TUNISIE
13/11/2018 20h:17 CET | Actualisé 13/11/2018 23h:33 CET

Les droits sexuels et reproductifs en Tunisie: Pas pour tous, pas partout

"Les acquis de la femme sont menacés" estime la présidente de l'ATFD Yosra Frawes.

“Mobilisons nous contre le désengagement de l’Etat tunisien dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive”, est l’intitulé de la journée de débat lancée, le 9 novembre, par 13 ONG tunisiennes pour alerter sur les disparités de l’accès aux droits sexuels et reproductifs en Tunisie ces dernières années. 

Les 13 associations sont l’association tunisienne des Femmes démocrates (ATFD) avec les soutiens du groupe Tawhida, l’association des Femmes tunisiennes pour la recherche et le développement (AFTURD), l’association Beity, l’association de défense des libertés individuelles (ADLI), la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, l’association de Santé de la reproduction, ATL/MST/Sida, l’association de Prévention positive, Mawjoudin, Damj, l’association tunisienne de Défense du droit à santé, Ness et Chouf.

La négation des droits sexuels

Représentant l’association ADLI, Wahid Ferchichi a souligné la méconnaissance du terme “le droit sexuel” dans le droit tunisien. Ce droit est souvent couvert par l’expression “santé reproductive et sexuelle”. “Cette approche dissocie droit à la santé et droit sexuel. Elle est donc sélective”, explique le juriste.

Non seulement on ne reconnait pas le droit sexuel, mais on exclut une partie de la population, a-t-il ajouté. Ferchichi prend comme témoins la circulaire émise récemment par le ministère de la Santé concernant l’obligation de déclaration des grossesses et naissances hors mariage, ou encore celle relative à l’accès au traitement contre le VIH qui exclut les étrangers à l’exception des femmes enceintes jusqu’à l’accouchement. 

Cette exclusion concerne aussi la communauté LGBT, fait savoir Alaa Saibi de Mawjoudin. Le militant associatif a relaté les résultats d’une enquête menée auprès de la communauté LGBT par Damj, Chouf et Mawjoudin. Celle-ci révèle qu’ ”environ la moitié des enquêtés (es) ne vont pas chez le médecin ou ne font pas de test médical parce qu’ils craignent des moqueries ou des maltraitances de la part du personnel médical en lien avec leurs pratiques ou leur identité minoritaire”.  

Lire aussi: En Tunisie, toutes les femmes ont-elles le droit d’avorter? Pas réellement, alerte Emna Hsairi

La mise en péril du modèle tunisien 

Ces derniers mois ont été marqués par les pénuries de divers moyens de contraception. Yosra Frawes, la présidente de l’ATFD, y voit une politique mettant en péril l’accès aux services de santé sexuelle et de la reproduction à toutes les femmes. “Les acquis de la femme sont menacés, et cela a empiré sous la direction du ministre de la Santé Imed Hammami”, lance-t-elle. 

Depuis les années 2000, le libéralisme emprunté par l’Etat a eu comme conséquence les restrictions budgétaires des services d’avortement, remplacé par l’offre d’avortement médicamenteux, moins coûteux. 

A cette politique s’est ajoutée les phénomènes observés depuis 2014 auprès du personnel médical dont certains se sont mobilisés pour faire empêcher l’accès à l’avortement. L’objection de conscience a été agitée par certains médecins du service public pour rejeter la pratique de l’IVG, et ce sans compter ceux du secteur privé. 

L’ATFD s’inquiète du immobilisme du ministère de la Santé, en rappelant que si l’objection de conscience est un droit individuel des médecins, ces derniers sont tenus d’orienter les femmes vers des médecins pratiquant l’IVG. 

L’expert en démographie Hafedh Chekir explique ces phénomènes par la qualité du personnel de l’Office National de la Famille et de la Population. “Avant, les employés étaient disciplinés et des vrais militants. Ce n’est plus le cas maintenant”, souligne-t-il. 

L’association féministe relève aussi que dans certains CHU et hôpitaux, sous prétexte de réforme de l’établissement de santé, on fait de l’IVG un acte payant, ce qui exclut les femmes n’ayant pas les moyens d’accéder à leur doit.

Conséquence, la diminution de la contraception: 63.5% en 2006, moins de 60% en 2016. La fécondité a augmenté passant de 2 en 2007 à 2.4% en 2017, alerte l’ATFD. 

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