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11/10/2019 11h:20 CET | Actualisé 11/10/2019 11h:52 CET

Les desseins d’une révolution qui désarme

Couverture de Peindre et écrire le hirak
Myriam Kendsi

Il y a
Un point,
Un grain,
Une pépite
Deux grains
Trois points
Une esquisse
Une hésitation
Une hésitation pleine de grâce
l’hésitation d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes (Darwich)
L’hésitation à se remettre en marche
Un bébé qui se remet sur pied
Tombe, se relève, persiste
Un élan, un début d’élan
Il y a un grain
Un deuxième grain
Un point qui bouge
Un mouvement
Un hirak
Le mot sur lequel on a controversé
Mais qui a persisté
Comme le mouvement
Nos vendredredires qu’on a tissé
Comme un tableau
Grain par grain
Point par point
L’enchantement tranquille
Se découvrir un, deux, une multitude
Renouer avec une histoire enfermée dans une langue qui ne dit rien
L’incroyable surprise de se découvrir vivant,
Des amis éparpillés qui se retrouvent
Reliés par le mouvement
Heureux de découvrir que les siens sont bien vivants
Qu’ils ont des rêves paisibles entêtés…
Il y a ce qui mérite vie
Un grain, deux grains, trois
Et des tableaux qui s’esquissent
Et qui disent, qui vendredisent

Myriam Kendsi peint le hirak depuis le début. Elle nous a souvent livré ses tableaux à l’aube sur le net.
Notre regard peint avec elle avec ce que nous vivons depuis le 22 février, une tentative de résurrection, une renaissance qui rencontre une forte résistance, une “extension du domaine des possibles” pour reprendre le titre d’un article écrit au tout début du mouvement par Salah Badis.
Ses tableaux nous pouvons y mettre sans hésitation la jubilation de découvrir que nous vivons encore, que nous sommes beaux et capables de beauté, encore aptes à rêver…

Myriam Kendsi fait partie des Algériens qui dans les années 90 ont maintenu un lien fort avec le pays alors que d’autres s’en sont éloignés avec la résolution de lui tourner définitivement le dos. Mais même ceux-là renouent avec le pays et manifestent, comme ils peuvent, là où ils se trouvent, surpris de découvrir que le lien reste aussi puissant.
Le hirak a abolit les distances, les Algériens d’ailleurs sont bien parmi nous, en Algérie et ils marchent. Ils vendredisent.

Et, point par point, grain par grain, Myriam peint le mouvement, lui donne des couleurs, accompagne l’esquisse de ce lendemain incertain qui se cherche. Ses tableaux du hirak disent le regain d’estime de soi chez les Algériens. Un sentiment inestimable. Qui nous pousse - et ce n’est pas dans les habitudes d’un peuple constamment violenté - à dire nos colères, paisiblement, en chantant, en souriant.

Car ce que nous dessinons tous en marchant, ce que nous essayons de dessiner -et Myriam avec nous- c’est une révolution qui n’appelle pas aux armes, mais qui désarme. C’est ce qui est peint ici, une invention, une innovation, une ambition, faire une révolution dans la paix. Réaliser la Silmiya.