MAROC
21/10/2019 15h:39 CET

Les importations de livres bloquées au Maroc suite à la suppression du ministère de la communication

Les professionnels du secteur commencent à s'inquiéter.

FADEL SENNA via Getty Images
Un client dans une librairie de Rabat, octobre 2018.

LIVRES - Mauvaise nouvelle pour les libraires. Les importations de livres sont bloquées au Maroc depuis le remaniement ministériel. En cause: la suppression, dans le nouveau gouvernement, du ministère de la communication, le seul habilité à délivrer les autorisations d’importations. Si certains parlent d’un transfert des prérogatives au ministère de l’Intérieur, rien n’est encore acté. Selon plusieurs libraires et professionnels du secteur, cela fait près d’une dizaine de jours que les autorisations ne sont plus délivrées.

“Je suis la première touchée en tant que librairie. On ne peut pas se réjouir d’une telle nouvelle. Il faut souhaiter que le problème soit résolu très vite et confié à un autre ministère d’urgence”, explique au HuffPost Maroc Stéphanie Gaou, gérante de la librairie Les Insolites à Tanger. “Notre quotidien est déjà difficile. Les livres mettent environ un mois à un mois et demi pour être servis dans les librairies”, souligne-t-elle.

Une autre opératrice du milieu déplore elle aussi l’arrêt de la délivrance des visas d’importations. “Cela ne se voit pas encore beaucoup, mais on commence à avoir des petites ruptures de stock. Cela touche aussi les élèves, qui ne peuvent pas acheter certaines lectures prescrites qu’ils auraient souhaité lire pendant ces vacances scolaires. On a aussi un événement cette semaine avec un auteur dont on n’a toujours pas reçu les ouvrages”, nous confie-t-elle. “Il ne faut pas que ça dure, il faudrait que le décret soit publié dans les 48 heures, car chaque jour qui passe commence à devenir embêtant.”

Autre problème pour les libraires: les annulations de commandes de certains clients, qui préfèrent se tourner vers des plateformes d’achat en ligne comme Amazon. Cette dernière livre le Maroc depuis la France, et n’a pas besoin de validation du ministère de la communication. L’importation d’ouvrages et de livres par les particuliers, pour leur usage personnel, n’est en effet pas subordonné à la présentation d’une autorisation délivrée par le ministère, de même que les livres scolaires et scientifiques, qui font partie des exceptions.

Du côté des éditeurs, on monte au créneau. Selon Abdelkader Retnani, directeur de la maison d’éditions casablancaise La Croisée des Chemins, une dizaine d’éditeurs ont leurs marchandises bloquées au ministère de la communication. Il dénonce également l’omerta qui règne au sein de l’ex-département de Mohamed Laâraj.

“C’est un véritable problème auquel le gouvernement n’a pas réfléchi. Les fonctionnaires du ministère ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils vont devenir, ils font des sit-in, les dossiers s’entassent. Nous allons nous réunir cet après-midi avec plusieurs éditeurs et professionnels du secteur pour voir les actions que nous allons entreprendre et essayer d’avoir un rendez-vous avec le chef du gouvernement”, nous explique-t-il. “J’espère qu’on arrivera à une solution, parce que ça risque d’être dramatique.”