MAROC
19/07/2018 19h:09 CET

Les "fiançailles" entre deux Marocaines secouent la toile

"Les baisers, c'est quelque chose de normal, beaucoup de copines s’embrassent".

Capture decran

SOCIÉTÉ - Depuis près de 2 jours, la toile s’indigne de la diffusion de photos et de vidéos de ce qui pourraient être des “fiançailles” entre deux jeunes filles à Oujda. L’une, en caftan coiffée d’un diadème, et l’autre, crâne rasé sur le côté et vêtue d’une chemise blanche et d’un pantalon noir, un échange de lait et de dattes, quelques clichés main dans la main et un grand gâteau portant la mention écrite en arabe “fêtes de fiançailles Hiba et Jad”... il n’en fallait pas plus pour déchaîner les passions sur un sujet encore tabou au Maroc.

Des images qui ont suscité l’indignation générale. Âgées de 19 et 20 ans, les deux jeunes filles ont aussitôt démenti la rumeur, évoquant une simple fête d’anniversaire entre amis. Depuis la diffusion des photos et vidéos de ces “fausses fiançailles”, Fatima-Zahra alias Faty et son amie Hiba, voient des photos osées déballées sur la toile, laissant peu de place au doute au fil des baisers, des instants de complicités et des moments intimes... La déferlante de messages haineux et de menaces est telle qu’elle les a poussées à tout nier en bloc.

Pourtant, à visage découvert, c’est avec un discours bien rodé que les deux jeunes filles s’expliquent au fil de vidéos partagées sur la toile ou répondant aux journalistes, soutenant n’être rien de plus que des amies intimes. “Faty et moi, sommes amies depuis 5 ans. Cette histoire de cérémonie n’était qu’une blague, orchestrée de toutes pièces par nos amis. Comme j’étais habillée en caftan et Faty en chemise, ils nous ont donc lancé ce gage”, confie Hiba au micro de Chouf TV. “Nos amies qui étaient présentes à la soirée, n’ont pas voulu sortir du silence et plaider en notre faveur, par peur des représailles... Nous n’avons personne pour nous soutenir”, ajoute-t-elle. 

Concernant les baisers, la jeune infirmière explique qu’il s’agit de quelque chose de normal entre deux amies: “il n’y a rien de choquant, c’est quelque chose de normal, beaucoup de copines s’embrassent de la sorte, il n’y a rien de bizarre”, soutient-elle

Interviewée de façon anonyme par Chouf TV, la mère de Fatima-Zahra, l’une des jeunes filles en question, appelle les Marocains à la clémence envers sa fille “malade”. Elle souligne que si sa fille s’est toujours habillée comme un garçon, elle n’en demeure pas moins une fille comme les autres, ajoutant qu’il ne s’agit que d’une petite fête d’anniversaire pour rigoler”. En pleurs, la mère exprime son désarroi face à la situation vécue par sa famille. Elle explique que sa fille s’était enfuie après que son frère ait voulu la tuer, suite à la diffusion des photos et vidéos.

Je voulais juste m’amuser en organisant cette soirée, rien de plus... Nous ne voulions pas créer le buzz à travers ces photos

Après la diffusion des photos devenues virales sur le net, c’est Fatima-Zahra, qui s’explique en premier au micro de Hespress pour raconter le déroulement de la soirée. “Nous voulions simplement nous amuser et faire une petite fête, nous avions privatisé un café pour réunir nos amis et quelqu’un a pris nos photos pour les publier sur le net”, déclare la jeune judoka. Elle affirme même être contre tout rapport entre personnes du même sexe. 

“Je voulais juste m’amuser en organisant cette soirée, rien de plus... Nous ne voulions pas créer le buzz à travers ces photos. Les gens parlent toujours de moi, à cause de mon style”.

L’affaire n’est pas sans rappeler les cérémonies de “mariages homosexuels ” à Ksar el Kebir en 2007, puis à Sidi Ali en 2017, qui avaient défrayé la chronique. En novembre 2016, l’affaire du baiser entre deux jeunes filles de 16 et 17 ans à Marrakech avait également fait couler beaucoup d’encre. Jugées un mois plus tard, elle seront acquittées et remises à leurs familles. “Il faut ouvrir un grand débat public sur les libertés individuelles, sur l’homosexualité mais aussi sur la liberté religieuse”, plaidait alors Omar Arbib, membre de l’Association marocaine des droits humains à Marrakech.