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17/05/2018 13h:49 CET | Actualisé 17/05/2018 13h:49 CET

Les entreprises marocaines au cœur de la lutte contre le cyberterrorisme en Afrique

"Les hackers pensent, se concertent, innovent et agissent plus vite que les institutions."

Tinpixels via Getty Images

CYBERTERRORISME - Dans un contexte de transformation digitale de plus en plus prégnant, partager de la data personnelle consciemment ou sans le savoir, volontairement ou sous la contrainte, fait partie de notre quotidien. Mais quelles informations partageons-nous vraiment sur la toile? Qui a accès à ces données et comment garantir une transparence et un bon usage de cette data confidentielle qui fait les beaux jours des entreprises qui les manipulent et qui inquiètent de plus en plus d’individus sensibilisés aux dérives de cette pratique de l’ombre?

Selon une récente enquête publiée par PwC sur la cybersécurité, trois participants sur quatre à l’échelle mondiale estiment que les entreprises ne gèrent pas leurs données personnelles sensibles de manière responsable. Si ce chiffre préoccupant remet en cause le degré de confiance réel liant les utilisateurs aux marques, pour de nombreux dirigeants internationaux ayant pris part à l’étude, le problème est double: 66% d’entre eux regrettent ne pas avoir fait le nécessaire pour apporter au grand public plus de transparence sur l’utilisation et le stockage de leurs données et la grande majorité pense que les investissements réalisés pour lutter contre le cyberterrorisme n’ont pas été à la hauteur de la menace qui touche tous les internautes du monde.

Avec un taux de connectivité à Internet chaque jour un peu plus important en Afrique, le nombre de victimes de délits sur la toile ne cesse d’augmenter. Face à ce phénomène alarmant, de nombreuses actions visant à éradiquer la délinquance 2.0 ont été mises en œuvre, le plus souvent à coup de lois et de création de CERT (Computer Emergency Response Team), des centres d’alerte censés prévenir les cyberattaques. Mais ces mesures sont-elles réellement suffisantes? Efficaces? Pas sûr.

Au Maroc par exemple, pays considéré comme très réactif sur le sujet depuis une dizaine d’années sur le continent, l’émergence de structures dédiées aux problématiques cybersécuritaires ne semble pas convaincre. Les hackers pensent, se concertent, innovent et agissent plus vite que les institutions. Dans ce sens, toujours selon la même étude, 70% des répondants marocains déclarent que la stratégie mise en place à l’échelle nationale n’a pas été implémentée assez rapidement.

Nabil Kettani, expert reconnu en transformation opérationnelle et dans les systèmes d’information, commente: “Si le nombre d’incidents détectés au Maroc est moins important que dans le reste du monde, c’est parce que les entreprises ne détectent pas toujours les attaques dont elles sont victimes. Le rapport Trustwave Global Security estime que 71% des attaques ne sont toujours pas détectées”. Il ajoute: “Seules 11% des entreprises déclarent être en mesure de chiffrer leurs pertes…”, des pertes faramineuses à en croire l’avis des spécialistes.

Si les impacts d’incidents restent à ce jour difficilement quantifiables, une chose est sûre, de plus en plus d’entreprises investissent des sommes colossales pour protéger les données qu’elles hébergent. Chiffre à l’appui: en 2017, les entreprises marocaines ont consacré un budget cybersécurité largement supérieur au panel mondial (11% du budget IT au Maroc contre 3% dans le monde), une somme qui cependant reste insuffisante pour 72% des sondés.

En quelques années à peine, l’Afrique, notamment les pays du Maghreb, a pris conscience de l’urgence de lutter contre les dérives du web. Pour elle, au-delà des aspects sécuritaire et éthique de ce combat, cela représente une opportunité de développer son économie et de briller sur la scène internationale.

Pour cela, quatre actions clés semblent être inévitables: investir dans l’innovation et la recherche pour lutter activement contre les criminels du web et se différencier des autres continents (1), sensibiliser et former dès aujourd’hui les professionnels du digital de demain pour mieux appréhender les futures menaces et opportunités du numérique (2), continuer d’intensifier la réglementation du marché et faire preuve d’exemplarité dans l’usage de la data des utilisateurs pour gagner leur confiance (3), et agir collectivement, gouvernements, institutions, associations et entreprises privées, du nord au sud du continent, car cette bataille 2.0 ne connait aucune limite et frontière (4).

A l’heure où le digital est omniprésent dans la vie quotidienne de tous et dans la presque totalité des secteurs d’activité, agir est donc urgent. Les experts sont unanimes: ne pas réagir, s’y prendre mal ou trop tard aurait un impact désastreux sur l’économie africaine, et à plus grande échelle, au niveau mondial.