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31/03/2016 07h:07 CET | Actualisé 31/03/2017 06h:12 CET

Les divisions entre musulmans: Un problème politique principalement?

"Comment sommes-nous arrivés à nous détester entre Frères de la même religion?" Voici une question qui se formule souvent sur les lèvres de musulmans. Depuis la guerre en Irak en 2003, les conflits et la guerre civile entre chiites et sunnites s'est de plus en plus développés.

ASSOCIATED PRESS

"Comment sommes-nous arrivés à nous détester entre Frères de la même religion?"

Voici une question qui se formule souvent sur les lèvres de musulmans. Depuis la guerre en Irak en 2003, les conflits et la guerre civile entre chiites et sunnites se sont de plus en plus développés.

Au-delà de ces populations locales qui se font la guerre, il a été question d'évoquer un autre conflit de pouvoir et d'influence, celui des deux grandes puissances dans la région en crise à savoir l'Arabie Saoudite "sunnite" et l'Iran "chiite". Comment sommes-nous arrivés à cela?

Essai de réponse.

L'histoire de la division et naissance des principaux courants en islam:

Le prophète Muhammad meurt à Medine en 632. Ce dernier a permis par le biais de la religion, d'unir plusieurs tribus arabes dorénavant musulmanes et de créer un territoire musulman où chrétiens et juifs intégraient complètement cette nouvelle société. C'est lors de son décès et à propos de sa succession que les musulmans de l'époque ne vont pas s'entendre.

En effet, deux figures importantes dans l'histoire de l'islam se verront être soutenues: Abou Bakr, beau-père et compagnon du prophète et Ali ibn Abou Taleb, cousin et gendre de Muhammad.

Ceux qui suivront Abou Bakr se nommeront plus tard, les sunnites alors que ceux qui suivront Ali seront les futurs chiites.

Si la division commence à ce moment-là, d'autres événements vont souligner la cassure définitive. Nous pouvons notamment évoquer la bataille de Siffin en 657 et qui aura également comme conséquence l'apparition du troisième courant musulman à savoir les Kharidjites (les actuels ibadites). Un autre événement que l'on évoque et qui confirmera cette division entre les deux courants principaux, c'est l'événement de 'Achoura en 680 et où le califat en place, à savoir celui de Yazid 1er (Dynastie Omeyyade) donne l'ordre de massacrer en plein désert de Karbala (ville en Irak) le petit-fils du prophète, Hussein, ses compagnons et l'emprisonnement des femmes et des enfants. Il est à rappeler que si 'Achoura est devenue une commémoration de deuil pour les chiites dans le monde (au moins 15%), il est chez la plupart des sunnites (80%) un moment de jeûne voir même de fête.

Une division politique plutôt que spirituelle?

Rappelons que pour la majorité de ces courants, la croyance en Dieu, au prophète Muhammad, au Coran et aux cinq piliers de l'islam font l'unanimité. Ainsi, les bases restent tout de même identiques.

En réalité, ce qui divisera les principaux courants est la sphère politique qui est dès la mort du prophète associée au religieux. En effet, puisque Muhammad était le guide spirituel, le dirigeant militaire et politique, la personne qui le remplacera aura également ces titres. Et c'est là que la difficulté d'unir ces courants posera problème puisque l'interprétation de l'autorité sera multiple.

Ainsi, dissocier le spirituel du politique est à la base compliqué, même si pour les citoyens de confession musulmane, la foi qu'ils vivent n'est pas forcément en lien avec ce prisme politique.

Cependant, puisque le religieux et le politique sont reliés, les visions religieuses influenceront le quotidien des croyants malgré eux par le biais des prêches ou notamment par le biais de la publication de livres qui favorisent la vision du pouvoir en place.

Actuellement, où sont ces courants musulmans?

Si des périodes historiques nous prouvent qu'il y a eu des dynasties qui en fonction de la géographie s'imprégnaient d'un courant musulman en particulier, à notre époque cette distinction géographique persiste.

En effet, comme évoqué plus haut, l'Iran (environ 70 millions d'habitants majoritairement musulmans chiites) et l'Arabie Saoudite (environ 30 millions d'habitants majoritairement musulmans sunnites) représentent aujourd'hui cette expression d'une autorité musulmane chiite et sunnite.

Aussi, l'influence que ces pays ont dans la région s'articule également en fonction des minorités religieuses similaires à la leur, mais pas seulement. Si une coalition entre différents acteurs de même tendance spirituelle s'est créée, cela ne veut pas dire que des ruptures au sein des populations locales se sont formées mais le contraire est possible aussi.

Plus que cela, même si les gouvernements font parties intégrantes d'un courant islamique, il n'empêche qu'au sein même de cette tendance, des variantes et des compétitions sont présentes.

Un exemple au niveau des autorités "sunnites" serait les tensions entre la vision wahhabite de l'islam politique et donc religieux puisque les deux sont reliés, et la vision "frériste". Bien que cela ne soit pas évoqué comme tel, mais les différents dirigeants spirituels que connait le chiisme en Iran, en Irak et au Liban expriment également une certaine différence d'agenda ou de vision politico-religieuse.

Enfin, au-delà de ces identités religieuses, rappelons que ce qui fait loi pour chaque gouvernement c'est avant tout les intérêts économiques et de pouvoir et que le prisme religieux n'est qu'un aspect qui ne définit pas forcément les décisions que ces gouvernements mettent en avant.

Plusieurs exemples prouvent qu'il y a eu des partenariats entre des populations sunnites et des gouvernements chiites par exemple. N'oublions pas que le sécularisme en territoire à forte population musulmane est possible et a déjà fait ses preuves, notamment en Turquie. Cependant, cette manière de gérer la société reste une exception dans ce monde musulman.

Que conclure?

Ce que nous pouvons retenir c'est que dès le début de l'islam, la distinction entre la religion et le politique n'est pas clair. Bien au contraire, ils semblent être indissolublement liés. Cette difficulté à la base explique pourquoi d'une part, beaucoup de pays à forte population musulmane imposent à ses populations des lois dites "islamiques" et sujettes à interprétations et qu'il y ait d'autre part, présence du religieux dans les affaires de l'Etat.

La difficulté se retrouve également dans la posture que le croyant aura en s'identifiant par le biais de sa spiritualité à des gouvernements qui auraient cette identité commune ou pas et ce, malgré que ces gouvernement n'aient en réalité qu'une vision interprétative de l'islam.

Ces mêmes gouvernements par le biais de cette religion se permettront de fixer des règles au nom du divin et qui augmentera la difficulté de se remettre en question ou de se réformer tout simplement. Malgré le respect et le vivre ensemble qui existe au sein des différents courants musulmans et notamment au sein des différentes écoles juridiques ou même à l'intérieur des mouvements spirituels comme le soufisme, le fait de s'identifier à un pays ou le fait que la religion soit politisée par beaucoup, peut créer des tensions et des incompréhensions à l'intérieur de cette diversité musulmane.

Ainsi, les décisions du haut, plus souvent politiques que religieuses dans ces pays, vont influencer les relations qu'il y a en bas et la fragile cohésion sociale des citoyens.

Une situation qui vous le concèderez, est fortement problématique.

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