TUNISIE
08/10/2018 16h:55 CET | Actualisé 08/10/2018 16h:57 CET

Les dirigeants d'Ennahdha chargent (encore) le Front Populaire et l'accusent de pratiquer les méthodes de Ben Ali

Abdellatif Mekki et Noureddine Bhiri ont tous deux tenu le même discours, déjà bien rôdé, jouant sur le passé de la gauche et la peur du scénario des années 1990 de l’autre.

Nicolas Fauqué via Getty Images

Plusieurs dirigeants d’Ennahdha étaient présents lundi dans dans différentes radios et n’ont pas mâché leurs mots contre le Front populaire, après la divulgation par le comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, de documents supposés impliquer le parti Ennahdha dans ces assassinats.

Abdellatif Mekki et Noureddine Bhiri ont tous deux tenu le même discours, déjà bien rôdé, jouant sur le passé de la gauche d’un côté et sur la peur du scénario des années 1990 de l’autre.

Abdelkrim Harouni, président du conseil de la Choura, a quant à lui qualifié les accusations du Front populaire de “sorte de terrorisme qu’on exerce sur Ennahdha”.

Le scénario du début des années 1990 en tête

Au début des années 1990, quelques années après le coup d’État de Ben Ali contre Bourguiba, la mouvance islamiste avait été réprimée par le régime. C’est sur ce passé qu’ont joué plusieurs dirigeants d’Ennahdha pour s’attaquer au Front populaire accusé de faire la même chose que le régime de Ben Ali.

Intervenant sur les ondes de Radio IFM, le dirigeant d’Ennahdha, Abdellatif Mekki affirme que le Front populaire n’a plus rien à faire “sauf s’attaquer à Ennahdha”.

 

“On connait la gauche marxiste-staliniste. Elle a aidé Bourguiba pour s’attaquer aux libertés. Une grande partie de cette gauche marxiste-staliniste avait adhérer au Parti Social Démocrate sous Bourguiba” a-t-il affirmé avant d’ajouter:“Cela s’est répété après sous Ben Ali en 1987, où ils sont arrivés pour faire couler la démocratie et mettre un terme au dialogue entre Ben Ali et Ennahdha”.

“Nous n’avons pas d’organisation secrète parallèle. Lors de la conférence de presse du Front Populaire, je m’attendais à voir Abdallah Kallel, parce que j’ai cru entendre le même ton qu’avait utilisé Kallel lors de la conférence de presse du 21 ou 22 mai 1991, où il avait accusé Ennahdha d’avoir une organisation secrète, composée de militaires, de douaniers...” a-t-il comparé.

Même son de cloche du côté de Noureddine Bhiri. 

L’ancien ministre de la Justice d’Ennahdha a tenu le même discours: “Même le régime de Bourguiba détenait des enregistrements”.

“Le régime de Ben Ali nous avait aussi accusé avec ça. Les gens avaient applaudi lors de la conférence de presse d’Abdallah Kallel (...) et tout ça s’est avéré être des mensonges” a-t-il indiqué affirmant que les enregistrement présentés par le comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi connaitront le même sort.

Noureddine Bhiri a par ailleurs accusé le Front populaire d’avoir infiltré le ministère de l’Intérieur: “Où se trouvent ces enregistrements? Au ministère de l’Intérieur? Alors, ils n’ont pu les avoir qu’en l’infiltrant. Et ça, c’est un crime”.

“Cela n’est pas étranger (au Front populaire), car il ne croit pas en l’État et en ses institutions” a déclaré Bhiri ajoutant qu’en publiant des éléments de dossiers judiciaires lors de la conférence de presse, cela prouve que même le ministère de la Justice a été infiltré.

Le dirigeant d’Ennahdha a également fait référence à Abdallah Kallel: “Ces enregistrements ne sont pas plus importants que ceux d’Abdallah Kallel” a-t-il commenté appelant à faire la lumière sur leurs origines.

Abdelkarim Harouni charge le Front Populaire

 

Le président du conseil de la choura d’Ennahdha, n’a pas manqué de s’attaquer au Front populaire sur les ondes de Shems Fm.

“Le fait que le Front populaire accuse Ennahda de meurtres alors qu’il n’a pas tué, et le fait qu’il accuse Ennahdha d’infiltrations alors qu’il n’a pas infiltré est une forme de terrorisme qu’on exerce sur Ennahdha” a-t-il affirmé.

“Nous avons été des victimes du terrorisme d’État quand nous étions dans l’opposition. Nous sommes aujourd’hui victimes d’accusations de terrorisme contre l’État alors que nous sommes au pouvoir” a regretté Harouni.

Revenant sur les enregistrements fuités et dévoilés samedi, sur les réseaux sociaux, et dans lesquelles Mustapha Khedher, principal accusé par le comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, d’être à la tête d’une organisation secrète d’Ennahdha, le président du Conseil de la Choura affirme que “depuis la révolution, nous assistions à une phénomène dangereux, celui des documents fuités (...) Les ‘documents fuités’ sont un crime contre la sécurité de l’État et contre les droits de tous les Tunisiens”.

“N’importe quelle personne qui parle de documents fuités devrait passer directement par une enquête puis devant la justice” a-t-il fustigé.

Concernant l’implication d’Ennahdha dans les enregistrements fuités, Abdelkarim Harouni nie en bloc: “Ce sont des choses qui n’ont aucun lien avec Ennahdha (...) Rached Ghannouchi est présent dans toutes les discussions familiales ou dans les cafés” a-t-il affirmé accusant les personnes dans l’enregistrement de travailler pour leurs propres comptes.

Le président du Conseil de la Choura a également fait un parallèle entre 1991 et aujourd’hui: “Ben Ali a échoué à faire d’Ennahdha une affaire sécuritaire basée sur le fait d’être une milice de criminels qui doivent être liquidés et emprisonnés. Ben Ali s’en est allé et Ennahdha est toujours là (...) Celui qui veut être l’adversaire d’Ennahdha n’a qu’à utiliser son programme électoral et les nouveaux moyens démocratiques” a-t-il martelé estimant que certains continuent d’utiliser ce discours pour diaboliser Ennahdha. 

“Il y a un petit groupe politique minoritaire à l’idéologie extrémiste qui a un problème avec Ennahdha, qui n’a pas pu concurrencer le parti démocratiquement, politiquement et par les urnes. Ils ont alors créer un scénario pour accuser Ennahdha d’être un danger pour l’État et de l’exclure en utilisant la justice” s’est emporté Harouni.

Plainte contre plainte

Alors que le ministère Public au Tribunal de première instance de Tunis a ordonné d’effectuer les investigations nécessaires suite aux récentes déclarations du comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, Ridha Raddaoui, membre du comité a affirmé que celui-ci s’apprête à saisir la justice militaire pour ouvrir une enquête, cette dernière étant compétente dans les affaires de terrorisme.

“Cela se fera en parallèle de l’enquête du ministère public” a-t-il affirmé sur les ondes de Shems FM mettant en garde contre toute manipulation de la procédure de la part du ministère public, notamment en utilisant l’article 31 du Code des procédures pénales, ce qui empêchera le comité de défense de présenter de nouveaux éléments.

Dimanche, le président du conseil de la choura d’Ennahdha a affirmé que son parti portera plainte contre le Front populaire: “Nous avons mandaté notre bureau juridique d’étudier le dossier” a-t-il affirmé considérant la conférence de presse du comité de défense de Belaid et Brahmi -imputée par Ennahdha au Front populaire- comme une “atteinte flagrante à la justice, au ministère de l’Intérieur et à l’armée”.

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