MAROC
15/05/2019 15h:38 CET

Les jeunes marocaines plus vulnérables à la cyberviolence

C'est ce que révèle la 2ème enquête nationale sur la prévalence de la violence à l'égard des femmes.

monkeybusinessimages via Getty Images

ENQUÊTE - 13,4% de femmes déclarent avoir été victimes de la violence électronique. Ce constat a été établi par la 2ème enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard de la femme réalisée par le ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social. Elles sont au total 13.543 femmes de 18 à 64 ans résidant au Maroc dans le milieu urbain et rural a avoir fait l’objet de cette étude menée tout au long de 2018 à l’échelle des 12 régions du royaume.

Les résultats de ce travail présentés, hier à Rabat, par la ministre en charge du secteur, Bassima Hakkaoui, montrent bien que le fléau reste toujours aussi intense dans la société marocaine. De nouveaux genres commencent même à émerger comme les actes de violence commis par voie électronique. D’après l’enquête, ce sont surtout les jeunes femmes de 18 à 24 ans qui sont le plus touchées: 30% du total de la population concernée par cette violence, soit 1.470.54 des enquêtées (13,4% précité). Les lycéennes et étudiantes sont en haut de la liste puisqu’elles représentent plus de la moitié des victimes, soit 52,3%. Les femmes célibataires arrivent en 2ème position sur cette liste avec 34,6%. 

Des agresseurs généralement proches de la victime

La vulnérabilité à ce genre de violence semble toucher le plus fréquemment les femmes d’un niveau scolaire supérieur, précise l’enquête. Et de souligner que dans la plus grande majorité, soit 71,2% des cas, il s’agit de harcèlement par voie électronique et dans 37% des cas, il est question d’injure et de diffamation. Et ce n’est pas tout: dans 23% des cas, cette violence prend la forme d’atteinte à la pudeur par l’envoi de produits de ce genre et, dans 17%, la victime se voit pirater son compte personnel. L’usurpation d’identité et la persécution concernent, elles, respectivement 16,7% et 16% des victimes recensées dans cette enquête. La publication de photos et de vidéos personnelles est, elle, dénoncée par 7,7% des cas. Moins de femmes affirment, pour leur part, qu’elles sont victimes de chantage (5,6%) et de calomnie (3,7%).

Quant aux responsables, ce sont, pour la plupart des victimes, soit 28,3%, des connaissances faites sur Internet. Pour le reste, le cyber agresseur est soit un voisin, un camarade de classe ou collègue de travail, un proche, un ami personnel ou de la famille, et dans d’autres cas, un ex-mari ou ex-fiancé. De 13% à 0,9% des victimes assurent qu’elles ont été agressées par l’une ou l’autre catégorie dont le point commun reste leur proximité de la victime en tant que membre de son environnement familial, scolaire ou professionnel.

6,6% des femmes portent plainte

Sur un plan général, l’enquête estime le taux de prévalence de la violence au cours des 12 derniers mois (2018) à 54,4%. Il est plus élevé dans les zones urbaines avec 55,8%, tandis que dans le rural, il est de 51,6%. La tranche d’âge la plus touchée, elle, se situe entre 25 et 29 ans (59,8%). Ces violences surviennent en majorité dans le contexte conjugal, affirme l’enquête. Et de préciser que 54,4% des fiancées et 52,5% des femmes mariées ont été victimes de violence au niveau national. 

Les violences conjugales concernent particulièrement les femmes dans le monde rural, estime l’enquête, indiquant que le nombre de victimes représente 19,6% contre 16,9% pour les femmes en milieu urbain. Quant aux types de violences, celles de portée psychologique sont en tête avec 49%, suivies des violences économiques et physiques dans respectivement 16,7 et 15,9% du total. La violence sexuelle représente, quant à elle, 14,3% et touche plus les zones urbaines (17,2%) que celles rurales (8,7%).

L’enquête révèle qu’environ un tiers (32,8%) des femmes affirment avoir été victimes de plus d’une forme de violence, tandis que 3,2 %, soit 349.688 femmes, confient avoir “subi toutes les formes de violence”.

Que font-elles pour se défendre? Rien, en majorité. L’étude attire l’attention sur le silence des victimes qui n’arrange pas la situation. C’est “parmi les facteurs qui aggravent la tragédie des femmes violentées”, met en garde cette enquête soulignant qu’encaisser la violence “peut avoir un impact psychologique, sinon physique, ou socio-économique qui dure dans le temps”. La proportion de femmes qui se sont adressées à une personne ou à une institution est
de 28,2%, assure l’étude, précisant que les femmes urbaines ont été plus nombreuses à ce stade que celles rurales avec 31,7% contre 20,9%.
Celles qui ont porté plainte contre leur agresseur ne dépassent pas les 6,6% (7,7% dans l’urbain et 4,2% dans le rural).