MAROC
28/02/2019 15h:36 CET | Actualisé 28/02/2019 15h:36 CET

Les députés ne renoncent pas à la médiation pour l'emploi des diplômés chômeurs malvoyants

"Nous sommes parfaitement conscients de leur combat, mais nous ne voulons pas qu’ils utilisent le chantage”.

HuffPost Maroc

MÉDIATION - Le 15 octobre 2018, les présidents des groupes parlementaires réussissaient à convaincre les diplômés chômeurs malvoyants et non-voyants à lever leur sit-in tenu sur le toit du ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social. Une médiation à travers laquelle ces députés s’étaient aussi engagés à apporter leur soutien à la cause de ces manifestants qui revendiquent un emploi dans la fonction publique. Mais depuis, pour la coordination nationale de ces diplômés chômeurs, leur cause a été “jetée aux oubliettes” par le gouvernement, mais aussi par ces médiateurs du Parlement. Un sentiment d’abandon tel qu’ils ont annoncé cette semaine “un suicide collectif dans les prochains jours”.    

“Si nous avons pris l’initiative pour qu’ils lèvent leur sit-in, ce n’est certainement pas pour les oublier après”, déclare au HuffPost Maroc, la présidente du groupe PPS à la Chambre des représentants, Aïcha Lablak. Cette dernière explique que les deux parties s’étaient réunies tout de suite après la levée du sit-in et que leur dossier a été soulevé au cours des séances plénières de la première Chambre et dans le cadre d’une rencontre avec le chef du gouvernement.

Pour la députée, des efforts “exceptionnels” ont été consentis pour trouver des “solutions concrètes”. “Le quota de 7% d’intégration à la fonction publique au profit des personnes handicapées est difficilement applicable par secteur. Si, à titre d’exemple, un département dispose de 12 postes budgétaires, ce quota ne permettrait d’en extraire que 0,8%, donc pas de poste pour cette catégorie”, fait-elle remarquer. Et d’ajouter que l’organisation des concours en soit pose également problème parce que toutes les catégories des candidats, handicapées ou non, y sont réunies. 

“Nous avons imposé le respect de ce quota dans la loi de finances de cette année, en ouvrant l’accès aux postes de la fonction publique à toutes les personnes handicapées sans aucune exception sauf pour les postes nécessitant une aptitude physique comme ceux relatifs à la sécurité”, précise-t-elle. Pour la mise en oeuvre, les concours devront s’adapter. “Avec le chef du gouvernement, nous avons donc pensé à une mesure de concrétisation et il a été décidé de mettre en place un mécanisme interministériel pour organiser des concours communs et spécifiques aux personnes handicapées”, indique-t-elle.

Le quota de 7% sera donc extrait du total des postes par catégorie et non par département. Ce qui, pour cette députée, permettra certainement aux candidats handicapés d’en bénéficier réellement. “Certes, nous devions rencontrer le chef du gouvernement pour discuter avec lui de toutes les mesures entreprises pour la mise en oeuvre effective, mais cela n’a pas encore été possible en raison de son agenda chargé et ses déplacements”, tient-elle à souligner. Et de préciser que les diplômés chômeurs en question ont été informés de cela: “Nous avons tenté de les rassurer en leur affirmant que cette année l’intégration à la fonction publique profitera à un maximum de candidats”. 

Crise de confiance

Une promesse que la coordination des diplômés chômeurs des malvoyants et non-voyants a du mal à croire. “Nous avons trop attendu, au point de ne nous sentir comme des fardeaux pour tous”, nous confie le coordinateur de ces diplômés chômeurs, Hossine Adllal. Et d’insister sur leur volonté de mettre à exécution leur annonce de suicide collectif: “Aucun responsable ne nous a contactés depuis cette annonce, personne n’a demandé de nos nouvelles. Seule l’approche sécuritaire est appliquée dans notre cas. Des fourgons de la police sont placées à proximité du département de la Solidarité et du Parlement ainsi que des barrières en fer”. 

Pour la coordination, l’espoir s’évapore, alors que pour leurs médiateurs, une lueur d’espoir est toujours d’actualité. “Nous essayons par tous les moyens possibles de régler leur problème même pour ceux qui n’ont pas de diplômes en leur proposant des formations. Nous sommes parfaitement conscients de leur combat, mais nous ne voulons pas qu’ils utilisent le chantage”, confie Lablak. 

Ce n’est plus qu’une question de temps, pour cette députée. “Nous avons fait un grand pas, la mise en oeuvre de la loi de finances ne se met en place qu’à partir de mars. Les concours seront organisés au fur et à mesure”, prévient-elle. Mais dans ces concours spécifiques aux handicapés, il n’est pas envisagé, pour le moment, qu’il y en ait un uniquement destiné aux malvoyants et non-voyants ou à une autre catégorie. Le cas échéant, la députée souligne qu’il y aurait une forme d’exclusion à l’égard des personnes porteuses d’un autre handicap, mais estime que cette option n’est pas non plus totalement exclue. 

“Le gouvernement a pris en charge le règlement du problème, il l’imposera à toutes ses composantes. C’est un acquis, pour eux!”, estime-t-elle. Et de reconnaître qu’il est difficile de convaincre ces diplômés chômeurs “en crise de confiance”. “Entre les décisions et leur déclinaison opérationnelle, il faut s’armer de patience, définir les objectifs à atteindre et lancer une forme de mécanisme  qui permettra de manière continue d’absorber les diplômés chômeurs handicapés”, soutient-elle. 

Face à leur annonce de suicide collectif, Aïcha Lablak appelle ces diplômés chômeurs à “s’accrocher à l’espoir, à la vie” et, surtout, à “avoir confiance”.