MAROC
29/04/2019 14h:28 CET

Les enseignants contractuels suspendent leur grève et reprennent leur travail ce lundi

Après 8 semaines de manifestations.

Anadolu Agency via Getty Images

CONFLIT SOCIAL - “Nous suspendons la grève, mais nous continuons le combat”. La Coordination nationale des enseignants contractuels annonce ainsi la fin d’un arrêt de travail qui aura duré près de deux mois et impliqué, d’après elle, plus de 30.000 enseignants et 15.000 stagiaires. “Nous le faisons en réponse à l’appel des fédérations des parents d’élèves, ainsi que des différents militants syndicalistes, politiques et des droits de l’homme”, explique le conseil national de cette coordination dans un communiqué publié hier. Dans ce dernier, l’arrêt définitif de la grève est surtout légitimé par la volonté de la coordination “de garantir aux élèves leur droit au temps scolaire dont la déperdition relève de la responsabilité du ministère de tutelle”.

Ce lundi 29 avril, ces enseignants ont regagné leur classe avec un brassard noir en signe de “deuil” qu’ils portent pour “leur dignité”. La coordination exprime de cette manière son indignation quant à la gestion du conflit qui l’a opposé au ministère de l’Education nationale. Elle déclare avoir rempli sa part de l’engagement pris à l’issue du premier round du dialogue le 13 avril, appelant le gouvernement ”à tenir au plus vite le deuxième round”. Les deux parties, en présence des syndicats et de médiateurs, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et l’Observatoire national du système de l’éducation et de la formation (ONEF), avaient convenu de mettre fin au conflit par une reprise effective du travail dès le 15 avril.

Cette reprise n’a pas eu lieu, car la coordination a estimé que le ministère n’apportait aucune garantie sur “la réadmission sans condition et sans mesures disciplinaires des enseignants révoqués”. Elle a alors décidé de prolonger sa grève jusqu’au 25 avril. Ce que le gouvernement n’a pas apprécié, décidant de son côté d’interrompre le dialogue en annulant le deuxième round qui était prévu le 23 avril.

Pas de reprise, pas de dialogue, la coordination a réuni ses membres pour se concerter avant de décider à contre-cœur le retour des enseignants, dénonçant dans son communiqué “l’approche sécuritaire” et plus particulièrement “l’intervention violente à l’encontre des grévistes le 24 avril”. Et d’estimer que leur évacuation “musclée” a fait “des centaines de blessés, dont le père d’une enseignante de Safi, Houda Hajli, qui a été admis au service de soins intensifs en raison d’une hémorragie interne et de blessures au niveau de la tête, de l’épaule, du visage...”, affirme le communiqué. 

Tout au long de ce dernier, la coordination décrit l’évolution de ses démarches protestataires entamées “depuis plus d’un an”. Les enseignants contractuels se contentaient alors “de porter des brassards et d’organiser des marches le dimanche et pendant les vacances, prenant compte de l’intérêt des enseignés, mais les parties concernées n’avaient pas bougé”, regrette la coordination. Et d’assurer que son combat pour l’intégration des enseignants dans le statut de la fonction publique de l’éducation nationale se poursuivra jusqu’à son obtention.

“Un comité national de suivi et de vigilance relevant de la coordination a été constitué pour suivre le déroulement de la reprise du travail”, confie au HuffPost Maroc Abdel Fattah Debaj, enseignant contractuel (promotion 2018) au primaire à Sidi Kacem (AREF Rabat-Salé-Kenitra). Membre du comité national de dialogue et de communication au sein de la coordination nationale, cet enseignant nous assure que les grévistes ont bien rejoint leur classe, ce lundi. la coordination prévient, toutefois, que les grévistes de retour “n’accepteront ni ne signeront aucun document imposé comme mesure disciplinaire ou sanction”. Une condition sine qua non sans laquelle “nous sommes prêts à reprendre notre grève”.