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04/06/2018 17h:52 CET | Actualisé 04/06/2018 17h:52 CET

Les côtes Tunisiennes se transforment en cimetière à ciel ouvert… À quand une réaction effective du gouvernement Tunisien?

Pendant que les personnalités politiques tunisiennes vont affluer sur l'île de Kerkennah pour constater cette ultime tragédie et s’en émouvoir comme à leur habitude, le désespoir et la colère gagnent du terrain.

SOFIENE HAMDAOUI via Getty Images

Au moins 48 migrants se sont noyés dans la soirée du samedi 2 juin au large de Sfax, métropole portuaire du littoral tunisien, à la suite du naufrage d’un chalutier. Ce bilan est susceptible de s’alourdir au fil des heures.

Les tragédies clandestines se suivent et se ressemblent… Alors que l’opinion publique s’émeut de cet énième drame comme à son habitude, ne serait-il pas temps de s’attaquer aux réels maux affectant la société tunisienne, afin de dissuader ses ressortissants de prendre le large?

La trame est la même: des jeunes en quête de liberté, submergés par la pauvreté et gangrénés par le désespoir …

Tant d’indices laissant penser que ce naufrage est loin d’être un cas isolé: des tunisiens tentent de regagner l’autre rive de la méditerranée de manière récurrente, à la recherche d’un avenir meilleur.

Une détresse sociale qui nourrit les discours appelant à la fermeté européenne, criminalisant les migrants irréguliers et qui affirment que la protection des frontières est une nécessité, notamment en temps de “crise”.

Une affirmation confirmée une nouvelle fois hier, par le ministre de l’Intérieur italien et chef de file de l’extrême droite. Qualifiant les ONG secourant les clandestins de “taxis de la mer”, lors d’un meeting à Vincenza, samedi soir, Matteo Salvini a prévenu que “le bon temps pour les clandestins [était] fini”. “Préparez-vous à faire les valises”, a-t-il assené. “Les États doivent recommencer à faire leur travail et plus aucun vice-passeur ne doit accoster dans les ports italiens”, a-t-il ajouté, dans une attaque claire contre les ONG de secours en mer, qu’il accuse fermement de complicité avec les réseaux de passeurs.

Alors que la Tunisie devient un pays de transit pour l’immigration clandestine, par l’ampleur des vagues successives et leur récurrence, une nécessité grandissante de traitement de fond s’installe.

Tout d’abord, cela résulte d’un déséquilibre entre les régions qui ne date pas d’hier: les disparités territoriales ne font qu’assouvir les fuites vers “l’Eldorado européen”.

En quête d’argent facile, des milliers de tunisiens quittent le pays, du chômeur au diplômé, avec comme ligne de mire l’aspiration à un meilleur avenir, et ce, au péril de leur vie.

Pour les plus chanceux d’entre eux, parvenus à économiser pour leur périple et qui arriveront à destination, le retour à la réalité sera très brutal. En France par exemple, les clandestins sont souvent exploités pour des salaires de misère et dans des conditions de vie insalubres, plongés dans un sentiment de regret mais souvent camouflé, afin de ne pas inquiéter leurs familles. Le clandestin devient alors un “non-être” social, il cherche à ne pas être vu ou repéré par crainte de l’expulsion et désir de devenir sciemment invisible.

Le projet migratoire se transforme en échec, le travailleur clandestin devient alors un “harrag”, rongé par la peur de l’humiliation en cas de retour dans son pays d’origine.

Le rêve européen s’éloigne alors.

Après 2011 et la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali, le fléau de l’immigration clandestine ne cesse de gagner du terrain, porté par une perte de confiance significative envers l’État et en ses capacités de trouver des solutions à la marginalisation de certaines régions.

Pendant que les personnalités politiques tunisiennes vont affluer sur l’île de Kerkennah pour constater cette ultime tragédie et s’en émouvoir comme à leur habitude, le désespoir et la colère gagnent du terrain.

Plutôt que de reporter la faute sur les pays européens repoussant les réfugiés à leurs frontières, ne serait-il pas plus judicieux de s’attaquer au cœur du problème, à savoir la refonte d’un système qui serait réellement basé sur la méritocratie et le développement économique du pays?

Le mal-être des jeunes tunisiens jongle avec l’impasse économique et sociale dans laquelle ils se trouvent, se sentant une nouvelle fois trompés et délaissés, trahis par une classe politique inerte. Cette inertie laisse sous-entendre une complicité implicite des autorités, n’accordant pas de perspectives aux jeunes, qui se retrouvent dos au mur.

À quand une réaction effective du gouvernement?

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