ALGÉRIE
10/03/2019 15h:55 CET | Actualisé 10/03/2019 16h:02 CET

Les étudiants haussent le ton: "non, vous ne prenez pas de décision sans nous concerter!"

Latifa Abada pour le HuffPost Algérie

Rassemblés tôt ce 10 mars devant la faculté des sciences de l’information et de la communication, étudiants et enseignants ont tenu un sit-in devant leurs facultés pour protester contre la décision des “vacances forcés” prise par le ministre de l’enseignement supérieur Tahar Hadjar, la veille. Ils ont scandé

″نحن ضد القرار”, (Hadjar nous sommes contre ta décision). 

Les étudiants de l’université Alger 3 sont venus comme d’habitude ce matin à la faculté dans l’espoir que ces “vacances surprise” ne soit qu’un malentendu. Une étudiante attend devant la faculté de journalisme, celle-ci devait avoir ses rattrapages à partir de mardi et elle se voit désormais contrainte de rentrer chez elle à Bouira.

“J’étais en train de réviser hier à la cité U avec mes amies quand l’agent de sécurité est venue nous dire de ranger nos affaires et de rentrer chez nous demain à la première heure car la cité allait fermer ses portes. C’est comme ça que je l’ai appris avant de lire le communiqué du ministère de l’enseignement supérieur”, raconte une autre étudiante à sciences politiques.

Plusieurs autres étudiants sont arrivés ce matin à leurs facultés pour avoir de plus amples informations sur ces vacances prématurées. Ils se disent conscients que le fond de cette décision est de les empêcher de protester contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, et la qualifie d’“antipédagogique”. 

Ces groupes d’étudiants qui découvraient ce matin une faculté vide, attendaient un feed-back de leurs enseignants qui tenaient une réunion à l’intérieur de la faculté de journalisme. Vers 11h un groupe d’étudiants et enseignants sortent de la fac de journalisme et se dirigent vers celle de sciences politiques.

Une fois là-bas, un groupe d’une centaine d’étudiants formé ils remontent et se rassemblent devant la faculté de journalisme.

Irresponsable et provocatrice

Pris au dépourvu par une directive ferme et sans concertation, les enseignants tentent de raisonner leurs étudiants, mais en vain. Ces derniers prennent cette décision comme du “mépris” de la part de la tutelle qui est “aussi irresponsable que le système en place”, estiment les étudiants. 

Un enseignant qui prend part à ce rassemblement explique que la colère des étudiants est justifiée. “C’est une décision politique et non pédagogique. Avancer les vacances du printemps d’une douzaine de jours, les prolonger de dix autres et repousser d’un mois les vacances d’été sans l’avis des premiers concernés est tout simplement de la provocation”, affirme cet enseignant.

Les répercussions de cette décision sont à l’origine de ce soulèvement, précise un autre professeur. “Il y a des étudiants qui avaient des examens, d’autres des rattrapages et nous avons également programmé plusieurs soutenances, on se retrouve du jour au lendemain à tout retarder et reprogrammer”, ajoute-t-il. 

Irresponsable sur la forme, provocatrice sur le fonds, les étudiants affirment qu’ils ne vont pas se laisser faire. “S’ils pensent qu’en nous renvoyant chez nous, ils vont nous faire taire, je leur laisse le soin de le découvrir. J’ai marché à Alger contre le cinquième mandat de Bouteflika, je marcherai dans ma ville à Boumerdes”, insiste une étudiante sur un ton narquois.

Son camarade est toujours stupéfait par la nouvelle. “Quand l’information a commencé à circuler dans la cité U je me suis dit c’est un canular. Ils ne peuvent pas nous obliger à sortir de chez nous. On habite dans ces cités. Certains copains n’avaient même pas de quoi rentrer chez eux”, déplore ce jeune étudiant.

Une décision qui provoqué la colère de certains étudiants. On peut lire sur leurs slogans : “leurs enfants étudient ailleurs et nous on nous impose les vacances”, “les étudiants refusent d’être le sacrifice d’une politique en échec”. “Des conditions de vie déplorables aux cités, des failles dans la sécurité, des décisions dictatoriales et ils se demandent pourquoi on ne veut plus de ce régime”.

Les enseignants tentent de contenir les étudiants qui veulent aller protester devant le ministère de l’enseignement supérieur qui est à quelques mètres où se tient le sit-in. Ces derniers on finit par y aller et se heurter à un cordon des agents de l’ordre qui barraient la descente qui mène au siège de leur tutelle par leur véhicule. Arrivés devant les agents de l’ordre les enseignants ont formé un bouclier humain entre les agents de l’ordre et les étudiants. 

 Un seul mentor … Nos professeurs

Assis à même le sol avec leurs étudiants, les enseignants ne perdent pas de vue leur rôle de mentor. Ils tentent d’expliquer aux étudiants cette situation et les ramènent à l’essentiel ; “les revendications doivent rester pacifiques car le rôle de l’élite est de montrer l’exemple”.

Une enseignante prend la parole devant cette foule attentive. Elle leur explique que ce qui fait la force de ce mouvement est son caractère pacifique. “Vous êtes l’élite votre rôle est primordial dans le changement, c’est pourquoi vous devez rester calme et que votre message soit toujours dans le contexte.”

Certain acquiescent avec conviction, d’autres restent perplexe quant à la suite des événements. L’inquiétude est palpable. Un groupe de garçons en dernière année de science politique confient qu’ils ne sont pas rassurés. “Nous doutons qu’on ait une oreille attentive. Tout le peuple est sorti pour protester contre le 5e mandat et jusqu’à maintenant aucune décision n’a été prise. Nos dirigeants sont sans foi ni loi”.

Plus optimistes des étudiantes tentent de les persuader et de continuer à se faire entendre par des rassemblements sous le slogan “Silmia”. “l’union fait la force ne l’oublions pas, la preuve nous l’avons depuis plusieurs vendredis”, rappelle elle à ses camarade.

Etudiants et enseignant ont dénoncé un manque de considération pour l’enseignant et l’étudiant. Ils refusent de se soumettre à cette décision et demande au ministre Tahar Hadjar de réagir.