TUNISIE
11/12/2018 10h:07 CET | Actualisé 11/12/2018 10h:08 CET

Les droits de l’Homme en Tunisie: Où en sommes-nous? La réponse de la société civile

Des avancées fragiles

Anadolu Agency via Getty Images

Célébrant le 70ème anniversaire de cette charte de 1948, la Ligue Tunisienne  des Droits de l’Homme (LTDH), l’organisation contre la Torture en Tunisie (OCTT), l’association tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD), BEITY, Damj, l’association tunisienne pour la Défense des libertés individuelles (ADLI), Psychologues Du Monde Tunisie (PDMT), l’organisation mondiale contre la Torture (OMCT), Avocats Sans Frontières (ASF), International Alert (IA), le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) et les Journées théâtrales de Carthage (JTC), ont organisé une journée dédiée à l’état des lieux des droits humains en Tunisie. 

Outre la projection de films et la présentation de pièces de théâtre tout au long de la journée, les organisateurs ont tenu une conférence de presse intitulée “Les droits de l’Homme en Tunisie : où en sommes-nous ?”.

Des avancées fragiles

Pour le président de la LTDH, Jamel Mssalem, depuis 2011, la Tunisie a marqué des avancées dans la consécration des droits humains comme en témoigne la Constitution de 2014 ou encore la loi intégrale sur l’élimination des violences envers les femmes.

Le représentant de la LTDH a toutefois souligné les dangers qui persistent en l’absence d’une Cour constitutionnelle. Plus encore, des pratiques dégradantes continuent comme la torture, les tests anaux. D’autres menaces planent sur les libertés, notamment individuelles. Mssalem cite l’article 230 du Code pénal criminalisant l’homosexualité ou encore celle relative à la liberté d’association. Même son du cloche du coté de Mohamed Ali Rtimi de l’association Damj, qui a relaté l’exemple du refus de l’État d’octroyer une autorisation à une association de baha’it, une minorité religieuse en Tunisie. 

Rtimi fustige aussi “le mépris et la marginalisation systématique” de l’État tunisien envers les personnes homosexuelles. “Ces personnes n’ont pas accès à la justice, ni à la santé”, déplore-t-il. Le représentant de Damj a dénoncé également “l’interférence de certains policiers dans la vie privée des gens” ainsi que les propos homophobes tenus dans les médias. 

Absence d’un projet politique porteur d’égalité

Pour la présidente de l’ATFD, Yosra Frawes, il n’y a actuellement pas un projet politique démocratique porteur de l’égalité bien au contraire. “Il suffit de voir la marginalisation des femmes dans la composition des gouvernements successifs”. Pour elle, “le capitalisme sauvage” emprunté par la Tunisie conduit inévitablement à la disparité régionale, mais aussi à l’inégalité entre les sexes. “C’est toujours les plus fragiles, dont les femmes, qui payent cher les répercussions du capitalisme”.

Frawes dénonce également la politique de l’État en matière d’accès aux droits reproductifs et sexuels: “On assiste au retour du conservatisme qui conduira à la fragilisation de la famille”, lance-t-elle. 

La représentante de l’ATFD évoque le retour des discours identitaires et de haine et des accusations d’apostasie depuis le soulèvement de la question de l’égalité dans l’héritage et la publication du rapport de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité. “On a cru que tout cela était derrière nous avec la promulgation de la Constitution (...) mais notre arbitre est justement les dispositifs de la Constitution qui garantissent les libertés et l’égalité”. Et d’ajouter que ceux qui dénoncent les inégalités entre les régions sont les mêmes qui refusent l’égalité dans l’héritage en omettant que les inégalités trouvent leur source dans la répartition inéquitable des richesses et dans la paupérisation d’une frange de la société, et notamment les femmes. 

 

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