ALGÉRIE
19/04/2019 19h:24 CET | Actualisé 19/04/2019 19h:25 CET

Les figures de la contestation

La mobilisation contre le régime est tout aussi forte et les Algériens restent mobilisés. Le HuffPost Algérie a décidé de dresser le portrait de quatre manifestants rencontrés ce vendredi.  

Amokrane, 41 ans. Commercial dans une entreprise publique

Tous les vendredi, Amokrane se lève aux aurores pour arriver très tôt à Alger. “Je quitte Boumerdes très tôt pour éviter les barrages filtrants”, explique-t-il. A 6h, il installe ses affaires dans sa voiture et démarre direction la capitale. A 7h, il s’installe à la Grande Poste, lieu de départ des manifestations dans la capitale, muni de sa pancarte qu’il prend un soin particulier à confectionner. 

“Durant la semaine, je réfléchis à ce que je vais écrire. Généralement je prends en compte les évènements de la semaine pour élaborer mon message”. Malgré la fatigue qui se lit sur son visage, pour rien au monde il ne raterait un “vendredi de manifestation”. “C’est important de venir, au moment où le régime tente de nous diviser et nous intimider”, explique -t-il.

Pour lui, il ne faut pas se laisser embobiner par le discours du chef d’Etat-Major et rester vigilant “M Gaïd Salah veut protéger le système et apparaître comme leur sauveur.  C’est pour cela que je donne peu de crédit à ces propos et ses assurances. Il faut maintenir la pression et continuer à manifester jusqu’à leur départ”, affirme-t-il.

Nassim, 26 ans. Chargé des finances dans le privé 

Depuis le 22 février, dans l’entreprise de Nassim on ne parle que du Hirak. Entre collègues on se partage les vidéos et les posts des personnalités politiques et on surveille leurs pages Facebook. Dans son entreprise, il n’est pas rare que des débats sur la situation a lieu entre les employés.

“Dans l’entreprise, tout le monde se sent concerné par ce qui se passe dans notre pays. Même les patrons participent au débat”. Longtemps, Nassim a hésité entre des études de dessins aux Beaux-Arts ou un diplôme en économie Il a choisi la seconde option, mais à continuer à dessiner dès qu’il en trouve le temps. Aujourd’hui, il utilise son talent pour illustrer ses pancartes. “Je dessine moi même mes illustrations”, tient-il à préciser.

Ce vendredi, il défile avec une pancarte sur laquelle 4 cochons représentent les 4B. “Je pioche dans l’actualité ou je me laisse guider par mon inspiration pour élaborer mon message”, précise-t-il. Pour Nassim pas question de donner un blanc seing au Vice Ministre de la défense et Chef d’Etat-Major, Gaïd Salah, qu’il porte moyennement dans son cœur.

“J’ai confiance en l’ANP, mais pas en leur chef”, déclare le jeune homme. “Mon grand-père s’est battu pour la libération de ce pays  et moi j’ai décidé de me battre pour que ce pays mettent dehors ce régime”. A moins du départ annoncé des 4B cette semaine, Nassim a déjà prévu de revenir vendredi prochain manifester. “On ne lâche rien et nous serons encore des millions à réclamer un changement du système”, prévient-il.

Louiza. Professeur de chimie à l’école nationale supérieur (ENS)

Un groupe d’une dizaine de personnes discutent sur la chaussée de la situation politique après le dernier discours du patron de l’ANP, Gaïd Salah. Les échanges sont vifs et les esprits s’échauffent rapidement. Au milieu du groupe, Louiza ne passe pas inaperçue. La tête recouverte d’un foulard, elle a le front orné d’un petit drapeau national.

Elle parle calmement et fait preuve d’une maîtrise certaine pour capter l’attention de l’assistance. La prof de chimie a l’habitude des joutes verbales qu’elle a pratiquées quand elle était étudiante. “J’ai toujours aimé m’exprimer et donner mon avis. Je l’ai toujours fait et continuerai à le faire dans le respect des autres”, affirme-t-elle.

Elle note que désormais, les Algériens se sont réappropriés les espaces publiques et que le débat longtemps confiné dans le privé, investit la rue “C’est la première grande victoire de ce que nous vivons depuis le 22 février. Les algériens s’intéressent désormais à leur destin”, explique-t-elle.

Mais pas question pour autant de baisser les bras et d’arrêter de manifester tant que ce régime n’a pas rendu les armes. “Le pouvoir reste sourd à l’appel du peuple. Nous continuerons à crier pour transpercer leurs oreilles et nous faire entendre”, avertit la jeune professeur en Chimie.

Abdelkader. 60 ans. Retraité d’une entreprise publique

Il tient à la main un sachet rouge dans lequel il garde les coupures de presse qui parle de lui. “Celle-ci a été publiée dans le quotidien El Watan”, montre-t-il fièrement. Abdelkader ne cache pas son plaisir quand on le prend en photo. Il prend la pose et porte fièrement son écriteau devant les objectifs des photographes et des anonymes.

“J’aime qu’on me prenne en photo”, confesse-t-il. Pour ce vendredi, Abdelkader est venu muni d’une pancarte écrite dans la langue de Shakespeare. “Je veux montrer que les algériens maîtrisent d’autres langues que le français”, explique-t-il.

Mais derrière son sourire et sa bonhomie, Abdelkader papa de 5 enfants, n’oublie pas son combat. Il manifeste pour réclamer une revalorisation des pensions. Après 19 années de cotisation, il perçoit 15 000 DA de retraite.

“Comment je peux m’en sortir et nourrir mes enfants”, se demande-t-il. “Ce régime roublard, nous a volé pendant 20 ans. Il nous a dépouillé et a ruiné ce pays”, accuse Abdelkader qui est persuadé que des décisions importantes vont être annoncées dans quelques jours. “Ce régime va partir sous la pression des Etat-Unis qui font pression sur Gaïd Salah pour le pousser à partir”, prédit Abdelkader avant de prendre la pose à la demande d’un photographe.