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05/10/2018 15h:00 CET | Actualisé 05/10/2018 15h:00 CET

Les implications du cri du coeur du ministre de la Défense

"Un homme qu’on sent révolté, au-delà de son deuil qui est celui de toute la famille des militaires du pays".

FETHI BELAID via Getty Images

Il n’est pas anodin que le ministre de la Défense parle comme il l’a fait ce jeudi. Manifestement très affecté par les deux nouvelles morts d’innocents soldats, il a tenu une parole de vérité, directement adressée au peuple, pour lui faire connaître, assure-t-il, ce qu’il a toujours dit: sa désapprobation des impérities politiciennes à la tête de l’État depuis sept ans.

Que la Grande silencieuse s’exprime ainsi au grand jour, prenant à témoin le peuple, appelant même à son jugement, et mette en cause de manière directe les faux patriotes au pouvoir ne doit pas ne pas prêter à conséquence.

Amer constat d’un cri du coeur

La parole de vérité de M. Zbidi est un pathétique cri du coeur d’un patriote qui suppose, et même impose, un nécessaire réajustement de la pratique politique en cours dans le pays. C’est une sorte de sifflement de fin de partie à ce qui aurait été pour certains une récréation aux dépens de la majorité d’un peuple qui n’en peut plus des facéties de certains de ses supposés représentants ayant permis des crimes et multiplié les innocentes victimes.

En effet, au nom de la démocratie, d’aucuns ont cru l’occasion propice à dire et faire n’importe quoi, y compris en tordant le cou à la loi pour se rendre une injuste justice. N’a-t-on pas vu d’anciens criminels blanchis et réhabilités alors que justice n’a même pas été rendue à ceux qui ne se sont rendus coupables d’aucun méfait, notamment parmi des compétences avérées, maintenues abusivement hors du service de l’État malgré son cruel besoin d’elles?

Au nom de la démocratie, on a tissé les mensonges comme de la vérité et on a érigé, en une industrie prospère, les scénarios les plus abracadabrants avec l’apparence fallacieuse d’un vernis juridique qui n’est qu’une apparence trompeuse du droit. Et on parle de légalité et de justice alors que les juges appliquent des lois illégales, illégitimes aussi, la législation de la dictature étant toujours en place, bien qu’elle ait été abolie par la Constitution! C’est qu’on ne veut pas l’abolir, ou du moins s’abstenir de l’appliquer, pour en bénéficier, continuer à brimer un peuple asservi, sacrifié sur l’autel des vanités politiciennes des uns et des autres.

Pendant ce temps, le président de la République trouve le moyen de se quereller avec le chef du gouvernement qu’il a lui-même choisi et, n’ayant obtenu l’appui du chef du parti islamiste dans son caprice de l’écarter, décrète finie son entente avec ledit parti.

Et ne voilà-t-il pas que la zizanie s’installe à son tour dans le pari du président d’Ennahdha qui a choisi le camp du chef du gouvernement contre le chef de l’État. Il faut dire que c’est un choix de raison d’un animal politique, M. Ghannouchi ayant compris que les intérêts stratégiques de son parti, eu égard à ses turpitudes actuelles et passées, sont d’être du côté de la plus forte parie de la dyarchie du pouvoir exécutif. Or, telles des casseroles qu’on traîne, les turpitudes d’Ennahdha ne pouvaient plus ne pas faire de bruit; et en voilà, d’ailleurs, un énième tintamarre avec les graves révélations faites sur les deux plus importants assassinats politiques ayant endeuillé la Tunisie.

Et on ne peut ni minimiser l’importance des preuves apportées ni la gravité des faits, encore moins relativiser la tragique fin de MM Belaïd et Brahmi. D’aucuns, pourtant, font semblant de dire ou d’insinuer que cela ne serait pas grave, puisqu’on en voit ailleurs, dans des démocraties bien plus anciennes que celle qu’on veut implanter en Tunisie! Ils osent même ne voir dans les deux nouvelles victimes innocentes parmi les soldats du pays que des incidents de parcours sur le long chemin de la démocratie supposée être instaurée dans le pays.

