that the Constitutional Council, which has until Thursday to rule on candidacies for Algeria's April 18 presidential election, rule out Bouteflika's bid on the grounds of "incapacity" to carry out the role. (Photo by - / AFP) (Photo credit should read -/AFP/Getty Images)

Le Conseil national des syndicat national des magistrats (SNM) a décidé samedi, à l’issue d’une session extraordinaire, de traduire la grosse colère des juges à la suite du dernier mouvement des magistrats par une grève ouverte des juges à partir de dimanche 27 octobre jusqu’à satisfaction de leurs revendications. 

Le communiqué du SNM, d’une fermeté sans précédent dans les annales, s’en prend directement au ministre de la justice, Belkacem Zeghmati en lui demandant de cesser “d’agir de manière hautaine avec les juges et leurs représentants”. Le syndicat souligne que les“juges ne sont pas des troupeaux que l’on dirige de cette manière humiliante”.“Prétendre assainir la magistrature et désigner les juges de manière blessante relève d’un narcissisme maladif qu’il convient de traiter” ajoute le communiqué. 

Outre ces remontrances à l’égard du ministre, le conseil du SNM a lié la reprise du travail au commencement de mise en oeuvre de trois autres principales revendications: “la révision des textes juridiques actuels qui consacrent l’hégémonie de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire”, “ le gel des effets du mouvement annuel des magistrats jusqu’à son réexamen de manière légale et objective par le conseil supérieur de la magistrature”. Le SNM exige également des réponses aux “revendications professionnelles et sociales soumises les 26 juin et 21 septembre dernier”.

 Un  jour noir

Pour le SNM, les dernières évolutions dévoilent une “intention manifeste du pouvoir exécutif de ne pas consacrer les fondements de l’indépendance de la magistrature”, une exigence qui est celle ”du peuple et des magistrats”. Le SNM a qualifié le mouvement des magistrats du 24 octobre dernier de “jour noir dans l’histoire de la magistrature algérienne” dont le but est de “frapper et de casser les structures du syndicat  national des magistrats à travers la mutation de plus des deux-tiers des membres de son conseil national et de son bureau exécutif que jouissent d’une pleine légitimité”.

 3000 dossiers traités en une heure!

Le SNM a dénoncé l’empiétement du ministère de la justice “sur les prérogatives du Conseil supérieur de la magistrature qui constitue la pyramide de l’indépendance du pouvoir judiciaire” et la préparation unilatérale “du mouvement annuel des magistrats dans des salles obscures en exploitant le rôle formel que joue le CSM”. Celui-ci, note le SNM “approuvé un mouvement d’une telle ampleur, touchant près de 3000 juges en un temps record, ne dépassant pas une heure, consacrant ainsi l’hégémonie de l’exécutif sur les arcanes du pouvoir judiciaire en Algérie”.

Présenter au plan médiatique le mouvement des magistrats comme entrant dans le cadre de “la campagne anti-corruption” est mensonger assure le SNM car le problème est “plus profond. Tout le monde sait que le problème réside dans l’absence d’indépendance des juges au plan des textes et dans la réalité. Il est déraisonnable de traiter ce problème par un massacre qui a touché les magistrats et leurs familles à travers une opération de rotation arbitraire, sélective et non étudiée…”. 

Le SNM souligne qu’il a toujours veillé en toute transparence au dialogue avec les services du ministère de la justice et qu’il a supporté une grande pression de la part des juges afin de préserver le bon fonctionnement de la justice. Mais, ajoute-t-il, il a été “surpris de trouver toutes les portes du dialogue fermé”, ce qui le contraint de revenir “à ses structures et sa base” qui ont pris la décision d’arrêter le travail.