ALGÉRIE
22/04/2019 14h:35 CET | Actualisé 22/04/2019 20h:10 CET

Les “infortunes” des oligarques et des généraux plombent le “dialogue” Bensalah

Des généraux et des oligarques qui tombent, le wali d’Alger chassé par les habitants de la Casbah. Le “dialogue” de Bensalah passe comme un non-évènement. Le mouvement populaire qui entre dans son troisième mois, n’a qu’un seul interlocuteur: l’armée

Reuters

Le Wali d’Alger Abdelkader Zoukh chassé ce lundi 22 avril 2019 par les habitants de la casbah aux cris de “klitou leblad ya serrakine”, les 4 frères Kouninef et Issad Rebrab arrêtés, selon la TV publique. La veille, le général Saïd Bey est placé sous mandat de dépôt tandis qu’un mandat d’amener est lancé contre le général Habib Chentouf qui se serait exfiltré vers la France.

Boudjerra Soltani, lui, est allé, hier, fort imprudemment Place de la République, à Paris, se faire chasser par les manifestants tout en rappelant aux Algériens, l’aplaventrisme dans lequel il a placé le MSP durant de longues années et que Abderrezak Makri, tente, laborieusement, de le faire oublier.  

Ces “dégagements”, ainsi que les “infortunes” des “oligarques” et des généraux Saïd Bey et Habib Chentouf écrasent médiatiquement la conférence du dialogue initiée par Abdelkader Bensalah qui s’est ouverte au Palais des Nations avec bien plus de journalistes présents que de participants. Même l’hyper-bouteflikiste Amara Benyounes a refusé d’y participer au motif que le pays a besoin d’une “transition démocratique concertée et sereine”.

Un décalage sidéral

Pourtant, même sans ces événements spectaculaires, la rencontre organisée par Bensalah est un non-événement dans tous les sens du terme, une illustration du décalage sidéral entre un régime qui se décompose et une population qui exige son départ. Il faut dire que Bensalah est un habitué de ces simulacres où le régime “dialogue” avec ses créatures.

En janvier 2011, pratiquement au même moment où montait en Tunisie la déferlante révolutionnaire qui emportera le  régime de Zine El Abidine Ben Ali, des émeutes ont éclaté à Alger faisant cinq morts et des centaines de blessés. Le pouvoir accuse les “grossistes” qui refusent l’obligation de recours aux chèques pour toute transaction supérieur à 500.000, mais il s’empresse d’y renoncer: exit donc le chèques.

Pour éviter la “contamination”, Bouteflika dépense beaucoup:  aide au logement, extension des subventions à d’autres produits de base,  hausses salariales avec des rappels qui vont faire le bonheur des concessionnaires automobiles. L’essentiel de la réponse du régime était là, mais comme il fallait aussi faire semblant de parler de “réformes politiques”, Bouteflika décide à la mi-avril 2011, de créer une “commission” chargée de recueillir les avis de la classe politique.

La commission, très largement boycottée par la classe politique , était composée de Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation et du  de l’ex-général Mohamed Touati et Mohamed Ali Boughazi, conseillers à la Présidence. Certains l’appelleront commission “BTB”, mais la dénomination qui est restée est celle de “Commission Bensalah”.

Une commission Bensalah qui a invité des clones de Bensalah qui ont dit les mêmes choses que Bensalah et qui en a fait la synthèse Bensalah” notait lapidairement La Nation.

 

Un système occulte global

Feu Abdelhamid Mehri qui avait décidé de suivre le “menteur jusqu’au pas de sa porte” est allé pour dire son fait à Bensalah. Il en fera l’implacable synthèse dans un entretien à La Nation: “Depuis le début de la crise de 92 à ce jour, nous sommes devant un régime  (système de pouvoir) ayant un aspect visible acceptable à travers les textes. Mais il a également une réalité autre,celle d’être un système occulte global qui dirige le pays. Quand on revendique le changement et que l’on nous donne les textes à discuter et à changer, à améliorer ou à amender, cela signifie qu’on limite les changements à la forme et que l’on ne touche pas au fondement du régime”.

La situation est encore plus nette aujourd’hui: le régime contesté massivement par les Algériens depuis le 22 février, n’a rien à offrir si ce n’est d’essayer de s’accrocher à une constitution honteusement bafouée pour aller vers une élection présidentielle impraticable. Le “dialogue Bensalah” est mort-né et sans effet. Ce n’est pas la présence de Abdelaziz Belaïd qui lui apportera un plus, c’est Abdelaziz Belaid qui perd au change en développant un discours léger sur l’impératif de “dialoguer avec le pouvoir”.

Le mouvement populaire, acteur massif et pacifique a bouleversé la donne, il a déjà disqualifié les représentants du régime de Bouteflika dont il n’exige le départ. Il faut bien parler “au pouvoir”, mais aux yeux de la population et de l’opposition, ce pouvoir ne s’incarne pas dans Bensalah. On ne dialogue pas avec ceux dont on exige le départ car ils ont été de toutes les forfaitures contre la Constitution.  

L’échéance d’une élection présidentielle pour le 4 juillet dans le cadre de l’article 102 est impraticable: le corps électoral est dans la rue massivement chaque vendredi pour la rejeter, des magistrats et des présidents d’APC sont entrés de facto dans un processus de désobéissance civile en refusant de participer ou de préparer le scrutin. Le message est net: ni Bensalah, ni Bedoui ne peuvent être des hommes de la transition.

Un seul interlocuteur valable: l’armée

De fait, le mouvement populaire considère que son seul interlocuteur reste l’armée, comme garant de la préservation de l’Etat. Une armée dont il attend qu’elle ne se contente pas d’être au milieu du gué et d’aller réellement vers une solution politique. Jusque-là les messages de Gaïd Salah oscillent entre ouverture vers “d’autres solutions” et attachement à l’agenda du 4 juillet.

Pourtant, plus les vendredi passent et plus il doit prendre acte que les Algériens ne veulent pas d’une élection simulacre mais exigent de créer les conditions pour des élections vraiment libres et honnêtes permettant de traduire dans les faits l’article 7, le seul qui intéresse le mouvement populaire: “ Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple.”

L’armée va devoir en prendre acte. Le plus tôt sera le mieux.