D’où ce pathétique cri du cœur du ministre de la Défense, un homme qu’on sent révolté, au-delà de son deuil qui est celui de toute la famille des militaires du pays. C’est donc un véritable coup de semonce pour que les choses changent enfin en Tunisie pour le bien du peuple et non de ses seuls politiciens. 

Un coup de semonce pour le changement

Le véritable coup de gong dans le désert des consciences politiciennes suffirait-il à faire bouger les choses et sortir de l’inertie effarante pour réussir la finalité affichée d’une véritable démocratie?

Celle-ci ne saurait être assise sur la législation scélérate toujours en vigueur et à laquelle se réfèrent des juges déconnectés des réalités du pays. Ces derniers feignent de ne pas voir que le peuple, qui croit à sa révolution virtuelle, exige une vraie justice, basée sur les droits et les libertés apportés par la constitution et non l’injustice des lois abolies que ces juges continuent à appliquer.

Ceux des politiques qui targuent de l’édification d’un État de droit démocratique ne peuvent continuer à refuse de le doter, malgré le dépassement des délais constitutionnels impératifs, de la cour constitutionnelle devant justement toiletter la législation du pays de ses scélératesses. Or, une telle grave violation de la constitution ne les empêche pas d’évoquer le respect de la constitution quand il ne s’agit que d’échéancier électoral et de l’organisation, en leur temps, des élections législatives et de la présidentielle. C’est la preuve de plus que c’est l’autorité qui les intéresse, non la patrie et son service; ils cherchent juste à servir leurs intérêts en arrivant au commandement grâce à un code électoral taillé sur mesure pour amener les mêmes au pouvoir malgré les méfaits qu’ils y ont fait et font.

Par ailleurs, qu’attend le président de la République qui a promis un projet de loi réalisant l’égalité successorale et qui se retient de le proposer? Que fait Ennahdha qui lui a adressé une lettre détaillant sa position sur certaines libertés et qui ne la publie pas? Est-ce par ce qu’il y aurait admis, sous la pression de ses soutiens d’Occident, l’abolition de l’homophobie et la libéralisation totale de la consommation et du commerce d’alcool?

Et que fait le chef du gouvernement pour attester de sa volonté de servir le pays et consolider la conviction placée en lui d’être, dans l’immédiat, le meilleur parti pour sauver la patrie et non l’otage des islamistes? Pourquoi n’ose-t-il pas contourner certaines des difficultés apparemment insurmontables en usant de ses pouvoirs propres? En effet, non seulement il peut recourir à l’initiative des lois pour hâter la sortie de la législation honteuse actuelle, mais il peut encore mieux le faire par de simples circulaires et arrêtés.

Ainsi lui est-il possible, par exemple, d’amener de fait à l’abolition de l’homophobie en interdisant le test anal dans le pays. Pareillement, il peut protéger nombre de libertés, comme celles touchant à l’alcool, en abrogeant les circulaires illégales qui font office de lois. Surtout, il peut donner des instructions fermes à ses ministres de l’Intérieur et de la Justice. Aux forces de l’ordre, sous la responsabilité du premier, il sera ainsi enjoint de ne plus harceler les citoyens dans l’exercice de leurs droits et libertés privatifs. Il sera aussi requis du parquet, placé sous le regard du second, de ne plus donner suite à des arrestations ou la moindre mise en cause de ses libertés et droit.

Mieux encore, le parquet pourrait même décider de poursuivre les agents de l’ordre récalcitrants qui se permettraient de telles initiatives pour violation de la légalité constitutionnelle, la seule devant s’imposer dans le pays.

On le voit bien, il est bien une large palette d’initiatives salutaires à faire sans plus tarder pour être au diapason de la parole de vérité qu’a eue le ministre de la Défense, ce cri salutaire du cœur. Car il peut bien signifier aussi le coup de semonce nécessaire avant que la partie, et non seulement la récré abusive de certains, ne soit déclarée achevée en vue du salut du pays et de son expérience démocratique.

 

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