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07/11/2018 12h:16 CET | Actualisé 07/11/2018 12h:16 CET

Les femmes africaines, moteur de la renaissance du continent

"L’entrepreneuriat féminin explose et les femmes africaines expriment depuis un moment leur talent managérial."

Sidonie Flore Ouwe

Blog publié en partenariat avec le Forum MEDays.

AFRIQUE - Relayée au second plan dans la gestion de la chose publique, confinée aux tâches domestiques et aux travaux champêtres, participante à l’économie par de petits commerces non structurés, dépourvue des droits civils et civiques, ainsi est présentée la femme africaine de la période de la colonisation des pays d’Afrique.

Vers la fin des années 50 et lors des indépendances, les femmes africaines on vu leur statut s’améliorer; elles passèrent de minorité civile à la majorité, en pleine reconnaissance de leurs droits par leurs pays, qui les hissèrent comme des citoyennes à part entière. Cette reconnaissance textuelle a tardé à être effective; en effet, l’effectivité de l’exercice de leurs droits s’est faite soit par la réclamation par les femmes elles-mêmes soit par la volonté des pouvoirs publics en majorité composés d’hommes, lesquels ont toujours exercé tous les pouvoirs, avec une apparente séparation de ceux-ci tels qu’élaborés par John Lockes en Angleterre et repris par Montesquieu en France. A défaut d’être au cœur de l’exercice du pouvoir notamment, dans les cercles de décisions, les femmes jouaient tout de même un rôle non négligeable en leur qualité de conseillers occultes, de détentrices de l’économie rurale.

Les textes déclaratifs et universels de l’égalité de tous les citoyens devant la loi repris par les constitutions des pays africains n’ont pu asseoir cette égalité dans les faits quant à la participation et l’exercice du pouvoir par les femmes.

C’est à la faveur des rencontres féminines endogènes inspirées des pratiques européennes que l’activisme des femmes d’Afrique blanche naît et qu’elles vont très tôt accéder à minima au pouvoir. On a ainsi vu les pouvoirs publics être influencés par le premier parti féministe égyptien créé en 1942 et, en 1947, l’Union féministe égyptienne réclama et imposa la loi électorale, octroyant aux femmes le droit de vote. Au lendemain de la Révolution de Juillet 1952, la constitution de 1956 a consacré à la femme égyptienne tous ses droits politiques, en instituant le principe de non discrimination entre citoyens. La femme accéda alors, pour la première fois, au parlement aux élections de 1957.

Le cas tunisien est également à mettre au crédit des luttes féministes qui ont influencé les décideurs à reconnaître l’égalité parfaite des droits des femmes.

Le cas tunisien est également à mettre au crédit des luttes féministes qui ont influencé les décideurs à reconnaître l’égalité parfaite des droits des femmes comparativement aux hommes et le regard appuyé sur la conduite de la politique nationale constituait ainsi un contre pouvoir des trois pouvoirs classiques.

Au fil du temps, l’on assiste à une accélération de la montée des femmes africaines sur les scènes politique, sociale, économique et culturelle. Elles se sont saisies des textes régionaux et internationaux tels que la déclaration africaine des droits de l’Homme, la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du Citoyen, la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies et d’autres textes subséquents ainsi que des rencontres féministes à l’échelle mondiale telles que la conférence de Mexico en 1975, celle de Copenhague en 1980 et celle de Nairobi en 1985, puis la conférence de Beijing en 1995, lesquelles ont constitué le leitmotiv des agendas élaborés quant au plans d’actions conçus et applicables, en termes de leur contribution effective de la dimension du genre dans la construction multisectorielle des Etats africains.

Ces rencontres restent des lieux de prise de conscience et de réalisation de leurs capacités à exploser leurs potentiels, rompant ainsi avec le rôle jadis imposé par les considérations d’ordre culturel, social et religieux.

Aussi admire-t-on la maitrise, le dynamisme et l’altruisme exprimé par ces femmes dans la gestion des questions autrefois réservées aux hommes. Elles sont de plus en plus présentes dans les assemblées notamment, au parlement et même à la tête des municipalités en tant que maires des communes. Cette situation est le résultat de l’expression de leurs droits politiques gagnés, et des luttes de la société civile féministe en Afrique. Elles exercent des fonctions d’Etat et occupent des postes réservés naguère aux hommes dans les institutions.

Au Gabon par exemple, une femme a été président de la République en 2009 bien qu’intérimaire. La présidence de la Cour constitutionnelle est tenue magistralement par une femme depuis plusieurs années. La présidence du Sénat est tenue par une femme. Nous avons aussi eu une femme comme procureur de la République de la capitale politique gabonaise. Les femmes sont nommées gouverneurs des provinces, secrétaires générales, directrices générales.

S’il est acquis que c’est grâce au pouvoir discrétionnaire des dirigeants que ces femmes de mérite certain ont exercé ou exercent encore ces fonctions, il faudrait dire que c’est aussi à cause de l’application des engagements internationaux résultant des rencontres mondiales concernant les droits des femmes. Dans le même sens et tout récemment, une femme africaine a été portée à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie et une autre a été élue présidente d’Ethiopie.

Le leadership féminin multisectoriel et dimensionnel visible et effectif en Afrique est la somme des acquis des luttes féministes de la société civile africaine.

Le domaine entrepreneurial africain accueille en nombre impressionnant les femmes qui se positionnent comme chefs d’entreprises en plus de leurs charges d’épouses ou de mères d’enfants. L’entrepreneuriat féminin explose et les femmes africaines qui étaient confinées dans le commerce non encadré expriment depuis un moment leur talent managérial dans ce domaine.

Le leadership féminin multisectoriel et dimensionnel visible et effectif en Afrique est la somme des acquis des luttes féministes de la société civile africaine. Les rencontres féministes à l’échelle mondiale ou régionale, caractérisées par les échanges, sur les pratiques et les expériences des participants, constituent les fondements solides d’une renaissance du continent africain dont les femmes revendiqueraient la paternité car elles en sont le moteur. Ces assises sont à maintenir voire à amplifier, tout en les collant aux valeurs fondamentalement africaines, pour le rayonnement de ce continent d’opportunités.

Ce blog a initialement été publié sur la plateforme de blogs des MEDays, qui présentera du 7 au 10 novembre à Tanger son 11e forum, dont le HuffPost Maroc est partenaire.