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02/07/2019 12h:49 CET | Actualisé 02/07/2019 12h:49 CET

Les jeunes technophiles et la cour des comptes: Un mariage inhabituel mais réussi

Cette initiative souligne l’importance de renforcer les systèmes de redevabilité en Tunisie, et notamment sur la façon avec laquelle les ressources publiques sont utilisées.

Cour des comptes tunisienne

La semaine dernière j’étais le témoin d’un évènement très spécial et probablement unique au monde: la finale du Hack4Transparency qui est une série de Hackathons régionaux, réunissant les chambres régionales de la cour de comptes, des jeunes de toute la Tunisie et le secteur privé. Après un processus de 3 mois, impliquant presque 800 jeunes ainsi que des magistrats, des greffiers et des cadres de la cour des comptes dans cinq évènements régionaux (Gafsa, Sousse, Sfax, Jendouba, Bizerte), c’était la grande finale à Hammamet qui, à travers un jury éminent, a choisi les 3 équipes gagnantes de ce concours unique. Les 15 équipes finalistes étaient, chacune, composées de jeunes technophiles, de magistrats de la cour des comptes, de fonctionnaires, d’enseignants universitaires et de membres de la société civile tunisienne.

 

Même si en Tunisie on pense encore que les startups et la technologie c’est seulement l’affaire des gens privilégiés de la capitale, ce n’est plus le cas car il faut insister sur leur fait que deux des trois équipes gagnantes étaient originaires de Jendouba et la troisième de Sousse.

 

Les prix remportés par les équipes étaient offerts par des entreprises du secteur privé, ce qui montre bien l’intérêt des entreprises dans la promotion de la transparence, dans les compétences de jeunes talents tunisiens et aussi dans les institutions de redevabilité.

Pourquoi est-ce que nous sommes tellement enthousiastes sur ce processus? D’abord, dans quel autre pays d’Afrique du Nord est-ce qu’on trouve une institution comme la cour des comptes, qui décide de s’ouvrir davantage sur son environnement et de travailler main dans la main avec des jeunes technophiles pour s’assurer que son travail soit mieux connu et reconnu et avoir un meilleur impact? Cela demande quand même beaucoup de courage pour s’exposer à une génération de jeunes souvent très sceptiques vis-à-vis des institutions de l’État, et de chercher à travailler avec eux. La réponse inattendue d’un grand nombre de jeunes à cette manifestation montre aussi que, en contradiction à ce qui est souvent dit en Tunisie, les jeunes s’intéressent de plus en plus au développement démocratique de leur pays. Troisièmement, cette activité a servi à motiver des jeunes des régions de l’intérieur du pays afin de montrer qu’eux aussi sont capables de développer des applications et des solutions innovantes, et que ce mouvement économique est beaucoup plus profond qu’on le croyait.

Finalement, cette initiative souligne l’importance de renforcer les systèmes de redevabilité en Tunisie, et notamment sur la façon avec laquelle les ressources publiques sont utilisées. C’était cette même cour de comptes qui a relevé des pratiques assez choquantes dans la gestion des entreprises publiques dans son 31ème  rapport annuel, rapport qui malheureusement reste peu connu au-delà de la communauté académique, de journalistes spécialisés et intellectuels tunisiens, ainsi que les partenaires au développement.

Cet exemple du Hackathon et le partenariat Cour des Comptes-Jeunesse Tunisienne a une importance au-delà de la Tunisie. Au début de ma carrière, j’ai beaucoup travaillé dans les appuis aux pays de l’Europe centrale et orientale sur le développement de leurs institutions démocratiques. En fait, comme en Tunisie, les institutions ayant un rôle large dans la mise en place des systèmes de redevabilité (ce qui touche au cœur de la démocratisation) ont bénéficié de beaucoup d’appuis, et étaient parmi les premières à s’être professionnalisées. Néanmoins, le travail de ces institutions n’a pas eu l’impact escompté, puisqu’elles n’ont ni réussi à capter l’attention des citoyens (en l’absence d’outils de vulgarisation accessibles) ni des parlementaires de ces pays. En fait, dans beaucoup de pays les systèmes de redevabilité sont devenus le talon d’Achille des systèmes de gouvernance, à cause d’un manque de partenariat fort entre ces institutions, les médias et la société civile (voir la discussion dans Verheijen, T.  and D. Coombes (1998) ‘Innovations in Public Management’, Edward Elgar Publishers).

Grâce aux initiatives comme le Hack4Transparency, la Tunisie a l’opportunité d’éviter ce piège, et de montrer au monde qu’un partenariat approfondi entre les institutions de redevabilité et des jeunes technophiles a le potentiel de mettre au défi les décideurs politiques pour assurer une meilleure utilisation des ressources publiques.

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