ALGÉRIE
04/05/2018 09h:57 CET | Actualisé 08/11/2018 19h:52 CET

Les cimentiers s’orientent vers l’export: craintes du rétrécissement de la demande intérieure?

L’orientation vers l’exportation peut résulter d’un rétrécissement confirmé du marché intérieur

JONATHAN NACKSTRAND via Getty Images

Le ministère de l’Industrie et des Mines a annoncé hier, dans un communiqué, que le Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA) avait exporté 45.000 tonnes de ciment vers l’Europe.

La cargaison exportée, a précisé le communiqué rapporté par Algérie Presse Service, sera suivie d’autres pour un volume de 200.000 tonnes que ce groupe public s’est engagé à fournir à des clients européens.

Cette opération d’exportation de ciment n’est pas la première du genre. Ella a été précédée d’opérations similaires de LafargeHolcim Algérie, en 2017 et 2018, et d’une autre, en mars 2018, du groupe El Hamel. Cette dernière est plutôt symbolique vu les volumes exportées, 950 tonnes. Elle n’en est pas moins prometteuse : elle s’est effectuée depuis une cimenterie située à Adrar (grand Sud) vers un pays frontalier, le Niger, ce qui laisse espérer pour ce cimentier privé la conquête d’un marché proche, accessible par simple voie terrestre.

 Le ciment pour diversifier les exportations

Ces premières exportations du GICA interviennent au moment où des voix s’élèvent pour souligner le peu de bénéfices que l’Algérie tire de l’Accord d’association avec l’Union européenne (UE). Treize années après son entrée en vigueur, son partenaire européen en profite largement même si le gouvernement algérien œuvre à limiter les importations afin de maintenir les réserves de change à un niveau acceptable. L’Algérie, elle, ne profite presque pas de la zone de libre-échange avec l’UE, et pour cause. Elle reste un pays quasi- mono-exportateur. En 2017, les hydrocarbures ont représenté 94,54% de la valeur de ses exportations, les exportations hors hydrocarbures demeurant très faibles (1,89 milliard de dollars en 2017 sur une valeur totale des exportations de 34,76 milliards) et, surtout, dominées par … les produits dérivés des hydrocarbures.

Le ciment apparaît, dans ces conditions, comme un produit permettant à l’Algérie, à court terme, de diversifier ses exportations et, par conséquent, les sources de ses revenus en devises. Sa production a beaucoup progressé depuis le début des années 2000. Elle est passée de 8 millions de tonnes en 2003 à 25 millions de tonnes actuellement, soit presque l’équivalent de la demande nationale estimée en 2016 à 26 millions de tonnes.

Selon les prévisions officielles, en 2020 la capacité de production algérienne, tous cimentiers confondus, devrait atteindre 40,6 millions de tonnes, dont près de la moitié (20 millions de tonnes) pour le GICA et plus que le quart (11,1 millions de tonnes) pour LafargeHolcim Algérie, le reste se répartissant entre de plus petits producteurs.

L’Algérie compte 17 cimenteries, dont 12 appartenant au GICA. Ce groupe est le principal producteur, avec près de 14 millions de tonnes en 2017. Il est talonné par LafargeHolcim Algérie, dont la capacité de production en 2016 a atteint 11,7 millions de tonnes.

Bémol

Si le GICA n’a pas encore quantifié ses projets d’exportations pour les années à venir, LafargeHolcim Algérie a déjà annoncé, lui, en mars 2018, son projet d’exporter vers l’Afrique de l’Ouest 5 millions de tonnes de ciment d’ici 2020. Ce volume n’est pas négligeable et représente un peu moins que la moitié de sa capacité de production.

Pour des observateurs du marché du ciment, l’orientation vers l’exportation peut être mue par le besoin de préserver le tissu industriel, la difficulté d’ajuster en temps réel la production à la demande intérieure étant caractéristique du secteur cimentier. Elle peut, cependant, résulter tout aussi bien d’un rétrécissement confirmé du marché intérieur. Cela a été notamment le cas, en Méditerranée, pour des pays comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, qui se sont fortement ressentis de la crise financière de 2008. Les ventes des cimentiers espagnols à l’étranger, par exemple, se sont accrues de 40% entre 2012 et 2014, sous l’effet d’une baisse considérable de la demande intérieure (-75% entre 2008 et 2014).

Il est à se demander, à la lumière de ces éléments, ce que révèle sur l’économie algérienne cette orientation des cimentiers vers l’exportation. Se pourrait-il qu’elle soit l’indice de leurs craintes d’un fléchissement de la consommation intérieure après une période faste, marquée par une forte commande publique (importants chantiers d’infrastructures et de logements) ?

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