MAROC
19/02/2019 17h:26 CET

Les diplômés non-voyants et malvoyants marcheront contre le chômage à Rabat

Et comptent observer ce 20 février un sit-in devant le siège du PJD.

HuffPost Maroc

CONFLIT - Une date symbolique pour une marche de la dernière chance. La coordination nationale des diplômés chômeurs malvoyants et non-voyants compte organiser demain, mercredi 20 février, une marche à Rabat. “C’est une date symbolique, pour nous, puisqu’elle commémore la naissance du mouvement du 20 février au Maroc, mais aussi l’occasion de dénoncer la situation de désespoir que nous vivons”, déclare au HuffPost Maroc, le porte-parole de la coordination, Hossine Adllal. 

Selon ce dernier, le point de rassemblement est prévu à midi devant le siège du PJD au quartier des Orangers à Rabat, où les membres de la coordination comptent d’abord observer un sit-in avant d’entamer leur marche. “Nous avions beaucoup d’espoir dans ce parti qui conduit le gouvernement depuis 2011, mais il n’a rien fait pour nous”, confie-t-il, soulignant que le sentiment d’amertume au sein de la coordination a atteint un point nodal. “Nous vivons dans la Hogra (mépris). Nous avons adressé des demandes de rencontres aux partis et aux différents départements du gouvernement concernés par l’emploi de la catégorie sociale que nous représentons, dont une au chef du gouvernement. Aucun n’a donné de suite”, regrette-t-il. 

À la coordination, tous décrivent une impasse qui les contraints, aujourd’hui, à chercher d’autres moyens pour se faire entendre. “La porte est fermée. Nous avons organisé une série de sit-in et des marches bien avant celle de demain. Nous avons utilisé la diplomatie, puis la protestation et l’interpellation, il ne nous reste plus qu’à mettre fin à notre vie si nous ne représentons qu’un fardeau!”,a avertit le porte-parole.

Pour ces diplômés chômeurs, le suicide est qualifié “d’échappatoire d’une vie indigne d’eux”. Ils s’estiment ”être victimes d’une exclusion” qui les empêche d’accéder à des fonctions dans l’État et se disent convaincus que le gouvernement “ne veut pas d’eux”. Pour preuve, ils soulignent qu’aucun d’eux n’a été recruté à la fonction publique suite au concours de recrutement de 50 administrateurs de troisième grade organisé le 23 décembre dernier. “Nous sommes près de 80 dans cette coordination et nous avons, à maintes fois, revendiqué la discrimination positive parce que nous avons peu de chances de travailler par rapport aux autres. Nous n’avons que des diplômes littéraires ou d’études islamiques sinon des formations de kinésithérapie. Malheureusement, aucun de nous n’a été pris suite à ce concours”, s’indigne Hossine  Adllal. 

Cette coordination, qui rassemble ceux qui observaient un sit-in sur le toit du ministère de la Famille, de la Solidarité, de l’Égalité et du Développement social, avait, dès l’annonce de ce concours, exprimé sa déception. Pour elle, l’engagement d’accorder à cette catégorie un quota de 7% dans la fonction publique n’est pas pris en considération et le gouvernement “semble complètement l’ignorer”. Et pour cause, la coordination rappelle que sur les 25.458 postes budgétaires prévus cette année, seuls 200, soit 0,7%, sont consacrés aux personnes handicapées, ainsi que 15.000 postes de contractuels pour le secteur de l’éducation nationale. 

“Nous avons levé notre sit-in sur le toit, suite à la chute mortelle de notre ami, et aux promesses du gouvernement et des autorités de la ville, sauf qu’aucune n’a été tenue”, regrette de son côté Mustapha Dehani, membre de la coordination. “Même l’accès aux postes de contractuels dans l’enseignement, c’est impossible pour nous, parce qu’on nous demande une attestation d’aptitude physique”, s’indigne Adllal.

Dans l’impasse, ces diplômés chômeurs veulent faire connaître leur cause, sensibiliser la communauté mondiale sur leur réalité et leur vécu. La coordination a envoyé un rapport à Amnesty International et au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme. “Le but, pour nous, est de dévoiler notre calvaire et éclairer les organismes internationaux sur ce que nous vivons au quotidien depuis près d’une décennie”, explique le porte-parole qui a lui-même rédigé ce rapport.

La coordination veut ainsi rendre compte de “son militantisme qui a, souvent, affronter la violence des forces de l’ordre” et mettre en évidence la légitimité de ses revendications. Son seul objectif, précise son porte-parole: “vivre dignement!”