MAROC
10/01/2019 17h:16 CET

Les Danois versent de l'argent aux vendeurs ambulants qui ont arrêté les terroristes d'Imlil

C'est la belle histoire du jour.

Gofundme
Saïd El Ossoul est l'un des marchands ambulants.

IMLIL - Ils sont devenus des héros au Danemark. Les deux vendeurs ambulants qui ont prévenu les forces de l’ordre marocaines de la présence, dans un bus de Marrakech, des trois terroristes qui ont sauvagement assassiné deux touristes scandinaves, ont été récompensés. Des journalistes du média danois B.T. leur ont apporté les dons récoltés par une cagnotte en leur honneur.

L’idée est née dans la tête de Tina Flensborg Jensen, une Danoise âgée de 48 ans. “Profondément touchée” par le meurtre de la Danoise Louisa Vesterager Jespersen et la Norvégienne Maren Ueland à Imlil, près du mont Toubkal, elle a décidé de récompenser ceux qui sont à l’origine de l’arrestation des terroristes, les deux marchands ambulants de Marrakech.

“J’ai lu comment (ils) ont découvert les terroristes dans le bus et se sont immédiatement adressés à la police afin qu’ils soient arrêtés et qu’il n’y ait plus de meurtres”, racontait la Danoise à B.T. au moment du lancement de la cagnotte. Elle qualifiait alors l’acte des deux marchands ambulants de “héroïque” et revenait sur la situation de l’un d’entre eux, Saïd El Ossoul, le marchand d’eau. Un homme pauvre, qui a agi même “s’il craignait pour sa sécurité”. “Par conséquent, je pense qu’au Danemark, nous pouvons exprimer notre gratitude et l’aider”, a déclaré Tina Flensborg Jensen. 

Une semaine seulement après le lancement de la cagnotte, la Danoise a pu récolter l’équivalent de 19.000 dirhams, soit 380 jours de salaire pour Saïd, souligne le quotidien norvégien Dagbladet. 106 personnes ont contribué à la donation, ajoute B.T. Dont la famille d’une des victimes, Louisa Vesterager Jespersen.

Les journalistes lui ont apporté l’argent

Les journalistes de B.T. avaient rencontré le marchand d’eau avec sa famille à Marrakech à la suite des tragiques événements. Saïd El Ossoul, âgé de 37 ans, leur avait raconté comment lui et un marchand de cacahuètes - dont on ne connaît pas l’identité - avaient remarqué les armes blanches sur les terroristes avant de les dénoncer. Dans son article, le média danois revenait également sur le quotidien de Saïd qui, depuis 19 ans, “nourrit sa famille en vendant de l’eau aux passagers à la gare routière de Marrakech”. Le vendeur ambulant disait gagner seulement 50 dirhams par jour, seule somme pour nourrir sa famille: sa femme, sa petite-fille et ses parents.

Ces journalistes sont revenus le voir pour lui remettre l’argent en main propre. “C’est la deuxième fois que B.T. rencontre le vendeur d’eau Saïd El Ossoul. La première fois c’était avec sa famille. Cette fois, nous avons convenu de nous réunir dans l’ancien jardin de la Menara, au cœur de Marrakech. Il ne sait pas pourquoi nous voulons le revoir”, racontent les journalistes dans leur récit.

Quand il apprend la nouvelle, le marchand ambulant est profondément ému. “Je ne demande rien en échange de ce que j’ai fait. J’ai dénoncé ces hommes parce que je veux aider ma patrie. Je suis Marocain et mon pays compte beaucoup pour moi. Quand j’ai découvert ce qu’ils avaient fait aux deux filles, j’ai eu mal au cœur. Je ne pouvais pas du tout dormir après”, a-t-il raconté. 

Saïd El Ossoul va pouvoir “réparer sa maison”

B.T. en a profité pour prendre de ses nouvelles après ces événements. Saïd El Ossoul raconte qu’il a dû arrêter le travail. Le choc était trop violent. “Je regarde tout le temps par dessus mon épaule. J’ai peur. On ne sait jamais à qui les terroristes peuvent penser. J’attend seulement que la police s’occupe de moi et de ma famille”, a-t-il confié au journal danois. 

La cagnotte est donc plus que bienvenue pour lui, qui ne gagnait déjà presque rien. Aujourd’hui, il va pouvoir prendre un nouveau départ. “En plus de pouvoir maintenant nourrir sa famille pendant un certain temps, cela signifie également que Saïd El Ossoul peut enfin se permettre de réparer son logement délabré”, rapporte B.T.

“Quand il pleut, ma famille et moi vivons au milieu de l’eau à l’intérieur de la maison. Nous n’allons plus le faire. Je prendrai également bien soin de ma mère et de mon père, qui sont tous deux malades”, précise de son côté le marchand ambulant. Avant d’ajouter: ”Cela va me rendre la vie plus facile. Je suis très content. Envoyez-leur mes salutations les plus chaleureuses et dites-leur qu’ils seront toujours les bienvenus chez moi.”