MAROC
28/02/2019 16h:38 CET

Les enfants et les jeunes ne sont pas assez représentés dans les médias marocains

L'Unicef a réalisé une étude inédite.

Diane Levit via Getty Images
Photo d'illustration. 

MÉDIAS - Dans son étude inédite intitulée “Enfants, jeunes et médias au Maroc”, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) présente une analyse globale de la situation des enfants dans les médias au sein du pays. En ressort un constat édifiant: les médias du royaume ne laissent pas assez de place à la thématique de l’enfance.

Pour mener son étude, l’organisation a réalisé “une analyse documentaire
du contexte normatif national, en lien à la thématique ‘Enfance et médias’”. Pendant 1 an, elle a également décortiqué la thématique dans le paysage médiatique marocain, avec une analyse de 9 médias audiovisuels (radios et TV) et de 14 médias de la presse écrite (papier et numérique). Le résultat final a été confirmé par l’avis d’un public qualitatif composé de 17 professionnels des médias et des droits de l’enfant.

L’analyse documentaire, basée sur seulement 4 études puisque “les études sur la présence des enfants dans les médias ou le rapport qu’entretient ce public avec les médias se font rares au Maroc”, souligne l’Unicef, a permis de mettre en avant 4 premiers constats. Une faiblesse du volume horaire (2h/jour) consacré aux enfants dans les médias audiovisuels et la presse écrite, une faiblesse du rôle éducatif des médias, presse écrite et télévisions publiques, une absence d’implication des enfants dans la réalisation des contenus audiovisuels et une absence de formations spécifiques des journalistes sur ce thème.

L’Unicef s’est ensuite posé une question. “Quel traitement la profession réserve-t-elle à la thématique ‘enfant’ ?”. Pour y répondre, l’organisation a effectué une série d’entretiens avec des professionnels du secteur des médias et des droits de l’enfant: des médias marocains, des experts indépendants, des établissements de formation de journalistes, le Conseil National des Droits de l’Homme, les organismes chargés de la mesure d’audience télé et radio, des associations spécialisées dans le domaine de la protection de l’enfance et le syndicat de la presse. Ces derniers ont mis l’accent “sur l’insuffisance des contenus médiatiques proposés au jeune public”. 

L’analyse des médias confirme l’hypothèse des experts

L’enquête d’un an de l’Unicef a permis de mettre en exergue ce manque de contenus médiatiques. “L’observation des contenus médiatiques montre une domination d’un contenu lié aux événements, aux agendas institutionnels et actualités ‘chaudes’ au détriment d’informations visant la sensibilisation des enfants et des parents”, explique l’Unicef. “Pour la presse écrite, il est à signaler la faiblesse de contenu de sensibilisation relatif aux thèmes de ‘Droits de l’enfant’ sous ses différentes facettes dans l’ensemble des segments (papier et numérique) et dans les deux langues (français et arabe) et sur les trois périodicités étudiées (quotidien, hebdo et mensuelle)”.

Dans les médias audiovisuels (radio et télévision), l’analyse montre une présence forte des thématiques éducation et santé. Pour la télévision comme pour la radio, 61% des sujets traités liés à l’enfance ont une dimension neutre (message informatif). 

La presse écrite, elle penche ailleurs. D’après le rapport de l’Unicef, l’éducation y est toujours autant traitée, mais “le deuxième thème est celui des enfants en situation de vulnérabilité et de pauvreté avec 18% des contenus. La presse écrite se fait ainsi l’écho d’une enfance marocaine en situation de vulnérabilité et contribue à l’information sur des sujets sensibles”, rapporte le document. L’Unicef pointe également du doigt la faiblesse du nombre d’articles sur le thème “enfance et handicap” sur ce support: ”à peine 83 articles ont été produits sur l’année par les 14 médias”.

Une “crise au sein du système médiatique”

Tous les supports se rejoignent cependant sur un sujet. Les médias reprennent les contenus diffusés par les internautes sur ce thème, par des enfants ou leurs parents, “sans distanciation critique, de mise en contexte ou de protection de la vie privée des enfants”. “Ces difficultés à rendre compte et médiatiser l’enfance telle que les textes internationaux le recommandent et les chartes professionnelles le suggèrent nous informent sur une crise au sein du système médiatique”, signale le rapport. Cette crise a toute sa place, notamment, dans la presse web qui est “poussée par la pression du clic et des annonceurs, avec un risque d’exploitation de l’image des enfants et des informations relatives à cette population sensible”.

Pour contre-balancer ce phénomène, l’Unicef a émis des recommandations. “Le système médiatique tel qu’il opère aujourd’hui donne difficilement une place au jeune public. Pour pallier ces difficultés, les expériences des meilleures pratiques internationales en matière d’éducation aux médias et d’engagement des médias pour les droits de l’enfant sont à encourager au Maroc comme moyen de sensibilisation de la population et des professionnels des médias”.

“Le volume et la qualité du traitement médiatique de l’enfance dans les années à venir dépendra au Maroc et dans le monde de cette période de négociation en cours, au niveau national et surtout international entre les missions d’informations et de sensibilisation des médias et les enjeux financiers et économiques liés à ces organismes”, indique le rapport.