ALGÉRIE
23/09/2019 10h:11 CET | Actualisé 23/09/2019 10h:24 CET

Les femmes cinéastes à l’honneur des rencontres cinématographiques de Béjaia

Huffpost Algérie
RCB

Placées sous le thème de “la lutte”, les rencontres cinématographiques de Bejaia ont consacré la journée du  dimanche 22 septembre, à la projection de six courts-métrages, réalisé par des Algériennes autour de la condition féminine. Projetés dans la mythique cinémathèque de la ville, ces films documentaires sont issus d’un laboratoire de création qui s’est tenus à Timimoun et Alger de novembre 2017 à mai 2019.

Cet atelier de création cinématographique a été conduit par la cinéaste, militante et formatrice Habiba Djahnine, dans le cadre des activités de son collectif cinéma et Mémoire. Après plus d’un an de travail, les œuvres de ces jeunes réalisatrices pour la seconde fois en Algérie à la 17e édition des RCB.

Il s’agit de “E’sitar” de Kahina Zina, “Bnet El Djeblia” de Awres Wiame, “Selon elle” de Kamila Ould Larbi, “Djamila Goulili, loukan mout, kif et tridi” de Kamila Ould Larbi, “Felfel lahar” Gacem Saadia, “Nnuba” de Sonia At Qasi-KESSI, et enfin un documentaire sonore “Mon peuple, les femmes ” de Sara.

Pour cette après-midi à la cinémathèque, c’est Awres Wiame qui ouvre le bal avec “Bnet El Djeblia”, les filles de la montagnarde.

Cette jeune réalisatrice, raconte le parcours poignant de sa grand-mère Khedidja el Djeblia. Une combattante de la révolution dans un village de Médéa qui, aussitôt l’indépendance recouvré, sombre dans la démence à cause des traumatismes vécus pendant la guerre.

Ce récit émouvant est relaté par ses filles, mère et tante de la réalisatrice. L’absence de leur mère, internée dans un hôpital psychiatrique, fait que ces deux femmes deviennent une condition.

À travers E ’sitar (le rideau) Kahina Zina évoque les dangers de l’espace public. À travers les témoignages de sa sœur et son amie elle montre comment ces jeunes femmes doivent s’imposer des restrictions pour pouvoir se fondre dans la masse.


Kahina dénonce l’hostilité de la rue qui contraint la femme à suivre plusieurs codes notamment vestimentaires pour avoir un semblant de paix. Elle rend également hommage à des femmes victime de cet espace public. Amira Merabt brûlée vive, et Razika Cherif écrasé par un automobiliste.

Caméra sur le réel


Les films de ces réalisatrices se déroulent tous dans le cocon familial. Elles mettent en scène leurs proches parents qui se livrent sans retenue. Elles sont derrière la caméra, mais sont également actrices des histoires qu’elles racontent. Particulièrement Kahina Zina, qui à la fin de son court-métrage, témoigne du viol qu’elle a subi étant enfant.

Pour cette jeune réalisatrice de 35 ans, un long travail a été fait durant le laboratoire en compagnie de Habiba Djehine, pour pouvoir filmer sa réalité.

“Nous avons longuement travaillé sur la pudeur. C’est très difficile de parler de sa condition. J’étais tétanisée à l’idée de sortir toutes ces choses de mes tripes, mais je me suis rendue compte que c’était nécessaire. Filmer le réel permet de faire avancer la cause et pour moi de faire mon deuil”, souligne Kahina Zina.

Sur ce point, Wiame Awras, confie qu’en mettant en scène ses proches, elle en a tiré de nombreux enseignements, à la fois cinématographique et personnels.


“Il est difficile de capter la parole de nos protagonistes sans la trahir. Parfois on oublie d’écouter car on pense tout savoir sur eux. Mais c’est faux, il a fallu que je me mette derrière la caméra pour apprendre de nouvelles choses sur ma grand-mère. Cette expérience m’a appris à faire des films avec les personnages et non pas sur eux”.


Pendant plus d’une année, ces femmes se sont lancées dans une aventure cinématographique qui s’est soldée par la réalisation de six films qui abordent des luttes différentes pour une même condition. Des récits personnels qui convoquent une mémoire collective.