ALGÉRIE
25/06/2019 17h:20 CET | Actualisé 25/06/2019 17h:46 CET

Les étudiants "darou rayhoum" lors de ce 18e mardi

RYAD KRAMDI via Getty Images

Une atmosphère tendue régnait sur la Place des Martyrs à Alger, lorsque les étudiants se rassemblaient pour donner le coup d’envoi de ce 18e mardi de manifestation. Leur réponse était attendue. Par les Algériens mais aussi par les policiers, plus nombreux aujourd’hui.

Ils étaient nerveux. Les manifestants avaient du mal à se mettre d’accord sur les pancartes, sur les drapeaux, sur les banderoles puis sur le coup d’envoi. Une fois leurs mésententes réglées et la première procession lancée, ils devaient, en découdre, pendant une majeure partie de la marche, avec les forces de l’ordre qui s’infiltraient pour interpeller des personnes bien ciblées. 

A travers leurs habits, les étudiants prônaient l’unité et la diversité culturelle des Algériens. Ils ont réussi à contourner plusieurs cordons pour imposer leur circuit avant d’atteindre la Place du 1e Mai, où ils ont brandi les drapeaux amazighs avant de se disperser. 

Provocations 

A peine avaient-ils quitté la Place des Martyrs vers 10H30, aux cris de “Jazair Hourra Democratiya” et autres slogans hostiles aux symboles du pouvoir, que leur procession est stoppée net. Un de leurs camarades était aux prises avec un agent de la police en tenue civile qui tentait de l’entrainer loin de la foule. “Pouvoir assassin”, scandaient les protestataires une fois leur camarade libéré.

Cela ne faisait que commencer. A Bab Azzoun, la manifestation progressait tranquillement son cours sous les slogans “Qbayli Arbi, Khawa Khawa, Gaid Salah m3a el Khawana” lorsque les étudiants ont de nouveau été obligés de s’arrêter. Un jeune policier en civil, qui, quelques minutes plus tôt, manifestait avec les étudiants, tentait de récupérer un drapeau amazigh avant d’étrangler un étudiant pour l’ex-filtrer et l’interpeller. 

Le bras de fer a duré des dizaines de secondes. Le policier essayait d’arracher le drapeau en étranglant l’étudiant tandis que les camarades de ce dernier le tiraient. C’est à ce moment que d’autres policiers en tenue civile sont intervenus pour bousculer les plus résistants, libérer leur collègue puis se faufiler sous les arcades. Une première interpellation venait d’avoir lieu.

Il fallait à chaque fois que les meneurs de la procession interviennent pour calmer les esprits et sommer leurs camarades de poursuivre la marche. En vain. Des étudiantes s’approchaient nerveusement de la première ligne pour se plaindre d’un policier qui a tenté de lui arracher une pancarte portant une image de Larbi Ben M’Hidi et hostile à Gaid Salah. “Quel est son intérêt à me déchirer cette pancarte”, se plaint-elle à un autre policier en civil, muet. 

Au square Port Said, un cordon longeait tout le trottoir menant au tribunal de Sidi M’Hamed, dont des juges d’instruction ont ordonné, cette semaine, la mise sous mandat de dépôt de 13 manifestants pour avoir porté ou brandi le drapeau amazigh. Des fourgons et des cordons de police bloquaient le passage, obligeant les étudiants à dévier leur trajectoire en marchant sur la rue Ali Boumendjel.  

Hymne à l’unité et ... 

Devant la statue de l’Emir Abdelkader, les manifestants ont marqué une pause. Des étudiants, habillés en tenue kabyle, chaouie et targuie se sont mis à la tête de la procession pour scander, en choeur, “Imazighen, Casbah Bab El Oued”, face aux photographes de presse et des agents des forces de l’ordre.

Ces derniers tentaient quelques minutes plus tard d’interpeller un étudiant avant d’abandonner cette entreprise face à la résistance des étudiants.

Après avoir dépassé la rue Pasteur, le Boulevard Amirouche sous les slogans “Poulicia, t’habou el miziriya”, les étudiants ont été sommés de remonter par la rue Reda Houhou vers la rue Didouche Mourad. Eux, désiraient surtout passer par Hassiba, dont le passage était bloqué par un cordon.

“C’est pour ne pas créer un encombrement”, affirmait un policier aux étudiants. Quelques secondes ont suffi à ces derniers pour forcer le passage avant de se faire rattraper. Des policiers les sommaient de s’arrêter alors qu’un autre officier les repoussait tout en leur assenant des coups de pieds.  

Après avoir tenté de négocier avec les forces de l’ordre, non sans confrontations, parfois violentes, les étudiants se sont résignés à monter par la rue Reda Houhou. Commença alors le jeu du chat et de la souris. 

Des éléments des forces de l’ordre obligeaient certains étudiants à remonter par le marché Reda Houhou (ex-Clauzel) et rejoindre ceux qui ont été empêchés de passer par la rue Hassiba Benbouali (Première vidéo ci-dessous).

D’autres étudiants avaient déjà réussi à avancer avant que des fourgons anti-émeutes ne soient installés. Ils se sont ainsi mis à courir, guettant les escaliers menant vers la rue Khelifa Boukhalfa pour vérifier s’ils étaient évacués par des forces de l’ordre.

RYAD KRAMDI via Getty Images

Une fois le dispositif de sécurité dépassé, les étudiants ont pu se rejoindre. En face, d’autres fourgons de police étaient, cette fois-ci, prêts. Mais en vain. Les étudiants ont, de nouveau, trouvé le moyen de le contourner en empruntant une ruelle, surprenant des policiers, qui se sont mis à courir vers la Place du 1e Mai.

Une fois sur place, les étudiants n’ont eu aucun mal à avancer vers la rue Mohamed Belouizdad. Devant la station de bus Issat Idir, ils se sont ainsi rassemblés pour brandir une dizaine de drapeaux berbères et scander, en choeur, “Imazighen, Casbah Beb El Oued”.

Des drapeaux cachés quelques minutes plus tard, à l’arrivée des policiers en tenue civile. Ils se sont dispersés en passant, à nouveau, par la Place du 1e Mai, où des fourgons et des véhicules 4X4 venaient en renfort ...