TUNISIE
10/09/2019 20h:58 CET | Actualisé 10/09/2019 21h:00 CET

Les élections tunisiennes et l'arrestation de Nabil Karoui discutées à l'Assemblé nationale française

“Hafedh Caid Essebsi à la tête du premier parti politique tunisien Nidaa Tounes, que j’ai reçu ici à Paris, m’a fait part du risque de dérive autoritaire de l’exécutif” a affirmé le député Mjid El Guerrab.

Pour sa rentrée, l’Assemblée nationale française a un peu voyagé en Tunisie. En effet, lors des fameuses questions au gouvernement, certains députés ont souhaité attirer l’attention du Premier ministre Edouard Philippe et du ministre des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian, sur l’élection présidentielle tunisienne et le cas du candidat Nabil Karoui, en détention depuis le 23 août dernier.

 

Le président du groupe “UDI et indépendants” Jean-Christophe Lagarde est revenu face aux députés et au gouvernement français sur l’arrestation du “favori des sondages” Nabil Karoui, assurant que ce dernier n’a pu participer au débat télévisé de l’élection présidentielle.

Lagarde, s’inquiète de voir celui-ci ne pas pouvoir faire sa campagne présidentielle lors du second tour s’il venait à passer le premier et “les Tunisiens se retrouveraient empêchés d’exprimer un choix démocratique”.

“Je comprends bien qu’il n’est pas du rôle de la France de s’immiscer dans les affaires judiciaires tunisiennes, mais Monsieur le Premier ministre, dans quelle démocratie voit-on, trois semaines avant le premier tour d’une élection présidentielle, le principal candidat incarcéré sous le coup d’accusation d’évasion fiscale et de blanchiment?” s’interroge-t-il.

Selon lui, cet épisode dans le déroulement du processus démocratique est ” curieux, inquiétant, unique en son genre” .

“La France (...) se doit d’exprimer cette inquiétude et d’exiger au moins que le candidat puisse le temps de l’élection présenter son programme (...) D’habitude l’incarcération, c’est pour éviter la fuite et quand on est candidat à l’élection présidentielle ce n’est pas fuir. C’est peut-être le régime qui connait une fuite en avant” a-t-il déclaré.

En réponse à cette question, le Premier ministre français, Edouard Philippe affirme que la Tunisie “a fait le choix d’une vitalité démocratique qui lui permet de regarder le futur avec confiance” saluant au passage le rôle joué par le président de la République décédé le 25 juillet dernier, Béji Caid Essebsi.

“Organiser des élections dans un pays qui revient à la démocratie n’est jamais simple et n’est jamais acquis, c’est toujours un défi. C’est un défi que la Tunisie doit aborder avec confiance et qu’elle aborde aujourd’hui, je crois, avec l’envie de montrer qu’elle n’a pas varié dans l’envie qu’elle a réalisé” commente Edouard Philippe ajoutant qu’il n’appartient pas à la France “de s’immiscer ou de commenter le fonctionnement des institutions judiciaires en Tunisie et les conditions générales d’organisation de l’élection”.

“J’ai pris note comme vous de l’arrestation de l’un des candidats à l’élection présidentielle tunisienne. Je ne veux pas commenter cette décision prise par une autorité juridictionnelle mais je veux dire combien nous sommes attentifs et confiants dans la capacité de ce pays à s’inscrire dans la lignée qu’il a lui même choisie et que nous soutenons politiquement, diplomatiquement, avec beaucoup d’engagement. Ce qui se joue en Tunisie est important pour la Tunisie mais aussi pour la région entière, et probablement pour la Méditerranée occidentale et donc pour la France” a conclu le Premier ministre français.

De son côté, le député des Français à l’étranger, élu dans la neuvième circonscription pour le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest, Mjid El Guerrab, a affirmé avoir eu vent de “craintes qui risquent de porter atteinte au processus démocratique actuel” en Tunisie, expliquant les différentes péripéties de “l’affaire Karoui”.

“Hafedh Caid Essebsi à la tête du premier parti politique tunisien Nidaa Tounes, que j’ai reçu ici à Paris, m’a fait part du risque de dérive autoritaire de l’exécutif” a poursuivi Mjid El Guerrab.

En réponse à cette question, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a rappelé les propos du Premier ministre Edouard Philippe, rappelant la confiance de la France en la Tunisie et en ses institutions.

Le candidat à l’élection présidentielle anticipée du 15 septembre prochain, Nabil Karoui a été arrêté le 23 août dernier sur décision d’une des chambres d’accusation près de la Cour d’appel de Tunis pour blanchiment d’argent et fraude fiscale, entraînant un tollé politique et médiatique.

Le parti “Au coeur de la Tunisie” présidé par Nabil Karoui ainsi que plusieurs personnalités politiques ont explicitement accusé le chef du gouvernement d’être derrière cette arrestation afin d’éliminer un adversaire politique.

Samedi, alors que se tenait le premier débat télévisé de l’élection présidentielle, le candidat, malgré les demandes de son équipe de campagne n’a pas été autorisé par la justice à y prendre part. 

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