ALGÉRIE
13/06/2019 11h:24 CET

Les Etats-Unis ne veulent plus laisser leurs alliés arabes agir seuls au Soudan

L’administration Trump a entamé au Soudan une médiation entre les militaires et l’opposition. Elle était critiquée pour son inaction dans la crise soudanaise, inaction qui aurait permis aux alliés arabes des militaires soudanais (l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les EAU), d’agir à leur guise pour faire avorter le mouvement de contestation.

Le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique Tibor Nagy, le 30 novembre 2018 à Addis Abeda|-

L’administration américaine a entamé au Soudan une médiation entre et la coalition de l’opposition et le Conseil militaire de transition (CMT) au pouvoir depuis le renversement, le 11 avril 2019, du général Omar al Bachir. Deux responsables américains, rapportent les médias, sont ainsi arrivés hier mercredi à Khartoum : Tibor Nagy, le secrétaire d’Etat adjoint chargé de l’Afrique, et Donald Booth, un ancien diplomate désigné au poste d’émissaire spécial chargé du dossier de la crise soudanaise.

Tibor Nagy a rencontré hier à Khartoum aussi bien des représentants de l’opposition qu’un haut responsable soudanais, le ministre adjoint des Affaires étrangères Ilham Ibrahim.

En tant que secrétaire d’Etat américain adjoint chargé de l’Afrique, Tibor Nagy est le plus haut responsable américain chargé de l’Afrique. Quant à Donald Booth, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Liberia, en Zambie et en Ethiopie, il avait déjà assumé, pendant la présidence de Barak Obama, la charge d’émissaire spécial pour le Soudan et le Sud-Soudan.

La médiation américaine semble être accueillie positivement par l’opposition. Lors une conférence de presse organisée hier à Khartoum, le Manifeste des forces de la Liberté et du Changement (DFLC) a estimé que la désignation d’un émissaire américain pour le Soudan était “importante” et “montrait le rôle que jouera la communauté internationale dans la transition vers un pouvoir civil”.

Réaction aux critiques de l’“attentisme américain” ?

Avant ce regain d’activité diplomatique américaine au Soudan, l’administration Trump était critiquée pour son inaction dans la crise politique qui secoue ce pays depuis décembre 2018. Cette inaction, soulignaient ses critiques, a permis aux alliés arabes du CMT, à savoir l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, d’agir à leur guise afin de faire avorter le mouvement de contestation.

Le 25 mai 2019, le quotidien Britannique The Guardian,affirmait que l’administration américaine reproduisait au Soudan son attitude en Libye, où, selon ce journal, elle est alignée sur “l’axe nationaliste conservateur” formé par ces trois Etats arabes, tous favorables à l’intronisation à la tête de ce pays de l’ancien général anti-islamiste, Khalifa Haftar. 

L’opposition veut des négociations “indirectes”

Pour rappel, une médiation éthiopienne est également en cours afin de rapprocher les unes des autres les positions du CMT et de l’opposition. Avant-hier mardi, le médiateur éthiopien Mahmoud Dirir a annoncé que les deux parties éraient parvenues à un accord pour reprendre les négociations autour de l’organisation de la transition.

Toutefois, les négociations cette fois-ci seraient indirectes. Le Manifeste des forces de la Liberté et du Changement (DFLC) a exprimé hier devant la presse son souhait que les pourparlers avec les militaires soient désormais facilités par une “troisième partie”.

Les positions des deux parties sont très divergentes, surtout après la dispersion brutale, le 6 juin 2019, d’un sit-in qui était tenu depuis le 6 avril 2019 devant commandement des forces armées soudanaises.

Cette répression, menée sous le prétexte d’arrêter des suspects infiltrés parmi les protestataires, a fait des dizaines de morts et de blessés. Elle semble avoir été menée une fois le CMT bien assuré du soutien politique de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis.

Discussions à l’arrêt depuis le 20 mai 2019

Depuis le 20 mai 2019, c’est-à-dire bien avant cette répression féroce, aucun contact n’avait eu lieu entre la coalition de l’opposition et le CMT, qui n’arrivaient pas à s’entendre sur la composition de l’instance de transition, dont le principe avait été convenu. La divergence principale portait sur la proportion de représentants de l’armée au sein de cette instance.

Selon la presse soudanaise, tout en mettant un terme au mouvement de désobéissance civile qui a paralysé le pays du 9 au 11 juin derniers, la coalition de l’opposition a appelé à poursuivre la formation de comités populaires dans les quartiers et les entreprises et à organiser tous les jeudis des sit-in de protestation.