ALGÉRIE
19/05/2019 16h:49 CET

Les étudiants déjouent un dispositif policier immense et célébrent leur Journée nationale

Reuters

Le dispositif sécuritaire de la police a fait pschitt. Et quel dispositif ! Ce dimanche à Alger, la police a mobilisé tout un régiment pour contrer la marche pacifique des étudiants, sortis célébrer leur Journée nationale. Ils étaient quelques milliers à braver une “armada” de policiers, fourgons, camions anti-émeutes et véhicules blindés stationnés dans chaque coin de rue du centre-ville. “Nous sommes des étudiants, pas des terroristes”, ont dénoncé les étudiants, sortis aujourd’hui rejeter, à leur tour, “douwla 3askaria”.

La Grande-Poste était déjà quadrillée lorsque les premiers étudiants atteignaient le centre-ville vers 10H. Plusieurs fourgons de police encerclaient chaque côté de l’édifice tandis que des dizaines de policiers, munis de leurs boucliers et de leurs bâtons, restaient au repos. “Evites de prendre des photos. Des policiers en tenue civile circulent partout”, a conseillé un étudiant à son camarade.

Comme à leur habitude, les étudiants ont commencé à se rassembler à la rue Abdelkrim Khattabi, devant l’entrée principale de la Faculté centrale en attendant le début de leur manifestation. Aujourd’hui, ils étaient déjà confinés par un cordon des forces de l’ordre. “Dégage, dégage”, leur criaient-ils.

Quelques minutes après avoir entamé leur marche, les manifestants ont buté sur les forces de l’ordre à la Grande-Poste. Les accès de la rue Hocine Asselah et du boulevard Zighoud Youcef étaient aussi bloqués par les fourgons des anti-émeutes. Les étudiants n’avaient, jusque-là, nul besoin de se confronter au dispositif de sécurité, décidant d’emprunter la rampe Mostefa Ben Boulaïd pour se diriger au tribunal de Sidi M’Hamed, rue Abane Ramdan.

Ils scandaient, par centaines, “Douwla Madania, Machi 3askaria” et “Madda 7, Soulta lecha3b” (Article 7, le pouvoir au peuple), devant l’entrée du tribunal où comparaissent depuis plusieurs jours d’anciens ministres et responsables dans différentes affaires de corruption et de dilapidation de deniers publics.

Ils ont également rejeté les prochaines élections présidentielles, promettant une marche le 04 juillet prochain. 

Des cordons brisés ... en chaîne 

Les étudiants se retrouvaient soudain encerclés. Des éléments des forces de l’ordre endiguaient leur avancée vers le Square Port Saïd. Les accès au Boulevard Zighoud Youcef étaient quadrillés par un dispositif record: une dizaine de fourgons, des camions anti-émeutes et des véhicules de type 4X4. Des fourgons stationnés sur les trottoirs bloquaient même le passage aux piétons (Photos ci-dessous).

La rue Hocine Asselah était tout aussi hermétique. D’autres fourgons et plusieurs cordons encerclaient des automobilistes résignés, qui ne pouvaient plus avancer ou reculer. “Apparemment, on va déjeuner ici”, lance un chauffeur de taxi. “Ils ne pensent pas aux malades, à ceux qui ont une urgence”, s’indigne une dame. “Nchalah djihoum fo9 rass’hom”. Libérant la rue Abane Ramdane, les manifestants ont de nouveau emprunté la rampe Ben Boulaïd où un cordon a été mis en place entre temps.  

Une rangée éphémère. Surpris par une bousculade, le cordon n’a pas résisté longtemps. Les éléments anti-émeutes, dépassés, se sont mis à agiter leurs bâtons à l’aveuglette, touchant plusieurs étudiants. De quoi susciter la panique puis la colère de ces derniers. “Ya haggarin”, leur crient-ils. “Yal lil 3ar, Polici wella haggar” (La honte, le policier est devenu haggar).

La réaction des étudiants a dissuadé les agents de la police à maintenir la pression. Lâchant prise, ils se sont ainsi mis à calmer les victimes, qui leur exprimaient leur courroux. “Hnaya Toulab, n’touma Irhab” (Nous sommes des étudiants, vous êtes des terroristes), scandaient-ils. 

C’était une première victoire. Les étudiants, euphoriques d’avoir brisé ce premier cordon, se sont ensuite mis à courir tout au long de la rue Larbi Ben M’Hidi, intriguant même leurs camarades. “Pourquoi vous courrez ?”, criait-on de derrière. “Djazair, Hourra, Democratiya”, scandaient les autres. Ce n’est qu’en arrivant devant la Grande-Poste, où des policiers chargés de former un cordon ont été surpris par la foule qui déboulait, que les étudiants ont fini par saisir la ruse de leurs camarades en tête de la manifestation.  

Aussi déterminés que leurs aïeux

Un autre cordon néanmoins les attendait à la rue Pasteur. Les premiers arrivés ont rapidement été sommés de rebrousser chemin vers la rue Abdelkrim Khattabi. Refusant d’obtempérer, les étudiants essayaient de convaincre un officier de céder le passage lorsqu’une autre bousculade surprend le cordon et le force. 

Face aux forces anti-émeutes installées près du Tunnel des Facultés et, plus bas, à la rue Abdelkrim Khattabi, les étudiants, malgré une tension palpable, ont fini par éviter la “bousculade”, faisant demi-tour vers la Grande-Poste.

Le dispositif de sécurité, inégalé depuis le début du mouvement populaire, n’a aucunement dissuadé les étudiants de poursuivre leur marche. Loin de là. Ils ont réussi à déjouer la mobilisation policière pour rejoindre, à leur guise, avec de l’obstination ou avec la ruse, la Place Audin, ou encore le siège du Sénat. 

Les étudiants des autres villes ont également célébré la Journée nationale de l’Etudiant. Ils sont sortis pour montrer qu’ils sont “tout aussi déterminés que leurs aïeux le 19 mai 1956”, jusqu’au départ du pouvoir en place.

Le 19 mai 1956, les étudiants algériens ont mené une grève générale, déclenchée à l’initiative de l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens (UGEMA). Beaucoup d’entre eux ont rejoint le Front de Libération Nationale (FLN) et l’Armée de Libération Nationale (ALN).