ALGÉRIE
14/05/2018 11h:18 CET | Actualisé 14/05/2018 13h:10 CET

Les Etats-Unis ouvrent leur ambassade à Jérusalem, 25 Palestiniens tués à Gaza

Saluée comme “historique” par Israël qui fête le 70 e anniversaire de la création de son Etat, ce transfert est considéré par les Palestiniens comme une énième trahison à leur cause et un un clou de plus dans le cercueil de l’Etat dont on leur refuse la création

Anadolu Agency via Getty Images

Les Etats-Unis inaugurent lundi après-midi à Jérusalem leur ambassade en Israël, réalisant la promesse controversée du président Donald Trump et suscitant la colère de milliers de Palestiniens à Gaza où 25 Palestiniens ont été tués par l’armée d’occupation israélienne.

Saluée comme “historique” par Israël qui fête le 70 e anniversaire de la création de son Etat, ce transfert est considéré par les Palestiniens comme une énième trahison à leur cause et un un clou de plus dans le cercueil de l’Etat dont on leur refuse la création.  

A quelques dizaines de kilomètres de Jérusalem, les Palestiniens mobilisés depuis la première heure ont essuyé les tirs des snipers israéliens. 25 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, dont l’un de 21 ans, Anas Qoudeih. 1500 autres Palestiniens ont été blessés dont cinq journalistes, selon les autorités locales.

Des milliers de Palestiniens sont rassemblés à quelque distance de la frontière. Certains groupes se sont détachés pour lancer des projectiles de fortune en direction des soldats et tenter de forcer, au péril de leur vie, la barrière frontalière lourdement gardée. Les forces israéliennes tirent en riposte.

L’armée occupante avait distribué auparavant par les airs des tracts mettant en garde les Gazaouis. “Vous prenez part à des rassemblements violents au risque de votre vie (...) Ne laissez pas le Hamas, de la manière la plus cynique, se servir de vous comme ses jouets”, a-t-elle dit, en prévenant qu’elle ne permettra pas qu’on s’en prenne aux soldats ou aux civils israéliens.

Bilal Fasayfes, 31 ans, a pris avec sa femme et ses deux enfants l’un des bus affrétés à Khan Younès dans le sud de Gaza pour emmener les Gazaouis à la frontière. “On se fiche que la moitié des gens se fassent tuer, on continuera à y aller (à la frontière) pour que l’autre moitié vive dignement”, dit-il.

Outre l’opposition au transfert de l’ambassade, les Palestiniens protestent aussi contre le blocus de Gaza et l’occupation.

L’armée israélienne s’attend à des dizaines de milliers de contestataires et redoute un enfoncement de la barrière de sécurité. Elle a pratiquement doublé ses effectifs combattants autour de l’enclave et en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël, où sont annoncés des rassemblements, de moindre ampleur à priori.

Des milliers de policiers israéliens sont aussi mobilisés dans tout Jérusalem, et un millier autour de l’ambassade et ses alentours dans le quartier périphérique.

Concrétisant un engagement de campagne de M. Trump, le transfert de l’ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem constitue une rupture de plus avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international. Le statut de Jérusalem est l’une des questions les plus épineuses de l’insoluble conflit israélo-palestinien.

“Acte d’hostilité”

La décision américaine coïncide avec le 70e anniversaire de la création de l’Etat hébreu, en pleine effusion nationale et ferveur pro-américaine.

“Jérusalem restera la capitale d’Israël quel que soit l’accord de paix que vous imaginiez”, a affirmé dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réception devant Ivanka Trump et Jared Kushner.

Mais l’initiative unilatérale américaine ulcère les Palestiniens pour lesquels elle représente le summum du parti pris outrancièrement pro-israélien affiché par M. Trump. Ils y voient la négation de leurs revendications sur Jérusalem.

Saëb Erekat, haut responsable palestinien, a dénoncé lundi “un acte d’hostilité notoire contre le droit international et le peuple de Palestine, plaçant les Etats-Unis du côté de la force occupante, Israël”.

Israël a occupé Jérusalem-Est en 1967 et l’a annexée. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

La sensibilité du sujet est exacerbée par la religion. Jérusalem est sainte pour les trois religions monothéistes. 

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s’installer dans la ville tant que le statut n’en a pas été réglé par la négociation entre les deux parties.

 

A 24h des commémorations de la Nakba

Des 193 pays composant l’Assemblée générale de l’ONU, 128 ont condamné la décision américaine. Ce vote avait provoqué la fureur de Washington.

Les Palestiniens perçoivent comme une “provocation” la date choisie, précédant de 24 heures les commémorations de la “Nakba”, la “catastrophe” qu’a constitué la création d’Israël pour des centaines de milliers d’entre eux chassés de chez eux en 1948.

Gaza est depuis le 30 mars le théâtre d’une “marche du retour” qui voit des milliers de Palestiniens se rassembler le long de la frontière et qui met l’armée israélienne sur les dents.

Depuis cette date, 54 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. Aucun Israélien n’a été tué ni blessé.