TUNISIE
30/05/2019 11h:18 CET

Les dirigeants d'associations exclus des prochaines élections? Walid Jalled détaille les amendements proposés à la loi électorale

“Le peuple tunisien est en train de vivre l’une des plus grandes arnaques de l’histoire de la vie politique”.

Le député de la coalition nationale, Walid Jalled, est revenu, jeudi, sur les ondes de la radio Shems Fm, sur le projet d’amendement de la loi électorale visant notamment à exclure les dirigeants d’associations de la course aux élections.

Si plusieurs députés avaient affirmé que cet amendement concernerait les patrons de médias, Walid Jalled a expliqué que celui-ci ne touchera qu’aux associations, notamment à cause de la concurrence déloyale qu’offre la loi aux associations mais pas aux partis politiques.

“Un parti politique? C’est une association qui a un objectif politique (...) Avec ce mois de Ramadan, on a tous remarqué les campagnes d’aides sociales de grande ampleur, avec énormément d’argent investit. On a également vu la publicité politique de la part de nombreuses associations. Certaines d’entre elles font de la publicité à une heure de grande écoute sur les chaines télé en payant beaucoup d’argent. Cela est autorisé par la loi, parce que celle-ci distingue les associations des partis politiques” a-t-il expliqué.

Les partis politiques, eux, “n’ont pas le droit d’avoir de financements étrangers, ils n’ont pas le droit de faire de la publicité politique, et ont une limite de financement. Par contre, les associations ont droit au financement étranger, n’ont pas de limite de financements et ils ont le droit de faire de la publicité politique” a-t-il poursuivi pointant du doigt “la malhonnêteté” de ceux qui veulent faire de la politique via leurs associations.

“Aujourd’hui, avec la perception négative qui existe dans le pays autour des partis politiques, il y a des gens malhonnêtes qui se sont dit ‘pourquoi créer un parti politique et nous faire restreindre par la loi?’. Ils ont donc décidé de créer des associations, et juste avant les élections, ils les transformeront en partis politiques” a affirmé le député de la coalition nationale ajoutant que “le peuple tunisien est en train de vivre l’une des plus grandes arnaques de l’histoire de la vie politique”.

Que contiennent les amendements? 

Interrogé sur le contenu du projet d’amendement de la loi organique n° 2014-16 du 26 mai 2014, relative aux élections et référendums, Walid Jalled affirme qu’il y aura “une proposition d’amendement de l’article 20 bis” qui prévoit  l’interdiction de se présenter aux élections législatives à toute personne ou liste, qui profite, durant l’année électorale de moyens qui sont interdits légalement aux partis politiques à savoir, le financement étranger, la limite de financements, le financement de la part de personnes morales, la publicité politique et la distribution d’argent ou d’aides quelconques.

Un amendement à l’article 21 est également prévu et consiste à ajouter certaines conditions pour pouvoir se présenter aux élections législatives à savoir, “avoir un Bulletin numéro 3 propre de tout antécédent judiciaire et une preuve du déclaration du patrimoine”.

Ces propositions d’amendement des articles 20 bis et 21 seront aussi ajoutées aux articles relatifs aux candidats à l’élection présidentielle dans des amendements des articles 40 et 42.

“Ces propositions sont à l’étude. Aujourd’hui ce que l’on demande c’est que ces associations qui souhaitent faire de la politique, soient soumises aux mêmes lois que les partis pendant l’année électorale et ce, afin de protéger la vie politique en Tunisie, malgré toutes ses carences et ses défauts” a-t-il déclaré.

Une loi sur mesure contre Nabil Karoui et Olfa Rambourg? 

Interrogé sur le fait que cette loi semble avoir été faite sur mesure pour contrer Nabil Karoui, qui est placé en tête des intentions de vote par plusieurs sondages,  et Olfa Rambourg, Walid Jalled affirme “n’avoir peur de personne. Nous avons des adversaires politiques respectables comme le Courant Démocrate, le Front Populaire ou encore Ahmed Néjib Chebbi...Là vous citez deux personnes qui n’ont aucun lien avec la vie politique” a-t-il fustigé.

“De plus ce phénomène n’est apparu que maintenant. Il n’existait pas avant. Il faut faire quoi? Se taire? Pourquoi alors nous accuser de nous être réveillés que maintenant?” s’est-il emporté.

Pour lui”, si l’objectif de ces associations “n’était que purement social, ça aurait été à leur honneur. Khalil  Tounes est une association ayant un objectif social, pas politique. Ça doit s’arrêter là. Ensuite, il (Nabil Karoui) est de son droit le plus absolu de créer un parti politique. Toute association qui veut faire de la politique, n’a qu’à devenir un parti politique (...) Pourquoi auraient-ils le droit d’avoir des financements étrangers et de faire de la publicité politique?!”

Ne comprenant pas les critiques contre ce projet d’amendement de la loi électoral, le député de la Coalition nationale s’interroge: ″Vous voulez que la scène politique reste muette face à ça? Si oui, alors après ne venez pas nous dire pourquoi est-ce qu’on a rien fait pour combattre l’argent sale, les lobbies de la corruption et les financements étrangers” a-t-il martelé.

″Nous n’avons pas peur de l’État de droit. S’il y a une faiblesse dans cet État, c’est justement que la loi n’est pas appliquée (...) Appliquer la loi est devenu quelque chose d’étrange en Tunisie, c’est devenu une exception. Nous au moins, nous assumons nos responsabilités” plaide-t-il avant de poursuivre: “Ces gens ont tout fait pour avoir le rôle de victime. Le peuple tunisien est intelligent, il le comprendra”.

Interrogé sur le fait que ces mêmes pratiques sont exercées par des partis politiques, Walid Jalled affirme que “c’est pour cela que nous avons transformé la Cour des Comptes en tribunal (...) Avant celle-ci était rattachée à la présidence du gouvernement, aujourd’hui, elle est indépendante. Il incombe au pouvoir judiciaire et aux Instances constitutionnelles d’appliquer la loi contre les partis qui contreviennent à la loi”.

Depuis plusieurs jours, les rumeurs sur une initiative visant à amender la loi électorale afin d’interdire aux dirigeants d’associations et aux patrons de médias de se présenter aux élections agite la scène politique tunisienne.

Face à cette initiative, le fondateur de la chaine Nessma Tv et de l’association Khalil Tounes, Nabil Karoui, candidat déclaré aux élections, est monté au créneau, accusant directement le gouvernement de vouloir tout faire pour qu’il ne se présente pas évoquant un “harcèlement” et une “manipulation” du gouvernement.

De nombreux sondages placent le fondateur de la chaine Nessma Tv, Nabil Karoui, en tête des intentions de vote pour l’élection présidentielle prévue en novembre 2019.

Selon le dernier sondage réalisé par Elka consulting, celui-ci arriverait en tête des réponses spontanées et dirigées, avec respectivement 21,1% et 32% des voix, alors qu’il ne s’était pas encore déclaré candidat. 

 

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