MAROC
06/03/2019 11h:44 CET | Actualisé 06/03/2019 11h:53 CET

Les catholiques au Maroc, une communauté essentiellement "jeune et africaine"

Aujourd'hui, l’Église catholique du Maroc compterait environ 20.000 fidèles.

typhoonski via Getty Images
La cathédrale Saint-Pierre de Rabat est en ce moment en travaux avant la venue du pape.

RELIGION - Le 30 et 31 mars, le Maroc accueille le pape François pour une visite à la fois politique, inter-religieuse et pastorale. 34 ans après le voyage du pape Jean-Paul II à Rabat, l’Église catholique du Maroc a connu de nombreuses évolutions.

Le christianisme en Afrique du nord serait arrivé dès la fin du IIème siècle. Au Maroc, l’Église catholique s’est surtout développée vers 1923, quand l’ancien pape Pie XI a créé deux vicariats, forme de juridiction dans l’Église catholique, à Rabat (zone du protectorat français) et à Tanger (zone internationale et du protectorat espagnol).

”Le résident général Lyautey veillera beaucoup à ce que l’Église respecte le statut de ‘protectorat’ du Maroc et ne cherche pas à faire chrétiens les musulmans. En 1955, 200 églises ou chapelles étaient à la disposition des 500.000 Européens du Maroc”, raconte l’archidiocèse de Rabat dans un communiqué relayé mardi 5 mars à l’occasion d’une conférence de presse sur la venue du pape.

Pendant longtemps, les chrétiens du Maroc étaient en effet européens, expatriés. Quand le pape Jean-Paul II est venu à la rencontre des Marocains à Rabat en 1985, c’était encore une réalité. A cette époque, ”l’Église était encore plus petite qu’aujourd’hui. Il n’y avait que des expatriés européens et les églises étaient vides. Avant aussi, les prêtres ne faisaient pas de catéchisme ou de formations chrétiennes”, explique au HuffPost Maroc Mgr Cristóbal López Romero, archevêque de Rabat.

Environ 20.000 catholiques au Maroc aujourd’hui

Aujourd’hui, la tendance a changé. La communauté catholique au Maroc compterait environ 20.000 chrétiens. Ce nouveau souffle a notamment été impulsé par les conventions passées entre l’État marocain et les États d’Afrique subsaharienne, et à la position que le Maroc souhaite occuper au sein de l’Union africaine. “Grâce à cette politique très censée du Maroc, de nombreux étudiants subsahariens sont venus s’installer au royaume et, parmi eux, on retrouve des catholiques”, souligne l’archevêque de Rabat. 

“Nos églises ont rajeuni. Je dis que l’on y retrouve plus de jeunes que de personnes âgées, plus de noirs que de blancs, voilà les caractéristiques de nos communautés chrétiennes aujourd’hui”, ajoute-t-il. Des propos confirmés par Daniel Nourissat, chargé de communication de l’archidiocèse de Rabat. “Je n’ai jamais eu d’églises aussi pleines et aussi jeunes, depuis 40 ans que je suis prêtre. Et plus de 50% de ceux qui fréquentent nos églises le dimanche viennent d’Afrique subsaharienne”, assure-t-il.

Concernant les Marocains convertis au christianisme, l’archevêque de Rabat n’en a, pour sa part, jamais rencontrés. “La plupart ont été baptisés à l’étranger et sont venus ensuite chez nous. Mais il est vrai que c’est une difficulté pour eux, parfois, de vivre leur foi. Nous voudrions que cela devienne une chose totalement naturelle, pour le bien du peuple marocain”, a-t-il affirmé. 

“Nous sommes, en tant que chrétiens catholiques, très remerciants du fait de jouir d’une liberté de culte pleine. Mais nous serions contents si le peuple marocain pouvait jouir de toutes les libertés, dont la liberté de conscience et la liberté religieuse. Et cela non pas pour en tirer profit de notre côté mais parce que c’est beau quand tous les Hommes du monde jouissent de leurs droits. La visite du pape peut avoir des retombées sur ce point mais ce n’est pas quelque chose que nous, les chrétiens du Maroc qui sommes toujours étrangers, nous devons demander. C’est la société qui doit faire le travail de revendiquer le droit à la liberté de conscience et la liberté religieuse”.

Un peu d’histoire...

“En 1984, Sa Majesté le Roi Hassan II, rappelant l’esprit d’entente fraternelle ayant toujours marqué les rapports entre chrétiens et musulmans au Maroc, donne par Dahir royal (disposition ayant force législative), un statut à l’Église catholique du Maroc, ainsi assurée de pouvoir exercer publiquement et librement sa mission spirituelle, et d’assurer ses activités propres — telles que le culte, le magistère, la juridiction interne, la bienfaisance, l’enseignement religieux et l’assistance aux prisonniers —, en faveur de ses fidèles, assurant à chacun la liberté de croire et de vivre sa foi dans une société soucieuse de coexistence et de collaboration” - Archidiocèse de Rabat.